L’autrice-compositrice-interprète Kat Pereira connaît bien la scène, même si elle a sorti son premier extrait, je ne crois plus au karma, le 20 mars dernier. Ayant passé les dernières années en compagnie d’artistes comme Alfa Rococo, Alex Nevsky et Natasha Kanapé, son rôle de musicienne et choriste l’a amenée à lancer son projet solo. En même temps, elle présente sa musique pour la première fois dans le cadre des Francouvertes, le célèbre concours pour les artistes francophones émergents.
Lors des préliminaires le 17 mars, elle a dévoilé ses sonorités néo-soul, qui sont à la fois scintillantes et énergiques. Parfois à la guitare électrique et parfois au clavier et au synthétiseur, sa voix fait toujours des gambades avec optimisme. Cette aventure se poursuivra le 14 avril lors des demi-finales des Francouvertes. Son premier album sortira à la fin de l’année ou en février 2026.
Au milieu de ce nouveau chapitre musical, on a rencontré Kat Pereira dans son quartier de Villeray, Montréal, pour en savoir plus sur son projet solo, ses influences, et son expérience aux Francouvertes.
Premièrement, félicitations d’être dans les demi-finales des Francouvertes! Comment s’est passé ton spectacle des préliminaires le mois dernier?
Bien! C’était un grand moment pour moi parce que c’était le premier show de mon projet solo. J’ai beaucoup d’expérience sur scène avec d’autres artistes, mais, en tant que Kat Pereira, c’était vraiment le premier. Il y avait un aspect un peu insécurisant, parce que je dévoilais mon projet personnel tout en étant jugée, mais finalement ça s’est super bien passé. La réaction du public a dépassé toutes mes attentes.
Est-ce que c’était une décision consciente d’avoir les Francouvertes comme premier spectacle?
Oui, quand même. Je l’ai vu un peu comme ça passe ou ça casse. Les Francouvertes coïncide avec la sortie de mon premier single, donc je me suis dit que ce serait une bonne stratégie pour la visibilité s’il fonctionne bien. Par chance, ça a bien fonctionné!
Quelle est l’importance d’un concours comme celui-ci, selon toi?
Je ne pense pas que ce soit une obligation de passer par là, mais si c’est quelque chose qui tente les artistes, c’est sûr que c’est vraiment l’fun d’en profiter. C’est une belle vitrine. On est devant les gens de l’industrie, donc je pense que c’est important d’avoir une plateforme comme ça, qui nous permette d’être plus facilement en contact avec ces gens-là.
Y a-t-il des choses que tu vas ajouter dans ton prochain spectacle, ou est-ce que ce sera la même chose?
On essaie de le changer un peu, mais c’est difficile parce qu’on doit confirmer la setlist rapidement. Aussi, le show ne dure que 30 minutes, alors c’est surtout l’intro et les interventions qu’on va changer un peu.


Tu as travaillé avec Alex Nevsky, Alfa Rococo, Natasha Kanapé et Laura Niquay, entre autres. Qu’est-ce que tu as appris de ces expériences, vu que ces artistes sont assez variés?
Ce que j’adore de mon métier, c’est le fait de jouer avec tellement d’artistes différents, qui ont leur propre univers. C’est vraiment inspirant de travailler avec tous ces gens-là et de voir comment ils fonctionnent.
Est-ce que tout ça a influencé la façon dont tu as approché Les Francouvertes? Par exemple, tu as joué quelques dates avec Alfa Rococo dernièrement, donc c’est comme un autre genre de spectacle au milieu de ton projet aux Francouvertes.
Oui. Les gens voient que j’ai de l’expérience et jouer avec d’autres artistes m’influence dans le sens que je me sens à l’aise sur scène.
Quelles étaient tes motivations pour lancer ton projet solo?
Ça fait longtemps que j’écris mes propres chansons. J’ai commencé quand j’avais 7 ans. Même quand j’étais au secondaire et au Cégep, je faisais des spectacles. Après ça, j’ai fait un bac en piano jazz, ce qui m’a éloignée un peu de mon côté autrice-compositrice-interprète. Il y a trois ou quatre ans, je me suis dit que si je ne lançais pas mon projet bientôt je ne le ferai jamais. Finalement, j’ai pris le temps parce que ma plus grande motivation, c’était que je ne voulais pas avoir de regrets.
Ta première chanson s’appelle je ne crois plus au karma. Quelle est ta relation avec le karma? Y a-t-il eu un moment en particulier qui a inspiré cette chanson?
Au début, c’était à partir d’une expérience plus égocentrique où j’avais plein de bad luck dans la même période. Je me demandais pourquoi le karma nous faisait vivre tout ça. En même temps, je suis très investie dans ce qui se passe en Palestine et en Haïti. Avec tous les génocides dans le monde, on dirait que ça m’a ouvert les yeux davantage sur le fait qu’il y a des gens qui font du mal, mais qui ne finissent pas par payer. Ce qui se passe dans le monde montre que la vie est injuste et souvent il n’y a pas de réparation. Je voulais écrire une toune là-dessus, mais je ne voulais pas qu’elle soit fataliste. C’est pour ça que la toune est un peu ironique, avec les « nah nah nahs » et tout. Je voulais écrire une toune vraiment énergique pour qu’on puisse connecter ensemble et avoir l’énergie pour réagir. Si on ne fait rien et qu’on reste pessimiste, il n’y a rien qui va avancer.
Dans ta vidéo pour Les Francouvertes, tu mentionnes que si tu étais une ville, tu serais Saint-Roch-des-Aulnaies, parce que c’est un endroit que tu visites souvent et c’est là où tu as écrit la plupart des chansons de ton album. Pourrais-tu parler de l’ambiance là-bas et de la façon dont elle inspire ton écriture?
C’est un endroit où j’aime aller pour écrire parce que c’est juste assez loin. J’ai de la difficulté à dire non à beaucoup de choses, donc Saint-Roch-des-Aulnaies est assez loin pour que je ne puisse pas dire oui, mais juste assez proche pour que ça ne prenne pas beaucoup de temps pour y voyager. C’est un endroit qui me permet de me recentrer et de retrouver ma créativité. C’est ma safe space parce que je sais que quand je suis là c’est pour créer sans avoir les distractions. L’album est beaucoup inspiré par le fleuve salé et il y a une vue sur le fleuve là-bas. Je fais de belles marches et il y a beaucoup de maisons flyées et de sculptures partout. C’est vraiment un endroit qui te donne le droit d’être libre dans ta créativité.
Y a-t-il un endroit spécifique où tu écris?
C’est surtout dans le salon, parce qu’on a fait un gros set-up avec tous mes synthés, mes guitares, et mes affaires. Je m’y installe et je prends tout l’espace. Il y a un petit divan devant la fenêtre avec vue sur le fleuve.


Tu mentionnes aussi que tu as la synesthésie. L’artiste Clara Dahlie a parlé de la même chose, et je trouve ça tellement intéressant! Quelle couleur est ta chanson Je ne crois plus au karma? Y a-t-il d’autres chansons sur ton album qui ont des couleurs intéressantes?
J’ai des périodes de ma vie qui sont représentées par une couleur et je peux voir quand je suis en changement. C’est dans mes goûts et tout ce que je trouve attirant, même les vêtements et les décors. Ce sont souvent plusieurs années où j’ai la même couleur. En parallèle, je vois les couleurs avec les notes de musique. La période dans laquelle je suis en ce moment est le vert de lichen et la note que je vois dans cette couleur est le ré bémol. Au début, mon premier réflexe quand j’écris est de le faire en ré bémol, parce que c’est la couleur qui représente l’album pour moi. Après ça, je transpose les chansons parce que je ne veux pas qu’elles soient toutes dans la même tonalité! Je ne crois plus au karma est en fa et je vois fa comme orange. Souvent, ce n’est pas la couleur de l’ambiance, mais la couleur dans laquelle je vois les notes. Depuis que je suis petite, je les vois comme ça.
Sur ton Bandcamp, la biographie informe que tu abordes des thèmes comme le colonialisme, le féminisme et la quête d’identité. Pourrais-tu parler de comment tu as intégré ces idées dans ta musique?
Ce sont vraiment des sujets qui sont importants pour moi et je pense que c’est également important d’utiliser la musique pour en parler. Il y a deux chansons où je parle du colonialisme et il y en a une où je parle plus en tant que personne blanche privilégiée. J’ai eu la chance et l’honneur que Natasha Kanapé réponde à cette chanson dans un spoken word où elle présente sa vision. Sinon, il y a une autre chanson où j’ai été inspirée par la théorie des rhizomes de Deleuze et Guattari. C’est une vision peut-être un peu décoloniale : il n’y a pas de début ni de fin et tout est interconnecté. J’aime aborder ces thèmes-là, parfois de façon très poétique, mais le sous-texte est toujours là pour moi.
Est-ce que ta vision musicale a changé depuis le début de ton projet solo? Par exemple, as-tu appris des choses pendant le processus de la création de l’album qui t’ont amenée à changer ton approche?
Vu que ça fait quand même longtemps que j’écris les chansons, on dirait que j’ai développé un système qui fonctionne bien pour moi. Je pense que le plus de changement, ça a été que j’ai commencé à écrire les chansons à l’université et il y avait beaucoup d’accords et de méthodes différentes. Je suis encore là-dedans, mais j’explore beaucoup plus dans la pop et les styles qui ont bougé ma façon de construire des chansons. Ce que j’ai le plus appris, c’est d’éclater les codes de genre, d’harmonie et de rythme, mais en gardant les structures familières de couplet-refrain, couplet-bridge, etc.


Ta musique est décrite comme « pop néo-soul électro lumineuse et maximaliste », mais comment décrirais-tu le mood de l’album ou, plus spécifiquement, comment vois-tu la façon dont les gens écouteront ta musique (par exemple : faire la fête, regarder les nuages, pleurer seul.e dans leur chambre)?
J’espère que les gens vont danser. Il y en a plusieurs qui sont assez énergiques et il y en a quelques-unes qui vont bien s’écouter dans un café. Je pense qu’on manque de musique lumineuse donc j’ai surtout envie que les gens aient du plaisir en écoutant mes chansons.
Finalement, as-tu d’autres projets qui viennent? À quoi as-tu le plus hâte dans les prochains mois?
Il y a beaucoup d’inconnus par rapport à ce qui va se passer. C’est sûr que ce que j’aimerais beaucoup, c’est d’avoir quelques shows avec mon projet et être à la rencontre d’un nouveau public. Je suis aussi peut-être en train d’écrire un recueil de poésie. Mon été sera rempli de tournées avec plein d’artistes, comme Alfa Rococo, Alex Nevsky, Lara Klaus et Soraï. Pour l’instant, j’ai hâte de voir comment se terminera Les Francouvertes!

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.

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