L’artiste multi-instrumentiste Kat Pereira a sorti son premier album, vert de lichen, le 24 octobre — une collection de chansons qui mélange le néo-soul, l’électro et la pop de manière futuriste. L’écumeur de mer (maison philosophie) et toutes les fins du monde ont les mêmes atomes par exemple, rappelle la musique d’un jeu vidéo, alors que goémon sous la lune et camomille brillent avec des touches de jazz. Quant aux paroles, l’album explore la nature, l’humanité et les questions d’identité.
La chanson les tamaris salés (feat. Natasha Kanapé) parle du colonialisme, tandis que cartography of the rhizome imagine un monde sans hiérarchie. Dans où est ma maison, Kat questionne ce que ça veut dire d’être « chez soi » — une question qu’on peut tous se poser même si on ne passe pas notre temps sur la route. Elle aborde ces thèmes en étant entourée de nature, que ce soit l’eau ou les plantes, ce qu’on ressent aussi dans les sons (par exemple le bruit des vagues dans l’ouverture) et les références des paroles. Comme ils sont mêlés aux synthés et aux instruments variés, se plonger dans l’album Vert de lichen, c’est un peu comme se plonger dans un univers à la fois pur et mystérieux — un voyage qui passe par les forêts, les villes et la vie extraterrestre.
Le 8 novembre, Kat Pereira a présenté son album au Ministre, à Montréal, dans le cadre de Coup de cœur francophone. Voici notre entrevue avec l’artiste, ainsi que quelques photos capturées avant le spectacle.
C’est notre troisième entrevue cette année, donc c’est vraiment l’fun de voir la progression! Dis-nous : comment te sens-tu maintenant que Vert de lichen est sorti?
Je crois que je me sens fière et accomplie. C’est difficile de réaliser que le projet est enfin dans l’univers. C’est un gros milestone pour moi, vu que c’est un travail qui n’arrête jamais. Il faut travailler aussi fort une fois que l’album est sorti si on veut qu’il se rende aux gens et qu’il n’ait pas été lancé dans le vide! Alors je dois me rappeler de prendre un peu de recul et d’apprécier tout ce qui a été accompli depuis les dernières années pour que cet album existe enfin à l’extérieur de ma tête!
Vu que c’est ton premier album solo, y a-t-il eu des choses qui t’ont surprise ou qui t’ont ouvert l’esprit pendant la création?
Ce qui m’a surprise, c’est que la créativité, ça ne se perd jamais. J’ai eu des périodes où j’avais l’impression que je ne pourrais plus jamais écrire de chansons, mais il suffit souvent juste de me donner du temps et de l’espace mental pour stimuler mon muscle de la créativité, pour que l’inspiration revienne et pour retrouver le « spark » indescriptible qui vient à la naissance d’une chanson.



Il y a plusieurs références à l’eau et à la vie sous la mer. Qu’est-ce que ça représente pour toi?
L’eau a toujours été une grande source d’inspiration pour moi (peut-être parce que je suis poisson?). Sa puissance, son mystère, sa profondeur, son maximalisme avec toute la vie qu’elle retient dans son ventre. J’ai soit écrit, soit eu les idées pour toutes les chansons en étant sur le bord du fleuve salé. Il y a quelque chose dans l’iode de l’air salin qui stimule ma créativité automatiquement, sans que je me l’explique. Aussi, le titre de l’album étant vert de lichen, puisque c’est la couleur qui représente cette période de ma vie, et le lichen pour tout l’environnement marin. Or, je ne voulais pas recréer une certaine douceur que l’on peut associer à l’eau : je voulais m’en inspirer en créant un clash entre analogue et digital, vivant et non réel. Représenter la force de l’eau avec une musique très frontale, très vivante et très maximaliste.
Dans l’ouverture, vert de lichen, il y a le son de l’eau. Est-ce que c’est un enregistrement ou quelque chose de technique? Si c’est un enregistrement, où l’as-tu capturé?
Oui! On a samplé le fleuve en Gaspésie et c’était important pour moi que ça se retrouve sur l’album, mais encore une fois en traitant le son pour opposer organique et digital.
La nature, en général, est un thème central de l’album — dans le titre mais aussi dans cartography of the rhizome qui compare l’humanité aux plantes. À quoi ressemblerait un univers idéal pour toi?
Ouf, grosse question ahah! Un univers où la pensée décoloniale est partout, où ni centre ni hiérarchie ne sont permis, où l’empathie est la seule règle imposée.


Ce que je trouve intéressant, c’est que les références à la nature sont toutes mélangées à un son futuriste. Même la pochette de l’album englobe cette idée : quelque chose de surnaturel au milieu d’une plage. Quelle est la vibe que tu voulais créer avec cet album?
C’est exactement ça! De l’organique surnaturel ahah! La pochette démontre bien cette idée : tout a été créé sur place avec Benoit Paillé, les couleurs avec des flashs, les lasers étaient projetés sur moi. On s’est levés à 3 h du matin pour partir de Montréal et se rendre à cet endroit pour attraper l’heure bleue. Un processus analogue qui donne un sentiment hors de la réalité.
Quel est ton instrument préféré à jouer, surtout quand tu expérimentes?
Ouf, je ne peux pas choisir! Autant les claviers que la guitare m’amènent à des endroits très différents lorsque j’écris. Dernièrement, j’aimais bien écrire en premier à la guitare, car aux claviers je peux avoir tendance à mettre beaucoup d’accords ahah! Alors, de commencer plus simplement et d’habiller le tout par la suite.
Quel a été ton processus de création pour les chansons? Tu avais mentionné dans notre première entrevue que tu avais un set-up avec tes synthés et tes guitares etc. À quel point tes musiciens ont-ils influencé le résultat final?
Ça change beaucoup dépendant des chansons : je peux arriver avec des accords, des mélodies et une structure, et on peut s’amuser à l’intérieur de ça par la suite. Sinon, il y en a que j’écris et enregistre seule. Ça dépend du mood des chansons, mais je ne peux pas prétendre avoir de meilleures idées à la basse et à la batterie que mes deux acolytes, alors c’est plaisant d’avoir des inputs créatifs de l’extérieur également!



Il y a quelques instrumentaux sur l’album. Est-ce que ces morceaux ont été ajoutés à la fin, ou est-ce qu’ils ont toujours fait partie de ta vision? Aussi, est-ce que leurs titres sont venus en premier ou la musique?
J’avais les idées d’interludes depuis le début : pour moi, ça faisait partie de l’histoire que je voulais raconter avec l’album. J’adore quand il y a des transitions qui font partie du narratif. Par contre, ces morceaux ont été faits en tout dernier, juste avant d’envoyer au mastering, parce que dans un processus d’album tout est toujours rush ahah! Il y a certains titres qui existaient depuis longtemps et d’autres plus récents.
L’album représente une période « verte » dans ta vie. Quelles sont tes choses préférées qui sont vertes?
Le lichen. Le goémon. Le matcha. Le reflet dans l’eau. Le vert dans le nacre des coquillages. Le papillon lune. Des yeux.



La chanson les tamaris salés est une collaboration avec Natasha Kanapé. Sa voix et ses mots sont un ajout puissant, étant donné le message de la chanson. Comment cette collaboration est-elle née? Avais-tu l’idée de collaborer avant de créer la chanson?
Natasha Kanapé est une artiste dont j’admire l’œuvre depuis très longtemps (j’ai lu plusieurs fois tous ses recueils et son roman) et j’ai eu l’honneur de l’accompagner lors de ses shows de poésie également. Pour moi, c’était un rêve de pouvoir faire une collaboration avec elle et j’étais très touchée qu’elle ait accepté. Ses mots sont si touchants, puissants, ils transportent la chanson dans une autre dimension. Son écriture me jette par terre et j’étais impressionnée de voir comment cette poésie sort d’elle comme un flot fluide et puissant. Ç’a été une super expérience de créer ce moment avec elle et j’en suis honorée.
Le 8 novembre, c’était le lancement de ton album à Montréal. Comment s’est passée la soirée?
Ç’a été une soirée mémorable. Tellement de travail a été mis dans ce show, autant dans les décors, la scénographie, la mise en scène, les vidéos, la musique, le band, la merch, tout a fini par s’imbriquer à la perfection!
Est-ce qu’il y aura une tournée à venir? Peux-tu partager tes projets pour le reste de l’année ou l’année prochaine?
Nous avons quelques shows de prévus (dont le 20 novembre au Quai des Brumes pour M pour Montréal), mais ce sera plus pour l’été que nous visons de faire une belle tournée de festivals, et peut-être aussi une tournée européenne à l’automne 2026… à suivre hihi!



Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
