Les musiciens Gabriel Arseneau et Félix Pomerleau ont sorti leur premier album, sous la forme de leur projet Tabac Carton, le 14 juin. Chaque chanson est une collaboration avec un.e artiste de la ville de Québec, ce qui inclut les refrains accrocheurs de Simon Kearney (Apprenti sorcier), les vibes chill et sensuelles d’Ariane Roy (Si), la pop ensoleillée de Julyan (Yes no maybe), la douceur de Valence (Pierrot), et la poésie électronique d’Adieu Narcisse (Été/Tristesse).
Tabac Carton est autant le fait de s’amuser avec des amis qu’une célébration de la scène créative à Québec, que ce soit des artistes connus ou ceux qui sont plus émergents. La chanson Jamais vu, par exemple, a été faite avec Marcono, sa voix coulant au-dessus un beat lo-fi. «Marcono est un bassiste qui a joué avec Jérôme 50, Simon Kearney, parmi d’autres, et il accueille la soirée Neo Soul au Bar Ste-Angèle les mercredis. C’est un très bon bassiste, mais il n’a jamais chanté», explique Gabriel Arseneau. «Il avait déjà dit qu’il avait beaucoup de textes et il aimerait faire un projet, donc on l’a poussé.»
On s’est assis avec Gabriel Arseneau et Félix Pomerleau dans le quartier Saint-Jean-Baptiste de Québec pour parler davantage du projet Tabac Carton et l’influence de la ville.
Pour commencer, pourriez-vous vous présenter et les projets que vous aviez avant Tabac Carton?
Gabriel: Je viens des Îles-de-la-Madeleine et je fais de la musique depuis assez longtemps. J’ai étudié au CNDF, à Québec, et c’est ici où j’ai rencontré Félix. Maintenant je joue avec Simon Kearney, Clara Dahlie, Nicolas Gémus et d’autres projets aussi.
Félix: J’ai beaucoup moins de bagage derrière la cravate, mais je joue de la musique depuis longtemps aussi. On a un autre projet qui s’appelle Pastel Barbo. Sinon, Tabac Carton est comme le premier projet personnel de nous deux.
Gabriel: C’est la première fois qu’on porte les chapeaux de réalisateur et d’auteur-compositeur. On fait tout, de la production à la mise en marché.
Ce qui est intéressant concernant Tabac Carton, c’est que c’est vraiment une collaboration entre des artistes de la ville de Québec, mais ces collaborations gardent les styles des artistes. Quel est votre processus de création? Avez-vous des idées dans vos têtes avant ou les chansons sont-elles nées en expérimentant ensemble?
Félix: C’est un mélange mais surtout en expérimentant avec les artistes, dans le sens où on accueille les artistes sans savoir ce qu’on va faire. On part de rien et on crée ensemble. On essaie de laisser la place aux artistes pour qu’ils apportent leurs couleurs.
Gabriel: C’est expérimental comme manière de composer et on prend des décisions très rapidement. Les artistes ont composé les paroles à presque 100% aussi. Parfois, on avait des mélodies ou certaines idées, mais c’était pas mal les artistes qui ont fait les textes.
Félix: On s’entend sur la musique et c’est souvent ça qu’on fait en premier avec les artistes qu’on accueille. On jam des affaires et on trouve une mélodie. On ne regarde pas en arrière. Souvent, en faisant cet album, on n’avait qu’une journée ou deux avec la personne, donc on voulait profiter le plus de temps qu’on avait. Ça donne quelque chose d’authentique.
Gabriel: Ils sont tous aussi des amis proches, donc tout le monde avait confiance et les idées créatives sortaient bien.
Où ont été écrites et enregistrées les chansons?
Gabriel: La composition et le mix étaient faits chez moi. On a commencé le processus de l’album en mai 2023 et l’album est sorti en juin 2024. On a fait les sessions pendant quelques semaines, ce qui nous a donné beaucoup de temps de réflexion et nous a permis de travailler sur d’autres projets. À partir de novembre jusqu’en février, on a eu un autre blitz de composition où on a aussi fini les paroles.
Félix: Apprenti Sorcier avec Simon Kearney a été enregistré chez Simon à l’Île d’Orléans et la chanson Si avec Ariane Roy a été enregistrée à ma maison de campagne en Beauce.
Gabriel: La dernière pièce, [Bye], avec Antoine Lemieux-Rinfret, était un processus un peu spécial parce qu’il nous a envoyé quelques beats puis on l’a habillé. Ça a été fait chez eux.
Félix: Ce n’est pas pour le projet qu’il a fait ça. Il l’a fait pour lui puis on a dit qu’on prendrait le piano et qu’on ferait quelque chose avec ça.
Les chansons sur l’album qui ne sont pas des collaborations évidentes sont des instrumentaux. Est-ce qu’il y a des anecdotes / histoires derrière ces morceaux?
Gabriel: [ballon-panier] et [avertissement] sont les seules chansons qui étaient juste de Félix et moi, sinon elles sont toutes des collaborations.
Félix: [ah] est avec Alexis Taillon-Pellerin, qui est un bassiste de Québec, [2000%] est avec Raphaël Laliberté Desgagné qui joue le sax et [bye] est avec Antoine Lemieux-Rinfret.
Gabriel: [avertissement] a une voix AI qui parle.
Félix: C’est une voix clonée qui était déjà sur le site qu’on a utilisé. C’est un gars qui sonne un peu animateur de radio et on a rentré notre texte dedans. On l’a trouvé drôle.
Pourquoi est-ce que c’était important pour vous de faire ce projet, surtout avec les artistes que vous avez choisi?
Félix: C’est les gens proches de nous qui viennent de la ville de Québec, donc c’était accessible pour nous. Au début, c’était notre vision parce que Gab voulait faire des beats avec d’autres musiciens.
Gabriel: L’essence de Tabac Carton a toujours été la collaboration, donc c’était normal que l’album soit fait de collaborations.
Est-ce qu’il y a d’autres projets similaires qui vous ont inspiré à lancer Tabac Carton?
Gabriel: Il y a Zombie Life Mon Coeur qui est le projet de Jean-Bruno Pinard, réalisateur de Mon Doux Saigneur et Alex Burger. Il ne chante pas et il fait la production des artistes. Une de mes grosses influences de prod est Kenny Beats, qui est un producteur Américain.
Félix: Il n’y a pas vraiment beaucoup de projets comme le nôtre proche de chez nous, c’est très hip-hop comme style. C’est l’fun de prendre cette recette-là et la mettre dans la chanson.
L’ambiance générale de l’album est très chill et un peu lo-fi. Quel est le rôle de ce type de musique dans votre quotidien?
Gabriel: Je pense que Tabac Carton est un peu plus chill que ce que j’écoute d’habitude, mais Félix et moi avons quand même les mêmes goûts, comme le jazz et l’indie.
Félix: J’ai l’impression que le résultat est un peu influencé par nos moyens. On est chez Gab dans notre petit studio. On n’a pas beaucoup d’instruments, seulement une basse, une guitare et un clavier. On essaie de faire le mieux possible avec ces instruments. Ça nous limite et ça nous amène dans une direction familière, mais intéressante.
Gabriel: Je gagne ma vie avec la batterie, mais sur l’album je ne joue aucun drum, par contre c’est la production. C’est un peu paradoxal et drôle. J’ai reçu des commentaires comme «hey crime c’est cool ce drum-là». C’est bien joué, mais ce n’est pas moi.
Comment décrivez-vous la scène musicale à Québec?
Gabriel: Full frissonnant. Elle explose de partout. L’ouverture de collaboration dans la ville de Québec est vraiment forte.
Félix: Le monde est tellement proche. On a rencontré beaucoup de gens à l’école avec qui on travaille aujourd’hui. Ce sont des amis avant d’être des collègues.
Gabriel: Le Pantoum et Hubert Lenoir ont aidé à faire éclater la scène, mais ce n’est pas comme s’il n’y avait eu pas d’autres artistes avant. Il y a eu Karim Ouellet et Pascale Picard, par exemple.
Félix: Cette explosion a été dans les dernières années et peut-être que c’est aussi parce que le monde peut faire de la musique sur leur ordi.
Gabriel: Oui et je pense que les gens comprennent qu’ils peuvent gagner leur vie avec la musique même s’ils sont à Québec.
Pourriez-vous parler des visuels du projet. Est-ce qu’il y avait d’autres collaborations avec des artistes de la ville ou c’est tout à vous?
Gabriel: L’aspect visuel est une grosse partie du projet et c’est Félix qui s’occupe de ça. Chaque chanson a son clip et toutes les pochettes sont aussi créées par Félix.
Félix: Il n’y a pas de collaborations. Au début du projet, on avait l’idée de demander au monde de faire un dessin ou de faire quelque chose avec Tabac Carton en tête, mais on n’a pas continué ça. On garde tous les aspects très faits maison.
Gabriel: C’est très DIY, mais c’est le spirit de Tabac Carton.
Félix: Je pense que c’est l’fun pour les artistes de faire partie d’un projet qui n’est pas le leur et d’explorer quelque chose de différent dans un contexte où il n’y a pas d’attentes.
Gabriel: Par exemple, avec la chanson Pierrot de Valence il y a de l’autotune sur sa voix. On ne l’entend pas sur ses propres albums.


Quels sont vos plans ensuite pour Tabac Carton? Est-ce que vous allez continuer à faire des collaborations avec d’autres artistes? Y aura-t-il des spectacles?
Gabriel: Il y a pas mal de choses qui vont se passer avec Tabac Carton. En automne, on aura deux singles qui vont sortir. On essaie de pousser l’album jusqu’à la fin d’été en sortant des clips. À partir de l’automne, on changera l’era de Tabac Carton.
Félix: On est en train de travailler avec cinq artistes différents.
Gabriel: Aussi, on travaille fort en ce moment sur un EP d’un artiste de Québec qui est normalement dans un groupe. Il n’a jamais sorti de la musique tout seul, donc c’est excitant. On a un show de Tabac Carton qui va se passer mais on ne sait pas encore quand, ou et comment. On veut faire un genre de grande réunion avec tout le monde qui a participé.
Questions rapides sur la ville
Quel est votre endroit préféré pour chiller à Québec?
Gabriel: Le parvis de l’église Saint-Jean-Baptiste est une belle place pour chiller.
Félix: J’aime bien le parc Berthelot. J’ai passé mon adolescence dans ce parc-là. Donc c’est drôle qu’on fasse de la musique en face d’ici maintenant.
Quel est votre endroit préféré pour faire la fête?
Félix: Je dirais chez des amis ou chez nous.
Gabriel: On est rendus vieux. Dans le passé, j’ai eu plusieurs phases, par exemple Pub X dans Sainte-Foy. Il y avait aussi Boston Pizza où on a fait la fête en masse. Sinon, dans le quartier Saint-Jean-Baptiste, le Fou-Bar est le spot. Le Sacrilège est cool aussi.
Quel est l’endroit qui, selon vous, représente le mieux la ville de Québec?
Gabriel: Musicalement, je dirais le Pantoum. Quand j’entre dans le Pantoum, je me sens bien et il me rappelle plein de souvenirs.
Félix: Sinon, je trouve que chaque quartier a son charme. Saint-Jean-Baptiste est l’fun pour ce qu’il est et la même chose pour la basse ville: Saint-Roch et Saint-Sauveur.
Gabriel: Pendant la pandémie, j’ai vécu dans Saint-Roch et c’était vraiment autre chose. Je prenais mes marches sur la rue Saint-Joseph deux fois par jour pour m’aérer un peu et observer le monde.
Félix: Récemment, j’ai commencé à prendre des marches dans le Vieux-Québec comme un touriste avec ma blonde et je trouve que ça fait du bien, je ne sais pas pourquoi. On dirait qu’on se sent un peu anonyme et on découvre Québec en tant que touriste dans notre propre ville. C’est une autre façon de vivre la ville.
Si vous pouviez collaborer avec un artiste du passé, qui choisiriez-vous? Ou est-ce que c’est vraiment dans les années plus récentes que la scène musicale à Québec est la plus vivante?
Gabriel: J’aime travailler avec le monde qui est en vie [rire]. J’aimerais travailler avec Jean Leloup, juste pour l’expérience, et peut-être Daniel Bélanger. Sinon, les choses que j’écoute beaucoup peuvent être un bon fit, comme Hubert Lenoir, Mon Doux Saigneur et Alex Burger.
Félix: Tout le monde en fait.
Gabriel: On est les geeks de la musique québécoise. Donc, on aimerait travailler avec tout le monde.
Félix: Il y a trop de monde avec qui ce serait nice de faire une collaboration au Québec mais, si on élargit.. [pause] Non, il y a encore trop de monde.
Gabriel: Notre but est de faire des collaborations et continuer ce projet-là. On veut que ce soit tout le temps en vie. Je vois Tabac Carton comme un side project, donc il n’y a pas de pression et on peut faire ce qu’on veut.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.
Crédit Photos : Félix Pomerleau
