Kinkead est un duo composé des jumeaux Henri et Simon Kinkead et les deux musiciens sont bien entourés dans la scène musicale québécoise. Quand ils ne font pas de la musique ensemble, tu peux les trouver en collaboration avec d’autres artistes. Leur premier album, Migration, qui est sorti en 2020, est rempli de groove et de sensualité et, dans leur deuxième, sorti en octobre, ils explorent la pop et le rock avec des mélodies accrocheuses et des vibes rêveuses.
Intitulé Henri & Simon, cet album est en partie basé sur la nostalgie, que ce soit des inspirations musicales des années 60 et 70, des réflexions sur l’intimité, ou de l’affirmation de la fraternité entre Henri et Simon. Le samedi 9 novembre, Kinkead ont joué au Pantoum, à Québec, pour son lancement. L’atmosphère était joyeuse tout au long du spectacle, avec Nathan Vanheuverzwijn au clavier, Gabriel Lapointe à la batterie et Marie Neiges à la voix pour un band complet.
En plus des chansons de l’album, ils ont joué quelques chansons de Migration (Lâcher prise, 25 Macdo, Freak Out et l’intime Savane), une reprise de Promenade sur Mars d’Offenbach, et un medley de chansons cheesy pour faire chanter la foule. Julyan était présent pour leur chanson Sugar, pendant laquelle il a dansé avec enthousiasme, et le spectacle s’est terminé par Atomic Suzie du premier album. C’était tout amical et naturel et donc une bonne représentation du Kinkead d’aujourd’hui.
On a parlé avec Henri et Simon avant le spectacle pour en savoir plus sur l’évolution de Kinkead.
Vu que votre nouvel album s’appelle Henri & Simon, on a l’impression que c’est comme une introduction à Kinkead ou un nouveau départ. Qu’est-ce qui a changé depuis Migration?
Henri: Plein de choses, notamment le fait qu’on n’habite plus ensemble. Quand on a fait Migration, on était colocs, donc c’est un nouveau départ, ou du moins une affirmation de notre individualité respective. Je pense que ça rend le tout plus solide et cohérent.
Quelle était l’évolution de l’album? Aviez-vous déjà quelques chansons et concepts que vous vouliez l’inclure?
Simon: Je pense que c’était graduel.
Henri: On a écrit les chansons et, à partir des chansons, on se demandait quelles sont les influences et ce qu’on voulait faire pour la production musicale. Graduellement, on est arrivés aux trucs qui avaient plus d’une saveur nostalgique et qui étaient plus comme ce qu’on écoutait quand on était jeunes. Je pense qu’à la base, le concept d’Henri et Simon redéfinit notre fraternité.
Donc toutes les chansons étaient écrites après Migration…
Henri: Oui. C’est ça, mais progressivement. On a pris le temps entre les deux. Il y a la chanson qu’on avait écrite avec Julyan et d’autres qu’on avait faites dans des résidences d’écriture. Tout était fait progressivement.
En ce qui concerne le son, alors que Migration est très basé sur les grooves, Henri & Simon est plus varié et léger avec plusieurs moments de douceur. Comment décririez-vous le duo Kinkead aujourd’hui?
Henri: J’ai l’impression que Kinkead a toujours été un projet de songwriter mais peut-être que la production et les arrangements font en sorte que c’est plus la chanson qui est mise en avant que la groove. Même si c’est différent de Migration, c’est aussi une suite logique. On avait envie de faire quelque chose de plus intime et nostalgique et c’est ça qui a transparu sur l’album.



Henri, tu as récemment lancé ton projet Héron. Est-ce que ce projet a influencé ta vision de Kinkead?
Henri: En tant qu’artiste, j’ai comme un exutoire pour mes désirs créatifs. Dans ce sens-là, je pense que ça enlève de la pression sur Kinkead parce que ça me permet de mieux l’apprécier pour ce qu’il est. Kinkead est vraiment un duo de collaboration.
Simon: Dans tous ces chemins-là, je pense qu’on développe nos unités au sein d’un duo. Henri a son projet et j’ai mes choses aussi.
Quels sont tes autres projets, Simon?
J’ai quelques projets musicaux, la musique qui va sortir en collaboration cet hiver. Sinon, j’ai fait un retour aux études. Je fais une maîtrise en anthropologie.
Ohh c’est cool! D’habitude, quel est votre processus de création? Est-ce que vous écrivez ensemble ou solo puis vous rassemblez vos idées?
Henri: C’était toujours plus qu’on rassemble nos idées.
Simon: On a arrêté d’habiter ensemble. Donc, pas longtemps après Migration, on a écrit quelques trucs, puis, pendant les années suivantes, c’était plutôt pendant les moments de collaboration où on s’est rejoint.
Henri, tu habites à Montréal et, Simon, tu habites à Québec. Comment est-ce que les deux villes influencent votre créativité?
Henri: Hmm, full bonne question! Je pense que c’est le fait d’être exposé aux différents styles d’artistes, pas seulement des musiciens, mais ceux et celles qui ont le regard sur l’art qui me donnent envie de sortir de mes méthodes de création habituelles. Ça, c’est une influence pour moi.
Simon: Surtout les spectacles qu’on a faits, comme pour le Phoque OFF l’année passée. On a commencé à travailler avec Laurie Foster qui fait plus d’art visuel et de théâtre. On a aussi fréquenté des gens dans la Basse-Ville qui sont plus dans les arts visuels et le design. C’est un peu un bassin de différents artistes. La vibe de Québec est très conviviale avec de belles portes d’entrée vers des milieux différents.
Comme Migration, Henri & Simon était réalisé par Simon Kearney. Quelle était la différence entre cet album et le premier? Est-ce que l’approche de Simon a un peu changé?
Henri: Oui parce qu’on voulait faire un truc où les musiciens qui nous accompagnent live étaient très impliqués dans la création. Toutes les chansons étaient enregistrées où on jouait les instruments en même temps. C’est quelque chose qu’on a décidé de faire avec Simon Kearney. Ça a changé l’approche parce que la production de Migration était plus pop et plus contrôlée. Cette fois-ci, on ressent l’essence d’un band.
Où l’avez-vous enregistré? Chez-lui à l’île d’Orléans?
Henri: En partie, oui. On a fait la majeure partie au studio Le Nid à Saint-Adrien tous ensemble, puis on l’a fini chez Simon Kearney.
J’ai l’impression que beaucoup des chansons sur l’album parlent de désir ou de l’envie d’être intime avec quelqu’un. Quels sont les thèmes que vous vouliez aborder?
Henri: Je pense que c’est un album d’amour, mais au sens large. Il y a des nuances de ce que veut dire l’amour. Le désir est une de ces choses-là.
Simon: Ce sont des réflexions sur différentes relations, les relations amoureuses et le désir, mais je pense que c’est aussi une période où on réfléchit à comment être bon dans une relation, que ce soit une relation intime avec quelqu’un d’autre ou entre nous deux. C’est une émotion fondamentale dans nos vies, donc je pense qu’on avait besoin de repenser un peu.
Une de mes chansons préférées sur l’album est Comme un enfant, qui est vraiment la douceur. Dans quelle mesure la nostalgie a-t-elle un rôle dans l’album? Par exemple, elle est présente dans les chansons comme Où es-tu Henri? et Gazon mouillé. Dans Comme un enfant, c’est plus dans le son.
Simon: Je pense qu’à la base, on est des personnes assez nostalgiques. Il y a quelque chose dans cette émotion qui trigger une sorte de tristesse, mais douce à la fois. On dirait que ça nous donne le goût de créer des choses. Après ça, concernant comment le manifester, on voulait la production et les mélodies. Je ne peux pas dire exactement ce qui rend une mélodie nostalgique, Henri a fait plus de théorie musicale que moi. Je pense qu’il y a souvent quelque chose là-dedans.
Henri: Oui, ça vient du feeling. Gazon mouillé est super romantique et nostalgique et Où es-tu Henri? est super lumineuse comme chanson, mais c’est drôle parce qu’on l’a co-composée et écrite avec Marco Ema qui est un autre bon nostalgique. On ne s’est pas forcément investis consciemment à faire ça, mais naturellement on était attiré vers les trucs doux et nostalgiques.
Tu as mentionné Marco Ema. Est-ce qu’il y a d’autres musiciens avec qui vous avez collaboré? Évidemment il y a aussi Julyan.
Henri: Oui, Marco, Julyan.
Simon: Jérôme 50 pour quelques paroles.
Henri: Simon Lachance nous a aussi aidé à écrire les textes. Simon Kearney était aussi impliqué. Marie-Claire Linteau, qui est choriste avec nous, a travaillé sur la toune Passion. Il y a d’autres musiciens aussi comme Gab (Lapointe) et Nathan (Vanheuverzwijn) qui jouent ce soir. C’était un beau travail d’équipe.
Sugar est une chanson avec Julyan. Vu que l’album est comme une représentation de vous, Henri et Simon, c’est naturel que vos amis soient impliqués. Quelle était la motivation ou l’histoire derrière Sugar?
Henri: En fait, c’était une résidence d’écriture de chanson qu’on a faite pendant la pandémie à Petite-Vallée, en Gaspésie, avec Simon et moi, Julyan, Simon Kearney, Gabrielle Shonk, et Simon Lachance. On est arrivé le premier soir, on a bu du vin, et Sugar est devenu une chanson. Ça s’est fait assez rapidement mais naturellement, donc c’est cool.
Est-ce que c’était la même résidence où Simon Kearney et Gabrielle Shonk ont écrit Jusqu’à Noël?
Henri: Oui, c’était la même chose!
Ce soir, vous jouez au Pantoum pour le lancement. Quels sont vos plans pour ce lancement?
Simon: Le spectacle qu’on fait ce soir sera le spectacle de l’album. Julyan va faire une apparition. Ce qui est intéressant, c’est qu’on a déjà, avec le spectacle du Phoque OFF, travaillé sur les arrangements. Donc, on arrive dans une position assez le fun parce qu’on les a déjà jouées une couple de fois. Je pense que ce sera juste une nouvelle façon de présenter les tounes.
Henri: Ce sera une ambiance très festive. Progressivement la soirée deviendra de plus en plus chaude et déjantée. Je pense qu’on va beaucoup s’amuser.
En rafale …
Quelle est la chanson sur l’album qui est la plus représentative de Henri et Simon Kinkead?
Henri: Hmmm, Où es-tu Henri?, je pense.
Simon: Je pense que oui.
Quel est votre souvenir le plus doux lié au fait de faire de la musique ensemble?
Henri: Ahh, wow. Je dirais que les shows qu’on faisait dans la cour d’école quand on avait, genre, 11 ou 12 ans. C’était cool. On jouait devant le mur de tennis et il y avait des estrades.
Simon: C’était nos parents qui faisaient le son.
Henri: Et ils faisaient sortir les classes l’après-midi.
Simon: C’était le fun.
Quel genre de musique avez-vous joué?
Simon: C’était pas mal la pop punk, comme Sum 41, Green Day et Blink 182.
Est-ce que ton choix de souvenir le plus doux est le même, Simon?
Je ne sais pas, c’est dur à battre. Peut-être quand on a joué au Festival d’été de Québec en 2019 après la sortie de notre EP 1995. C’était le fun parce que c’était un peu comme «wow!» Ça a marqué une étape dans notre carrière.
Vu que vous êtes inspiré par beaucoup de musique des années 70 et 80, est-ce qu’il a un artiste ou une chanson que vous écoutez toujours quand vous avez besoin de réconfort?
Henri: Ahhh mon dieu, je dirais Into the Mystic de Van Morrison. C’est une chanson que je trouve très apaisante et nostalgique.
Simon: Je pense que c’est Wild Horses de The Rolling Stones. C’est quand même quelque chose.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

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