Ça fait maintenant plus de trois ans que William Cloutier a fait paraître son premier album, On ira. Depuis, on a pu le voir briller sur scène à travers sa tournée avec Lunou Zucchini et, plus récemment, il a montré toute l’étendue de son talent en tenant le rôle de Johnny Rockfort dans Starmania. Il nous revient maintenant en solo avec son deuxième album, L’amour, un album très accrocheur où il assume entièrement son côté pop et festif. J’ai pu m’entretenir avec lui à propos de ce nouveau projet!
D’abord, comment présenterais-tu ce nouvel album ?
Ah mon dieu! C’est un voyage inégal, mais ô combien rempli d’émotions! Quand je dis inégal, c’est vraiment positif, c’est-à-dire que je ne me suis pas limité. On sait que mon genre dominant, c’est la pop, mais après ça, je me suis permis d’aller dans d’autres textures. J’ai flirté avec le country, j’ai flirté presque avec le R&B, même le rap, avec la balade, la power balade, la chanson folk, même la chanson pour mes enfants, « À quel prix ? », c’est de la pop classique plus radiophonique, steak, blé d’Inde, patates (rires)! Mais, tout ça est relié par un grand thème qui est l’amour. Même si le voyage est rempli de montagnes russes, le fil conducteur, c’est vraiment l’amour. C’est un sujet que j’ai un peu mis de côté pour mon premier album. On ira, c’était un album plus engagé. J’abordais des thèmes comme la masculinité toxique, l’environnement, les Alertes Amber…
Pour L’amour, c’est un album qui est plus tourné vers moi. Au lieu de défendre des enjeux, je donne plus la clé de mon journal intime. On entre dans la tête de William, on comprend pourquoi il a choisi de grandir sur scène et dans l’œil du public. Qu’est-ce qui vient avec ça ? Est-ce que ça vient avec des moments de solitude ? Absolument! Est-ce que ça vient avec des moments euphoriques ? Absolument! Est-ce que c’est un sacrifice d’être loin de sa famille ? Tellement! J’essaie de trouver des réponses à la question que tout le monde se pose : réussir dans la vie ou réussir sa vie ? Est-ce que c’est possible de trouver un équilibre dans tout ça ? Moi, je pense avoir trouvé cet équilibre-là. Partir en France, ça m’a fait comprendre des choses.
Ça m’a pris de chanter dans toutes les plus grandes salles, avec des foules de 7000-8000 personnes devant moi, soir après soir, pour me demander si je faisais fausse route ou si j’étais vraiment sur mon X. Toutes ces aventures-là des quatre dernières années ont nourri cet album-là. Je suis aussi content d’avoir fait plusieurs chansons en collaboration.
Tu m’avais dit que cet album serait plus festif, plus coloré, plus dansant, et il l’est! Qu’est-ce qui t’a donné envie de plonger à fond dans cette direction-là ?
Pour le premier album, je sais que j’aurais voulu y aller plus. Je m’étais limité sur la pop dansante parce que je ne vois personne faire ça. Je ne vois aucun gars faire ça, vouloir être le prochain Justin Timberlake en faisant des fioritures et des envolées vocales et que ça danse en même temps, faire une chanson à la « Swalla » de Jason Derulo. Il n’y a personne qui va là en français.
Sûrement par peur que ça fasse un flop total, je me suis contenté de deux ou trois chansons qui bougent sur le premier album, comme « Ce soir je danse », « Comme des cons » et « On ira », qui est plus entre les deux. Finalement, c’est mes chansons les plus écoutées (rires)! Donc j’ai réalisé qu’il y en a du monde qui veut des tounes comme ça, donc pourquoi je m’en empêcherais par peur que ça ne tourne pas à la radio ? C’est pour ça que je m’en suis plus permis sur le deuxième album. Je voulais aussi penser à l’aspect spectacle. Quand je me vois sur scène, j’ai envie que ça soit le fun. On ne verra pas un gars avec sa guitare assis sur un tabouret du début à la fin. Aucune chance!

Tu as choisi « L’amour » comme pièce-titre, et l’amour sous toutes ses coutures est mise de l’avant sur l’album, tant l’amour dans un couple que dans une famille ou l’amour-propre. Dirais-tu que le choix de la pièce-titre s’est imposé de lui-même ?
Oui! Une fois que j’ai fini les chansons, je me suis dit : « Hein ? Pourquoi toutes mes chansons parlent d’amour ? » Comme tu l’as dit, c’est vraiment l’amour sous toutes ses formes, incluant l’amour de soi et l’amour de sa différence. J’ai une chanson qui cartonne en ce moment sur les réseaux sociaux, « J’ai pas choisi de t’avoir ». J’ai tellement de témoignages, je n’en reviens pas! Je capote de voir comment les gens aiment cette chanson-là! C’est un peu faire la paix avec sa différence. Dans la chanson, le personnage s’adresse à sa différence. À un moment donné, il accepte qu’ils traversent les années ensemble et qu’ils trouvent des moments de lumière ensemble quand même. C’est faire la paix avec une chose avec laquelle on doit conjuguer toute notre vie. Cette chanson-là, pour moi, est authentique. Elle montre que l’amour, ce n’est pas juste romantique.
Moi, j’avais peur de ce thème-là parce que je ne voulais pas être un crooner ou un chanteur de ces dames. Je ne voulais vraiment pas aller là, ça aurait été mon pire cauchemar (rires)! Ce n’est pas moi, je ne suis même pas romantique dans la vie en plus, donc ça aurait vraiment été une fausse carte. Je trouve ça plus authentique de parler d’amour sous toutes ses formes comme ça. C’est certain qu’il y a des chansons de séduction. « J’veux pas qu’tu t’en ailles », moi, je l’aime parce que c’est comme un réengagement. C’est une chanson que tu chantes à ta ou ton partenaire pour lui dire : « Hey, est-ce qu’on refait un bout ensemble ? » On se rechoisit année après année pour que ça fasse 14 ans que je suis avec ma blonde. C’est ça qui est beau, c’est de se rechoisir.
Tu as aussi impliqué tes fans à plusieurs reprises dans ton processus de création. Tu leur as demandé de tagger King Melrose sous une publication pour qu’il chante « Entre Montréal et Paris » avec toi et tu as recueilli des témoignages sur le syndrome de la Tourette pour la chanson « J’ai pas choisi de t’avoir » dont tu viens de parler. En quoi est-ce important pour toi de les impliquer comme ça ?
Mais mon dieu, c’est pour eux que je fais de la musique. C’est vraiment ça l’explication! Je veux que le produit leur parle, je veux qu’ils l’écoutent, qu’ils le conservent et qu’ils veuillent l’avoir dans leurs oreilles sur repeat. Pour moi, de leur partager mon processus créatif et de leur ouvrir la porte de mon studio, de les impliquer là-dedans, c’est la meilleure façon de prendre le pouls de ce qu’ils aiment.
Au-delà de ça, plus drôle encore comme réponse, c’est que je suis TDAH et que je suis incapable de garder un secret! Incapable (rires)! Ça fait que, si j’ai l’impression de tenir un bijou, une bonne toune, oublie ça, c’est sûr que je ne suis pas capable de garder le secret pendant six mois! C’est sûr que je rendais tout disponible en temps réel parce que c’était mon exutoire, une façon de dire : « j’ai fait une vraiment bonne toune aujourd’hui, il faut que les gens l’entendent! » Il y a tout ça de mélangé ensemble qui justifie cette implication-là du public.
Tu en as glissé un mot tantôt : tu as choisi de faire plusieurs duos sur cet album. Qu’est-ce qui t’a donné envie de pousser autant cet aspect collaboratif ?
Je me suis senti seul durant la création d’On ira. Pourtant, c’était la chance de ma vie de me prouver à l’industrie et de me positionner en tant que compositeur, mais d’avoir fait toutes mes tounes tout seul avec Benji [Benjamin Nadeau, réalisateur de ses deux albums], surtout les textes tout seul, j’ai trouvé ça stressant. Je me suis dit que j’allais le faire pour le premier album pour avoir une belle carte de visite pour ceux qui vont collaborer avec moi pour la suite, mais je savais déjà que, pour le deuxième album, je voudrais ça. Tu sais, je voulais avoir l’esprit de partage.
Dans le fond, la musique, c’est un partage avec le public, mais aussi entre artistes. Je trouve que c’est important qu’on encourage ce qui se fait musicalement au Québec. C’est pour ça aussi que je ne me suis pas limité dans les styles. Des fois, d’une collab à l’autre, il n’y a rien qui relie les artistes. L’univers de Zach Chico est vraiment loin de celui de Claude Bégin, mais c’est vraiment le fun de les entendre sur le même album. C’est ce que je trouvais trippant! Ça permet à différentes personnes d’entendre ces artistes-là même s’ils ne sont pas reliés par le même genre musical.
Dans la chanson « Couleurs », ton duo avec Rafaëlle Roy, tu abordes l’amour de soi, l’importance de rester soi-même. C’est une chanson qui peut résonner avec pratiquement tout le monde d’une façon ou d’une autre.
Oui! En plus, quand j’ai contacté Raf, la chanson n’était pas encore écrite. J’avais envie d’une chanson qui fitte avec nos deux univers. Moi, j’étais dans la quête de l’amour de soi, puis j’ai pensé à cet enfant intérieur qu’on délaisse parfois ou qu’on arrête d’écouter pour se conformer à la société dans laquelle on a peur du regard des autres. Donc, je suis allé avec ce thème-là. Ce que j’aime, c’est que plein de monde m’a écrit.
Il y a des gens qui m’ont dit que ça leur faisait du bien parce que ça leur rappelait quand ils se sentaient différents au secondaire et qu’ils ne s’assumaient pas par peur d’être rejetés, comme j’ai des gens qui me disent qu’ils se reconnaissent là-dedans parce qu’ils font de l’anxiété sociale. Il y en a qui m’ont parlé du fait qu’ils enduraient un emploi qu’ils n’aimaient pas par peur de changement, il y en a qui sont coincés dans une relation toxique et qui ont peur de se trouver sans repère, seuls, même s’ils savent qu’il vaut mieux être seuls que mal accompagnés…C’est une chanson qui fait appel à plein, plein, plein de situations, et c’est vraiment ce que je voulais.
« Je connais les codes par cœur », c’est parce qu’on s’est tous demandé à un moment donné si on devait faire un choix entre la facilité et le confort et la prise de risque qui peut emmener ailleurs. Avec la pression sociale et les responsabilités, plus on vieillit, métro-boulot-dodo, les enfants… Je pense qu’il y en a qui perdent le feu qu’ils avaient au cégep, de vouloir revendiquer des choses, par exemple. Des fois, on abandonne nos ambitions et nos rêves d’enfance parce qu’on trouve plus confortable ou moins stressant de juste suivre le flot et de ne plus se mettre en danger. Je trouve ça beau de voir que cette chanson a trouvé écho de plein de façons différentes chez les gens.



Tu as, d’une certaine façon, lancé ton album à Star Académie dimanche dernier en y interprétant deux chansons. Comment était-ce d’être de retour sur le plateau qui t’a couronné en 2021 ?
C’était spécial! Ça fait quatre ans que j’ai fait Star Ac, mais j’ai vraiment l’impression que ça fait 1000 ans (rires)! Je suis tellement ailleurs! J’en avais même perdu les repères, les sensations. De revivre tout ça avec eux, le stress du variété, c’était spécial, vraiment! J’ai pu m’appuyer sur eux; ils sont tellement bons, ils chantent tellement bien! D’entendre Mia chanter ma chanson sur la différence, c’était un fantasme de chanteur, j’étais tellement content d’entendre sa voix sur cette toune-là!
Ensuite, que le reste des académiciens viennent me rejoindre pour ma chanson avec Claude [Bégin], c’était complètement malade aussi, vraiment excitant! En plus, les gens ne le savent peut-être pas, mais Claude et moi, on ne s’était jamais vus avant. On a fait la toune à distance, j’étais à Paris, c’était compliqué. On ne pouvait pas se voir en studio parce que nos horaires ne le permettaient pas, donc on a construit la toune comme une courtepointe. Elle a été fabriquée à coup de textos et de messages audios. Finalement, on se voit pour la première fois, et c’est pour la casser devant 1 million de personnes à heure de grande écoute (rires)!
On a aussi eu droit à une réunion entre deux Johnny Rockfort de Starmania. Ça a donné un beau moment entre toi et Bruno Pelletier sur « S.O.S. d’un terrien en détresse ».
C’était tellement épique comme moment! J’ai senti une passation du flambeau. Il est tellement gentil, Bruno. Je le sens honnête quand il dit qu’il me trouve bon et qu’il a confiance que ce soit moi qui reprenne ce rôle-là. Ça m’a vraiment flatté et vraiment touché de l’entendre me dire ça. C’était spécial, et j’étais content de le retrouver, surtout que, il y a quatre ans, je chantais pour la première fois de ma vie cette chanson-là avec lui. 365 shows plus tard, ça a tellement de sens de boucler la boucle ensemble comme ça.


Tu prépares actuellement une tournée de festivals pour ton album. À quoi peut-on s’attendre ?
À Star Ac, c’était quand même assez fidèle à ce qui s’en vient. C’est sûr que ça va un peu plus danser, mais il va y avoir des balades aussi. C’est sûr que je ne peux pas ne pas faire « Si pour me voir » ou « S’aimer plus fort », « J’ai pas choisi de t’avoir »… Mais j’ai envie que ça bouge. J’ai aussi envie d’un medley des années 2000. Pourquoi pas un clin d’œil aux Backstreet Boys ou à Bruno Mars ? Je suis en train de penser à quelque chose de même qui bouge. Assurément, on ne va pas s’ennuyer! J’ai vraiment hâte! J’aimerais ça qu’il y ait des ballons de plage qu’on lance dans la foule. Ça serait malade!
Penses-tu par la suite faire des spectacles en salle ?
Je suis en train de m’entourer d’une équipe pour décider ça. J’aimerais ça! C’est sûr qu’il y a des contraintes avec des émissions de télé qui s’annoncent pour moi dans le futur. Mais ça, c’est un beau problème (rires)! Il faut juste essayer d’arrimer tout ça pour que tout soit possible. Je peux commencer à choisir mes projets. Ça, c’est vraiment le fun! On va essayer de préparer tout ça avec le reste qui doit rester secret pour le moment (rires)!
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Crédit photos: Courtoisie

Samuelle Guimond | Journaliste
Samuelle est une passionnée de musique, de littérature, de télé et de théâtre. Si elle est journaliste pour le média, c’est dans le but de faire briller des artistes d’ici en qui elle croit, principalement à travers des entrevues. Tu pourrais très bien la croiser dans une salle de spectacle aux environs de Montréal!

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