Le deuxième album de Marco Ema, intitulé Anyway, mommy love est à la fois cinématographique et réaliste. Il nous encourage à vivre l’instant présent, que ce soit dans la production ou dans la façon de réfléchir sur la vie, ainsi qu’à célébrer la nostalgie.
Ton premier album, Où nos corps s’en vont mourir, est ensoleillé et léger et il y a une simplicité, dans les sons, qui est réconfortante. Par contre, Anyway, mommy love semble plus varié et parfois grandiose, surtout si on parle de Cinéma Paradiso et Karaoké qui commencent l’album. Qu’est-ce qui a changé pour toi de manière créative ces dernières années? As-tu appris des choses qui ont influencé ta musique ?
Le nouvel album parle de sujets plus sombres, par exemple j’ai perdu mon père cette année-là. Je crois que, musicalement, j’avais envie de pousser les trucs ailleurs, avec des arrangements plus rock et un peu dark. Je suis content de voir que ça s’entend, c’est cool. On a enregistré l’album à Wild Studios, à Saint-Zénon, en plein hiver, dans un chalet un peu comme The Shining. Il y avait une ambiance qui a peut-être influencé les arrangements qu’on peut entendre.
En ce qui concerne l’album, tu as dit sur ton Bandcamp que tu voulais « enregistrer le tout le plus live possible » afin d’avoir le plus d’énergie possible. Pourrais-tu parler de ton processus d’enregistrement et comment as-tu réussi ça? On a vraiment cette impression avec Buzz, Blank, Boys, et Cool et branchée.
Dans une discussion avec mon gérant, on a dit que la meilleure façon de cranker les amplis et d’aller plus fort dans le son serait de jouer l’album live. On était cinq musiciens et on est allé au Wild Studios où on avait une grosse salle. On s’est mis à jammer les chansons et je crois que le fait de jouer en même temps et d’être dans un gros studio a vraiment aidé.
Donc les choses plus orchestrales, comme le violon et le saxophone, ont-elles été ajoutées après ou en même temps que les autres ?
Le saxophone et le violon ont été ajoutés après. L’idée n’était pas nécessairement de parler de mon père tout au long de l’album, mais c’était de faire comme si je faisais l’album à son côté. J’ai pris les suggestions qu’il m’a données, par exemple en misant sur d’autres instruments et non seulement la guitare, la basse et la batterie.
C’est chouette ! Il y a aussi les chansons qui sont enregistrées de manière intime, par exemple Feelings no.2 et Pillow Talk. Quel était le motif derrière ces chansons? Est-ce que l’équilibre entre les chansons est plus grand ? Est-ce que celles qui sont plus stripped back étaient importantes dans la thématique de l’album ?
Je pense que oui. Je crois que ça fait du bien d’avoir ça dans un album. Je pense que c’est l’fun à dire que c’est possible de toucher les gens avec de la musique vraiment intense, mais que c’est aussi possible avec le moins d’arrangements possibles.
Tu as expliqué, aussi sur ton Bandcamp, que Buzz était écrit pratiquement en 30 minutes pendant que tu as passé une fin de semaine dans un chalet avec ton ami Charles-Antoine Quirion. Y a-t-il d’autres chansons sur l’album qui étaient écrites comme ça ?
Pillow Talk est arrivé comme ça, mais je pense que c’est tout. Cet album est quand même composé de compositions qui ont pris du temps à naître.
J’ai regardé le film Cinéma Paradiso le mois dernier et ça m’a donné beaucoup de confort. Je comprends totalement pourquoi c’est utilisé comme métaphore pour un safe space, comme tu dis, et un endroit d’idéalisme. Je sais que c’était le film préféré de ton père aussi. Quand l’as-tu regardé pour la première fois ? Est-ce que c’était dans ta tête avant de créer l’album Anyway, mommy love?
C’est un film que j’ai regardé de façon obligatoire quand j’étais jeune parce que c’était le film préféré de mon père, mais je l’ai réécouté et je l’ai vraiment apprécié. L’idée d’un safe space est arrivée plus tard. J’ai vu le film et j’avais envie d’écrire une chanson qui s’appelle Cinéma Paradiso, mais j’ai eu du mal à le faire. J’ai écrit autre chose et je me suis rendu compte que c’était cette chanson-là. Ma volonté à écrire sur ce sentiment est bien présente et j’ai appris finalement que c’est un peu pour moi ce safe space.
Qu’est-ce que tu as pensé du film quand tu l’as vu petit étant donné que tu viens de dire que c’était obligatoire que tu le regardes?
Quand j’étais jeune, je l’ai quand même apprécié et j’ai trouvé ça beau de voir mon père aimer ce genre de film. J’avais toujours un bon lien avec ce film-là. Le beau sentiment de nostalgie qui est dans le film, l’amour du cinéma et le fait que le temps passe sont toutes des choses que j’ai réalisées plus lors de mon deuxième visionnement.
Le lien entre le cinéma et les gens dans le film est touchant, mais je crois que c’est quelque chose qu’on peut appliquer à la musique aussi. Une ambiance comme celle-ci d’un spectacle peut être souvent un type d’happy place. J’imagine que c’est pareil pour toi aussi. En tant que musicien, est-ce qu’il y a des artistes qui te réconfortent et qui émettent en toi une nostalgie douce?
Bonne question. Je crois que Big Thief est mon genre de safe space musical. C’est drôle parce que je fais de la musique et j’aime aller voir des concerts, mais je suis quand même un peu anxieux d’aller en voir. Parfois, ça me rend nerveux. Donc, c’est rare que j’assiste à des spectacles et que je profite du moment au complet. Big Thief était vraiment un moment que j’ai apprécié du début à la fin.
J’imagine que les éléments orchestraux dans ton album sont aussi une référence à ce film. Avec qui as-tu travaillé et avais-tu des idées dans ta tête avant où est-ce que c’était eux qui ont créé cette ambiance-là?
Le film Cinéma Paradiso était là depuis le début. Alors c’était vraiment important pour l’esthétique de l’album. On voulait un truc cinématographique, 1970s, un peu Italiano dans la vibe. C’est Gabriel Desjardins qui a fait les arrangements, mais cette esthétique était toujours présente. Je suis vraiment content que ça donne plus de savoir aux chansons.
Une question clichée. Quelle est l’histoire derrière le titre de l’album? Est-ce que c’est une référence à quelque chose?
C’est drôle parce que ce n’est pas cliché, tu es la première personne qui m’a posé cette question. En fait, j’avais écrit une chanson qui s’appelle Anyway au départ, mais je ne l’aimais pas. J’ai essayé d’en faire une pour ma mère parce qu’elle a eu une année difficile. En écrivant la chanson, mon amie qui l’a co-écrit (Marie-Claire Linteau) m’a dit « est-ce que tu te rappelles ta mère d’une certaine manière? Comment te rappelles-tu ta mère? » Je ne sais pas pourquoi, mais parfois j’appelle ma mère mommy love et je trouve ça cute. C’est de là que le titre vient: c’est le surnom que je donne à ma mère. Après, j’ai trouvé qu’il y avait un beau parallèle avec Father John Misty, dont elle est une énorme fan. Il a un album qui s’appelle I Love You, Honeybear que je trouve a le même delivery.
Cette année, tu as fait beaucoup de choses avec ton groupe Vendôme. Cette collaboration, a-t-elle influencé tes propres projets et ta relation avec la musique en général?
Je pense que oui. Vendôme m’a beaucoup apporté l’idée de ne pas poser trop de questions. On dirait que dans mes projets solos, je n’ose pas toujours faire des trucs. Avec Vendôme, si on a une idée complètement conne, on le fait quand même. C’est beau cette idée de suivre ces niaiseries.
Tu vas jouer au Festival Avec la langue à Paris en novembre, ce qui est un festival pour les professionnels dans l’industrie. Tu es le seul artiste québécois (et même canadien). Alors, c’est intéressant que tu représentes le Québec. Comment est-ce que ce show est arrivé?
C’est mon label qui est arrivé avec ça. On va faire une tournée en mars en Europe et je trouve ça vraiment cool de voir que les gens en Europe s’intéressent au projet. Ça me rend vraiment heureux.
As-tu fait des showcases comme ça dans le passé? J’imagine que la vibe est beaucoup plus différente.
J’ai fait quatre ou cinq concerts comme ça. Généralement, ça s’est relativement bien passé et les gens sont réceptifs, mais ce n’est pas le même public que quand tu fais des concerts. Les gens restent assis, mais c’est doux.
Tu étais aussi en France récemment pendant plusieurs jours. Quelle est ta relation avec l’Europe en ce moment? Est-ce que tu vas faire plus de choses là-bas?
Je crois qu’on a plus de shows prévus en France qu’au Québec pour l’instant. Je dirais que la réception est toujours très bonne en France. J’ai vraiment envie d’explorer cet espace de rencontre avec le public français et européen. J’ai un beau lien. Je trouve qu’avec le fait que le film Cinéma Paradiso a été tourné en Europe, c’est vraiment plaisant d’avoir une réception là-bas aussi.
Finalement, si on considère la vie comme un film et que ton premier album est comme une période de passage à l’âge adulte, qu’est-ce que c’est Anyway, Mommy Love?
Wow. Je dirais que Anyway, mommy love est plus scénique. C’est peut-être plus mélancolique, plus nostalgique et un peu sur l’absurdité de la vie. Je pense que faire les concerts va m’aider à le voir encore mieux.
Et pour une période dans la vie? Par exemple, tu adresses le deuil un peu avec le décès de ton père et on a tous une période comme celle-là dans notre vie.
On dirait que je réalise les albums que je fais comme des chapitres. Je pense que j’ai du mal à écrire des histoires qui ne sont pas les miennes. Donc, tout ce qui vient naturellement est relié à ma vie personnelle. Cet album-là, c’est ça; c’est la perte d’un proche, c’est la rupture, mais c’est aussi une rencontre qui m’a fait énormément de bien.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

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