Clara Dahlie est une auteure-compositrice-interprète de Québec qui a sorti sa première chanson, Rengaine, en novembre 2022. Son deuxième single, La Luz, a paru le 6 juin de cette année. Ensemble, les deux chansons introduisent un univers hypnotique et opulent : Un mélange de RnB, de jazz et d’électronique rêveuse qui est combiné avec des visuels artistiques.
On s’est assis avec l’artiste pour parler de son été de festivals, de la puissance de la mode et de son processus de création.


Pourrais-tu nous parler de ton parcours? Même si tu as seulement sorti deux chansons, j’ai l’impression que tu es très impliquée dans la scène artistique ici à Québec.
Depuis que je suis enfant, j’ai toujours fait de la musique. Après mes études, j’avais vraiment envie de composer, donc j’ai commencé à m’impliquer au Pantoum en assistant à beaucoup de spectacles et en étant bénévole. Pendant la pandémie en 2020, j’ai contacté le Pantoum pour avoir un local. J’ai aussi suivi un cours de production musicale qui m’a permis d’être plus indépendante et de créer ma propre musique.
En dehors du Pantoum, la ville de Québec a-t-elle influencé ton entrée dans la scène musicale?
Ce qui est intéressant à Québec, par rapport à Montréal, c’est qu’on a l’opportunité de créer de nouvelles choses. La scène est vraiment effervescente et il y a plein d’artistes incroyables. Je pense qu’au début, je suis restée ici grâce à ça et, en grande partie, au Pantoum. Je pense qu’il y a vraiment quelque chose à développer ici et c’est intéressant d’apporter quelque chose de nouveau, ce qui est le RnB, à Québec.
En mai, tu as joué au Pantoum. Vu que c’est un endroit très spécial pour toi, comment te sentais-tu après avoir fait ce spectacle?
Je me sentais libérée parce que j’étais quand même stressée. C’était mon troisième spectacle à vie et aussi je voulais faire honneur au Pantoum. Je me sentais privilégiée et j’ai vécu un beau moment avec Cosmophone. C’est un artiste que je trouve incroyable.
Tu as travaillé un peu dans le passé comme mannequin et styliste. Est-ce que ce milieu de la mode a influencé ton rapport avec la musique? On voit que l’esthétique qui accompagne ta musique est vraiment forte.
100%. C’est comme quasi important. J’ai eu la chance de grandir dans une famille d’artistes visuels. Ma grand-mère est Helga Schlitter, une sculptrice. Elle est mexicaine, donc on était toujours très colorés. Ma tante est une peintre aussi, donc j’étais toujours entourée par des œuvres. J’ai la synesthésie, donc quand je fais de la musique, je vois des couleurs. En ce qui concerne la mode, c’est comme ma manière de faire mon art visuel. On dirait que j’aime porter des sculptures. J’ai l’impression aussi que quand on pose, on n’a pas le choix, mais être confiant.e. Il y a quelque chose de thérapeutique dans le fait de poser et de nous célébrer.


Quelle est l’importance de style et d’un look distinctif par rapport à la musique? Penses-tu que ça change comment on perçoit des chansons?
Ça dépend pour qui. J’avoue que les artistes qui m’inspirent le plus ont un univers visuel assez poignant. Je pense que c’est très personnel pour tout le monde. Il y a des artistes que j’adore qui ont un univers très minimaliste, comme Charlotte Day Wilson. Son esthétique est magnifique, mais il y a quelque chose de sobre. Par contre, FKA Twigs, Rosalía et Björk ont des univers éclatés qui m’excitent beaucoup.
Ces artistes sont plus anglophones donc crois-tu que c’est important d’apporter un côté francophone?
Je pense que oui. Le 22 juin, j’ai joué avec Bonnie Banane et elle a également un univers très éclaté. Elle est une de mes inspirations actuelles. J’étais tellement honorée de jouer avec elle. On voit et on entend quelque chose dans sa musique qui est très coloré. J’ai l’impression que ça pourrait être quelque chose de nouveau que j’aimerais apporter à Québec.
Ta nouvelle chanson, La Luz, contient un message très puissant, dans le fait qu’elle parle des relations toxiques et de la violence conjugale. En même temps, elle est apaisante et rassurante. Avais-tu déjà prévu d’utiliser la musique pour parler de ces sujets ou est-ce que quelque chose est arrivé qui l’a donné de la motivation?
C’est rare parce que d’habitude je crée la musique avant, puis les poèmes plus tard, mais je sais toujours de quoi les chansons vont parler. Pour La Luz, c’était les deux en même temps. Je compose souvent dans mon bain et pour La Luz j’étais là un peu triste, donc les paroles et la musique sont sorties de manière impulsive. Je pense que j’avais vraiment besoin d’exprimer des choses à travers la musique qui ne sont pas facile d’exprimer. J’espère que les gens se reconnaissent et que ça leur fait du bien.
Ta chanson Rengaine, sortie en 2022, parle un peu de l’envie de vivre dans un rêve et de mélanger la réalité avec l’illusion. Quand tu joues de la musique et que tu apparais comme Clara Dahlie l’artiste, est-ce tu sens que tu es dans ce monde idéaliste? Est-ce que tu vois la musique comme un moyen d’échapper à la réalité?
Ouf, oui. Définitivement. Ce qui est intéressant, c’est que Rengaine est la première chanson qui m’a mené vers La Luz et qui ensuite m’a mené vers l’acceptation de la réalité. Depuis que je suis petite, la musique est une échappatoire. Parfois, je trouve que les choses sont un peu ternes autour de moi, donc j’aime écouter de la musique et être dans mon monde. Je peux imaginer toutes sortes de choses, puis la réalité devient un peu plus fictive. C’est tellement personnel, tout le monde a sa propre réalité, et je pense que Rengaine est un peu le fantasme de vivre dans quelque chose de beau.
Tu as mentionné que tu vois des couleurs quand tu crées tes chansons donc quelles sont les couleurs de Rengaine et La Luz?
Bonne question! Rengaine est définitivement violet et La Luz, c’est de l’or. Ça paraît un peu évident à cause du mot lumière, mais j’ai créé une dualité entre l’argent et l’or. J’ai beaucoup maquillé en argent, mais il y a beaucoup d’or, donc c’est très opulent.
Ça fait plus d’un an entre les deux chansons. Qu’est ce qui a changé pendant cette période? As-tu toujours la même vision?
C’est drôle parce que ça a été un long processus, mais j’ai cependant travaillé les mêmes chansons tout au long de ce processus. J’ai beaucoup travaillé sur les chansons que j’avais dans ma tête depuis des années. On dirait que j’avais déjà envie d’aller ailleurs un peu et de faire des choses qui sont un peu plus dance. J’avais besoin d’exprimer quelque chose qui était très doux, dans l’introspection et dans l’émancipation de la douleur. Une fois que ça serait sorti, je pense que la douleur sera toujours omniprésente mais j’aurai envie d’aller dans le plaisir du dance.
Tu as joué à la Fête de la Musique de Québec il y a quelques semaines. Quel est l’importance d’un festival comme celui-ci pour une artiste émergente comme toi?
Je trouve que l’initiative de la Fête de la Musique est vraiment géniale parce que c’est un tremplin pour les artistes. La soirée où j’ai joué était super. Je pense qu’être sélectionné nous encourage dans la communauté artistique émergente de Québec.
Comment était la foule? Par exemple, as-tu remarqué beaucoup de gens qui ne connaissaient pas ta musique, mais qu’ils s’arrêtaient dans la rue parce qu’ils étaient intéressés ou est-ce que c’était plutôt tes amis qui étaient là?
J’étais agréablement surprise parce que c’était à 17h, l’après-midi, et je pensais peut-être qu’il n’aurait pas beaucoup de monde. Finalement, il y avait beaucoup de personnes qui se sont arrêtées. Il y avait des amis que je ne m’attendais pas à voir mais aussi des gens que je ne connaissais pas. C’était chaleureux.
Il y a plusieurs festivals à venir, le Festival OFF et Le Festif! de Baie-Saint-Paul. Vu que c’est la première fois que tu joues aux festivals, comment trouves-tu l’expérience?
Je trouve ça vraiment excitant. Pour l’instant, c’est principalement à Québec où je joue. On dirait que je commence à tranquillement apprivoiser la scène et à comprendre comment je me sens et ce qui me fait bien me sentir. Il y a beaucoup de nouveautés et je trouve excitant de rencontrer de nouvelles personnes. J’ai l’impression que je prends de la confiance et je comprends mieux quelle marque je veux laisser sur scène. J’ai hâte pour le Festif! parce que ce sera ma première fois à l’extérieur de la ville de Québec.
Quels sont tes projets pour l’avenir que tu pourrais nous partager?
J’ai l’impression que c’est le tout début. J’aimerais faire un album, après le gros EP qui va sortir en automne. J’ai hâte de continuer à expérimenter et de me découvrir. J’ai vraiment soif de faire de la musique.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.
Crédit Photos : Courtoisie

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