Vendredi dernier, Andréanne A. Malette dévoilait « Le reste du temps », premier extrait de son quatrième album, Les jardins dérangés, dont la sortie est prévu pour avril. Pour la première fois, il s’agit d’une relecture pour l’autrice-compositrice-interprète; elle présente sa version d’une pièce de Francis Cabrel. Nous avons pu nous entretenir avec elle afin d’en apprendre davantage.
D’abord, « Le reste du temps » est une reprise d’une chanson de Francis Cabrel. Après trois albums de tes compositions, c’est la première fois que tu reprends une chanson. Dirais-tu que c’est maintenant important pour toi de montrer que tu peux aussi interpréter les textes des autres ?
Non (rires)! Je pense que je n’avais pas l’intention de faire des covers nécessairement sur cet album-là. La chanson m’est juste tombée dessus. Je la fredonnais au début de l’été et j’essayais de me souvenir c’était quoi cette chanson-là. J’avais juste « tellement de choses ont changé » dans la tête (rires)! J’ai regardé et je me suis souvenue que c’était Cabrel. J’ai pris ma guit et je me suis mise à la jouer, puis ça m’a marquée comment mes doigts la connaissaient déjà. C’est comme si c’était ma toune, puis étrangement, elle parlait exactement de ce dont j’avais envie de parler sur l’album. Dans ma tête, j’ai l’impression que c’est « ma » toune, même si je sais que non, évidemment. Ça ne me donne pas l’impression de faire un cover. Je ne le fais pas pour montrer quoi que ce soit. C’est plus que j’avais vraiment envie de chanter cette chanson-là et ces mots-là.
Dirais-tu que c’est pour ça que tu l’as choisie ?
Oui. C’est elle qui m’a choisie plus que moi qui l’ai choisie (rires)! Mais je me suis demandé si c’était une bonne idée de sortir un cover comme premier extrait. En même temps, là où j’ai réfléchi un peu à ce dont tu parles, c’est que ça fait trois albums que je dis que j’écris mes chansons, et je pense que les gens commencent à le savoir, donc ça ne serait pas grave d’essayer d’autres choses. C’est pour ça que je l’ai sortie en premier, aussi, parce qu’elle est très thématique et représente bien l’album, mais aussi qu’elle fait un petit changement par rapport à ce que je fais habituellement.
Comment décrirais-tu ta version de la pièce ?
C’est une bonne question! Les gens me parlent beaucoup de ma voix, et je pense que c’est la première fois que ça m’arrive. Normalement, on me parle beaucoup de mes textes ou de ma musique, mais là, les commentaires sont principalement en lien avec ma voix. C’est le fun! C’est un nouveau micro que j’ai utilisé, et c’est la première fois aussi que j’enregistre les voix avec Patrice Pruneau. D’habitude, il fait le mixte à Londres, mais là, il était sur place. C’est la première fois aussi que j’ai décidé de prendre une tonalité plus près de ma voix parlée. C’était beaucoup plus doux; j’étais plus proche du micro. Je pense que ce que les gens ressentent, c’est peut-être une sorte de vérité parce que c’était un peu pareil comme je te parle présentement. Il y a une espèce de douceur, puis je me suis imaginée chanter la chanson directement dans l’oreille du gars. Je pense qu’il y a une plus grande sensibilité dans cette chanson-là que dans les autres que j’ai faites. Si j’avais à te la décrire, je te dirais ça : douceur et sensibilité. Puis évidemment, je n’allais pas arranger ça avec trop d’instruments si on veut que la voix soit super intime, donc des petites percussions, guitare acoustique avec un petit drum assez simple, puis une flûte traversière. On l’a mise un petit peu plus rapide et un peu plus arrangée que celle de Cabrel, mais on n’est quand même pas allés dans la pop!

Les réactions sont d’ailleurs très bonnes sur les réseaux sociaux et sur les plateformes d’écoute en ligne. Qu’est-ce que ça te fait de voir que ton public est toujours au rendez-vous alors que, cette fois, c’est une reprise que tu fais ?
Je sais que beaucoup de monde dit « je n’avais pas d’attentes », mais pour vrai, je n’en avais pas, d’attentes (rires)! Il y a eu la pandémie qui nous a fait perdre tous nos repères. On ne sait plus vraiment combien de gens veulent venir voir les shows et comment les albums se vendent. Ça a complètement cassé, donc c’était comme de repartir un peu à zéro. Que les gens l’aiment ou pas, j’avais envie de jouer cette chanson-là. Donc de voir le nombre de views, le nombre de commentaires, le fait que les radios l’embarquent, c’est juste positif! C’est juste un cadeau parce que je n’avais honnêtement, très sincèrement, aucune attente!
La chanson est réalisée par toi et Antoine Lachance avec qui tu travailles depuis plusieurs années déjà. En quoi est-ce important pour toi d’entretenir cette confiance-là et de refaire appel à lui ?
Ça va un peu de soi, je pense. Antoine et moi, on a développé une façon de travailler. Tu sais, moi, je suis en quête de liberté artistique depuis plusieurs années. J’aime faire mes affaires. Ce n’est pas facile de trouver quelqu’un qui n’a pas d’ego dans une situation où c’est mon album qu’on fait. Au final, j’ai un peu un droit de veto là-dedans. Avec Antoine, c’est cool parce que les idées de tout le monde sont les bienvenues. Il n’y a personne qui s’obstine pour que son idée soit la meilleure. Il est vraiment, vraiment créatif, donc ça fait vraiment comme deux cerveaux qui se complètent. On a des cerveaux très, très différents, puis il complète là où j’ai de la difficulté et vice-versa. Sans lui, les chansons et les albums n’auraient pas cette teinte-là. On travaille bien ensemble, et il est super investi aussi, on fait ça chez lui! C’est vraiment un partenaire précieux!
Depuis que tu as commencé à parler de ton prochain album, tu dis que tu veux qu’il soit plus lumineux que ton troisième album, SITKA. Pourquoi ?
On est chanceux les artistes, je pense, parce que chaque album est un peu une marque dans le temps d’où on est. C’est comme un album photos, dans le fond, de certaines périodes de notre vie. Veut, veut pas, à chaque album, on dit qu’il est plus personnel, mais en vrai, il n’est pas plus personnel, il est juste personnel au moment où on est rendus (rires)! Présentement, je suis dans la lumière. SITKA, c’était l’Alaska; c’était très froid. Il était quand même chaleureux et il y avait quand même un certain réconfort. Mais on restait quand même dans des thématiques très froides, des gros deuils, des grosses douleurs dans cet album-là. Il m’a permis de gérer certaines affaires, mais là, ça a été le Costa Rica, le Panama, le Soleil, la nouvelle maison, les fleurs, la reprise de possession da sa vie, donc ça va teinter l’album, c’est sûr!
Dans le communiqué qu’on a reçu, tu disais que les thèmes de l’album seraient la lumière, le bien-être, et toutes les fleurs qui éclosent depuis que tu arroses tes jardins dérangés. Dirais-tu que le titre de l’album, Les jardins dérangés, s’est imposé de lui-même ?
Aussi, oui. C’est un petit bout de la chanson de Cabrel, puis j’aime beaucoup d’affaires de ce titre-là. J’aime visuellement l’image que ça donne. C’est un jardin, mais qui n’est pas parfait. Dans cette chanson-là, les fleurs sont écrasées parce qu’il y a un couple qui s’est carrément couché dans le jardin. C’est comme un lit avec les draps défaits. Je trouve qu’il y a beaucoup d’amour dans les jardins dérangés, puis en même temps, ça m’emmène beaucoup dans la santé mentale. Admettons que notre jardin c’est notre santé mentale puis qu’il est dérangé pour certaines raisons, plus tu arroses ton jardin, plus tu arroses tes fleurs, plus il pousse et plus il est beau et plus il est grand. Il y a tout ça pour moi dans ce titre-là. Il y a une espèce de douceur, mais aussi une imperfection. La beauté est dans l’imperfection, je trouve! Prends soin de tes affaires, puis ça va fleurir, finalement!
La dernière fois que j’ai fait une entrevue avec toi, tu m’as dit que tu étais ouverte aux collaborations pour le prochain album. Je ne sais pas si tu peux me dire comment ça se passe de ce côté-là.
Avec Antoine, super bien (rires)! Si je collabore avec une troisième personne pour écrire, c’est un charme et ça se passe super bien. Par contre, il y a quelque chose avec mes propres chansons. Je trouve ça difficile parce que ce n’est pas nécessairement le mot que j’ai envie de dire. Je fais de la musique, moi, parce que ça part de moi et que c’est un exutoire. Là, je l’ai fait avec Cabrel parce qu’on dirait que c’était moi qui l’avais fait. Sinon, j’ai tout le temps un petit malaise. Je trouve ça bon, mais ce n’est pas tout à fait ce que je veux dire. Ça fonctionne rarement, mais ce n’est pas l’envie qui manque! Il faudrait que quelqu’un me parle d’une chanson qu’il a faite et qu’il me l’envoie et que je puisse la trafiquer toute seule, chez nous! S’il est à côté de moi, ça ne marche pas (rires)! J’ai commencé à faire de la musique en écrivant des chansons. C’est la même affaire qu’un auteur qui essaie d’écrire un roman à deux. C’est un peu bizarre!
Tu feras deux spectacles pour souligner la sortie de l’album, un à Montréal et un à Québec. À quoi peut-on s’attendre de ce spectacle ?
Dans le fond, ça va être le début de la tournée. Je ne voulais pas faire un lancement, puis après une tournée. Je ne me casse pas la tête; je fais tout ça en même temps! Ça va être le spectacle de la tournée. C’est sûr que toutes les chansons des Jardins dérangés vont être dans le spectacle, mais il va y avoir les anciennes tounes aussi. C’est vraiment un lancement-spectacle parce que je pars tout en même temps. On va retrouver mes fidèles acolytes avec moi sur scène, mais sûrement que pour ces deux dates-là, je vais aussi ajouter des violoncelles, des cordes et faire un gros party! J’ai pris plein de notes dans mon téléphone. Tranquillement, le show s’écrit! Je ne sais pas si ça va être dans le show, mais il y a un bout où je me livre sur des affaires vraiment niaiseuses de ma vie, un peu honteuses, mais qui fittent dans la démarche, donc c’est à suivre!
Finalement, d’ici la sortie de l’album en avril, comment penses-tu faire patienter ton public ?
J’ai plein d’idées! C’est sûr que j’aimerais sortir d’autres chansons, aussi, avant la sortie de l’album. J’ai toujours inclus le public qui me suit dans mes démarches. Comme je te disais, les chansons de l’album vont se retrouver dans le spectacle, mais j’ai le goût de savoir quelles chansons des trois autres le public a envie d’entendre. Je vais probablement faire appel au public pour savoir, dans chaque album, quelles sont les indispensables qu’il faut que je traîne parce que sinon, moi, je vais aller chercher mes préférées, mais ce ne sont pas nécessairement celles que les gens ont le goût d’entendre! Tu sais, les humoristes font du rodage, puis nous on ne fait pas ça en musique, mais j’ai le goût d’en faire pour juste prendre le pouls des gens pour tester les entre-chansons surtout, la lumière, avoir des commentaires sur cette patente-là!

Photos: courtoisie
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Samuelle Guimond | Journaliste
Samuelle est une passionnée de musique, de littérature, de télé et de théâtre. Si elle est journaliste pour le média, c’est dans le but de faire briller des artistes d’ici en qui elle croit, principalement à travers des entrevues. Tu pourrais très bien la croiser dans une salle de spectacle aux environs de Montréal!

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