À partir du 6 août, l’opéra rock Starmania s’invite finalement au Québec après avoir vendu plus d’un million de billets en Europe. Voilà maintenant plusieurs décennies que ce spectacle à grand déploiement n’a pas été présenté au Québec. Quatre interprètes québécois font partie de la distribution, et je suis allée à la rencontre de William Cloutier et de David Latulippe afin d’en apprendre plus.
William Cloutier: l’envie de se dépasser
D’abord, comment décrirais-tu ton rapport à Starmania ?
La première fois que j’ai vue le spectacle, c’était dans une version d’école secondaire. J’étais tout petit; j’étais au primaire, et c’est le premier show que j’ai vu. C’est ma sœur qui tenait le rôle de Stella Spotlight. Ma sœur a choisi de ne pas faire ça dans la vie, mais elle a un talent brut et c’est une grande inspiration pour moi. Ça avait été tellement bien monté avec un budget d’école secondaire, puis l’histoire m’avait happé. Je comprenais qu’il y avait des enjeux importants déjà dans ce show-là, je savais que ça portait un message même si je ne comprenais pas l’ampleur qu’allait avoir ce show-là dans ma vie. Après ça, j’ai été sensible aux chansons. J’ai toujours su que les chansons appartenaient au spectacle tandis que beaucoup de gens connaissent les chansons sans savoir que ça fait partie d’un opéra rock et d’une dramaturgie. Évidemment, par contre, je n’ai jamais vu les autres versions comme je n’étais pas né. De savoir que ça revient et que je fais partie de la distribution, je me pince tous les jours, c’est un rêve! Ma sœur est venue voir le show à Paris, et elle n’en revenait pas non plus de me voir dans un show qu’elle-même a pratiqué dans son miroir (rires)! Évidemment, il y a des chansons que j’ai découvertes pour vrai à Star Académie, comme « S.O.S. d’un terrien en détresse » quand Bruno Pelletier était de passage et qu’il a fait un medley avec nous, mais mon premier contact reste cette version d’école secondaire!
Comment s’est passé le processus d’audition ?
On m’avait proposé d’auditionner après Star Académie, mais il faut savoir qu’à ce moment-là, le casting était déjà presque complet, donc les chances étaient presque nulles. Entre-temps, il y a eu des changements à la dernière minute par rapport au casting. À ce moment-là, j’étais en tournée avec Lunou [Zucchini], puis Luc Plamondon est venu voir le dernier show. Il est venu me parler et m’a dit qu’il m’imaginait vraiment en Johnny, mais qu’il fallait que j’envoie rapidement des vidéos de moi qui chantent les chansons de Starmania. À ce moment-là, j’étais un peu tête de cochon et je me disais que c’était impossible parce que c’était trop gros et à l’étranger. Pendant deux semaines, Luc Plamondon continuait d’essayer d’avoir mes coordonnées, ce que j’ignorais. Puis, je suis allé chanter avec Lara [Fabian] « Pas sans toi » à son spectacle, et il était dans la salle pour la deuxième fois (rires)! Le lendemain, il me rappelait et me disait encore d’envoyer mes vidéos, peu importe ce qui arrivait ensuite. Le soir même j’ai envoyé mes vidéos et le surlendemain j’étais dans l’avion. Ça a été très rapide! Vocalement, ça fonctionnait, mais ils voulaient aussi voir l’aspect du jeu. C’est là que ma carte d’école de théâtre a servi.
Justement, présente-moi ton personnage, Johnny Rockfort.
C’est un personnage qui est habité d’une grande violence. Il a du mépris pour la société dans laquelle il se trouve. Il est en opposition avec toute forme de système politique. On est dans une ère un peu postapocalyptique, un temps qui n’est pas fixe, mais qui est évidemment dans le futur, où on assiste à l’effondrement du capitalisme. Les questions environnementales aussi sont des enjeux. On assiste à la rencontre entre huit personnages à Monopolis, la capitale de l’Occident. Ces huit personnages-là sont habités d’un même souci; ils cherchent à être dans la lumière. Ils sont dans un monde qui ne leur ressemble plus, déshumanisé, avec de la violence et du terrorisme. Tout le monde cherche sa place, cherche des réponses. Qu’est-ce que la vie ? Quel est le sens de la vie ? Johnny, à travers ça, est dans le refus total de toute loi et de tout système sociétal. Il fait sa propre vie. Pour lui, ça passe par la violence. C’est une violence qui est gratuite, que je n’ai pas du tout en moi. Il tue des gens sans s’excuser, sans hésitation. Il sème la peur à Monopolis. C’est le fun de jouer ça; c’est une belle partition puisque c’est loin de moi.


Dirais-tu que c’est un défi ?
Tellement (rires)! À cause de cette violence-là et aussi parce que c’est très rock. C’est exigeant vocalement. Ce sont de grandes chansons. Personne n’a une petite partition! Luc Plamondon et Michel Berger ne nous ont pas rendu la vie facile. Ils ont pris plein de chansons inchantables et les ont toutes mises dans le même projet! Vocalement, c’est un défi, mais on grandit beaucoup de ça. C’est formateur et c’est une belle école. Je suis vraiment nourri par ces apprentissages-là. J’apprends à dépasser mes limites. Les défis deviennent positifs parce que je sens que j’évolue là-dedans. J’aime ce challenge-là. J’avais peur après Star Académie honnêtement. Je ne savais pas ce qui allait pouvoir être aussi vertigineux. Puis ça, c’est un sacré vertige!
Tu m’as déjà dit que tu avais hâte que le spectacle s’en vienne ici, mais dirais-tu que tu as des attentes ?
Je pense que non… En fait, je n’en veux pas parce que ça va trop me stresser (rires)! Je le vois vraiment comme une façon de l’offrir et de montrer ce qu’on a présenté à l’étranger. On l’offre dans sa version originale, sans compromis. Je suis content de faire partie de la distribution et je suis content de savoir que le show va être comme il a été présenté à Paris alors qu’il connaît un succès là-bas. Je trouve que c’est juste pour nous. On traverse l’Atlantique avec des bateaux de décor. C’est une fierté de débarquer ici avec ça. Je me sens privilégié. Il n’y a rien qui se fait comme ça au Québec en termes de machinerie. C’est vraiment costaud!
As-tu une chanson coup de cœur dans Starmania, qu’elle soit interprétée par toi ou par quelqu’un d’autre ?
Il y en a plein, c’est trop dur (rires)! « Le blues du businessman » pour tout ce que ça raconte, pour tout ce que ça porte. Ici, c’est dans les premiers succès de Starmania. Ça jouait à la radio, ça a vraiment été marquant! J’aime la version de Claude Dubois et là, celle de David, c’est la nouvelle version! Je trouve que c’est une chanson qui est assez représentative de comment on peut se sentir à un moment dans notre vie. On choisit de faire de quoi, mais on a toujours nos rêves qui nous parlent et qui nous rappellent que, fondamentalement, on a choisi de les mettre de l’avant ou de ne pas le faire. Moi, je pense avoir choisi mes rêves et c’est ça que j’en suis là aujourd’hui. J’en suis très content!
J’aime aussi chanter « S.O.S. d’un terrien en détresse » parce que c’est une chanson qui, pour moi, résume assez bien Starmania. On pose des questions, on se demande ce qu’on fait là, pourquoi on est là. Sinon, une chanson que je m’amuse à chanter, c’est « Travesti » avec le petit clin d’œil à « Quand on arrive en ville ». Avec Sadia, sur la voiture, c’est mon tableau préféré! C’est un moment vraiment powerful! Mais là je vais te nommer le show au complet parce que j’adore « Quand on n’a plus rien à perdre » avec Cristal aussi (rires)!
Finalement, aurais-tu une anecdote à me partager, quelque chose de drôle qui s’est passé pendant les spectacles ?
À un moment donné, mon collègue jouait Johnny, puis en milieu de show, j’ai dû échanger avec lui parce qu’il a dû arrêter pour des soucis de santé. On a réussi à le faire sans que personne ne s’en rende compte. Je me suis costumé en dix secondes et je n’ai pas eu le temps de mettre les extensions de cheveux. J’ai commencé avec une mèche, puis chaque fois que je sortais de scène, on m’en rajoutait. J’ai fini le show avec plein de cheveux, mais c’était fou (rires)! Le show live, c’est le plus beau vertige. On n’a pas le choix de composer avec des imprévus!


David Latulippe: un personnage complexe à défendre
D’abord, comment décrirais-tu ton rapport à Starmania ?
Je connaissais beaucoup les chansons connues avant d’embarquer là-dedans. Je chantais « Le monde est stone » et « Le blues du businessman » par exemple, mais j’ai vraiment découvert l’histoire quand je suis arrivé en répétition à Paris. On a reçu le livret et on a fait une lecture, et c’est là que j’ai compris les enjeux et les personnages. Ce sont des chansons que je connaissais depuis que j’étais petit, mais c’est là que je les ai vraiment comprises. Ça permet de les emmener encore plus loin. Avant ça, je connaissais les chansons à cause de l’école et des concours, mais l’histoire mérite d’être connue encore plus. C’est le fun qu’une nouvelle version vienne au Québec. Les gens vont avoir la chance de découvrir d’où viennent ces chansons-là!
Comment s’est passé le processus d’audition ?
Ça s’est vraiment bien passé. Je te dirais que les dernières années, disons de 2017 à 2020, ont vraiment été de belles années d’auditions. Je m’affirmais plus, j’étais plus à l’aise. J’étais stressé, mais c’était un bon stress avec une bonne confiance. Starmania, ça a été pareil. Je me suis présenté, ça coulait super bien. J’ai chanté mes chansons et j’étais super à l’aise. Juste le fait d’être à l’aise, ma voix sortait bien, donc j’étais fier de cette audition-là même si j’ai auditionné pour Ziggy en premier. Ce n’était pas ce qu’ils cherchaient et ils ont été très clairs, mais justement, après ça, j’ai chanté « Le blues du businessman » avec ma personnalité, à ma façon, sans essayer de me trouver un fit avec ce qui a été fait avant. Puis ça a super bien fonctionné pour eux. En deux jours et demi, j’avais le rôle. Ça s’est passé super vite. Rien à dire de négatif, vraiment (rires)!
Présente-moi ton personnage, Zéro Janvier.
Je pourrais dire que c’est un personnage méchant, machiavélique, mais en même temps, quand on le découvre, surtout avec « Le blues du businessman », c’est un personnage qui est hyper triste et qui va chercher à tout prix une façon d’exister et de trouver le bonheur. Il va se lancer en politique et vouloir être le président de l’Occident et il va réussir, en plus. Il a tout pour être heureux, mais il ne l’est pas parce qu’il ne fait pas ce qu’il voudrait faire. Il aurait voulu être un artiste. C’est le moment dans le spectacle où il craque. Mais à part cette sensibilité qu’il trouve dans cette chanson-là, c’est un personnage qui est très dur, très violent. S’il n’a pas ce qu’il veut, il peut tuer. C’est un personnage qui est hyper centré, hyper propre, mais il a une démence, quelque chose de fort et de machiavélique en dedans. Il est très intéressant à jouer parce qu’il est à la fois la classe incarnée et à la fois vraiment violent.


Dirais-tu que cette dualité du personnage a été un défi ?
Oui. On peut se dire qu’on va jouer un méchant, peu importe le rôle, on démontre le méchant. Je ne dis pas que c’est facile, mais c’est un méchant. Lui, il faut qu’on sente tout ça subtilement. Il a des failles, et il faut sentir les failles dans sa prestance. Il faut qu’il ait quelque chose dans son regard et dans sa gestuelle et dans son ton. Ça a été un défi. Avec Thomas Jolly, le metteur en scène, on a travaillé beaucoup d’angles pour voir comment apporter ces nuances-là. Il ne bouge pas beaucoup, il est très droit, mais il faut que l’on comprenne. C’est un défi d’acting très gros, mais j’ai tellement de fun à le jouer!
Les spectacles s’en viennent finalement bientôt au Québec. As-tu des attentes par rapport à ça ?
Oui, j’ai des attentes. Ça me stresse un peu parce que ça fait plus d’un an qu’on est en France et ça fonctionne super bien. On est vraiment habitués à le faire. Je sais que ça va être la même chose, mais je veux que les Québécois voient le show qu’on fait là, en France. J’espère que tout va être pareil, que la salle va être adaptée. Je sais qu’elle l’est, mais j’ai un petit stress. Je veux que tout le monde qui me connaît ou qui va me découvrir voie la grandeur qu’on fait aussi en France. Je sais que ça va l’être, mais on dirait que je veux que tout soit parfait. J’ai des attentes, mais j’ai trop hâte (rires)! J’ai hâte de montrer ce que je fais depuis un an et demi là-bas à mon monde. J’ai hâte de découvrir la façon qu’on va l’emmener ici. Là-bas, ce que je trouve facile, c’est que je ne connais personne. Je n’ai pas autant de pression. Chaque soir, je fais mon truc et je me laisse aller. Ici, je sais que chaque soir, c’est chez nous. Je sais que je vais avoir une pression de performer parce que je vais vouloir donner un show parfait. Là-bas aussi je suis perfectionniste et je veux donner un show parfait, mais je ressens moins de pression. Je ne pense pas aux gens dans la salle parce que je ne les connais pas. Au Québec, ça va être intense chaque soir! Je vais devoir m’habituer! Mais on est fiers. On est juste quatre Québécois à vivre ça, donc on a hâte de vivre ça à fond ici!
As-tu une chanson coup de cœur dans Starmania, qu’elle soit interprétée par toi ou par quelqu’un d’autre ?
Pour mon rôle, c’est sûr que « Le blues du businessman » me touche beaucoup. Ils ont monté un beau numéro autour de cette chanson-là. Je peux y aller à fond dans mon émotion, et ça me touche chaque soir.
Mais il y a une chanson que je ne connaissais pas avant, « Le rêve de Stella ». C’est juste avant que Stella se suicide, elle chante une chanson dans la tour. Ça commence piano-voix. Toutes les répétitions, chaque fois, je pleurais, même les premiers shows. Maintenant, je suis plus habitué (rires)! Mais encore là, si je suis plus sensible un soir, cette chanson-là me frappe vraiment chaque fois que Magali Goblet chante. Je pense que c’est ma chanson préférée du show!

Distribution québécoise accompagnée de Thomas Jolly, metteur en scène


Autres entrevues avec la distribution:

Samuelle Guimond | Journaliste
Samuelle est une passionnée de musique, de littérature, de télé et de théâtre. Si elle est journaliste pour le média, c’est dans le but de faire briller des artistes d’ici en qui elle croit, principalement à travers des entrevues. Tu pourrais très bien la croiser dans une salle de spectacle aux environs de Montréal!

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.

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