Demain déluge est le projet instrumental de Benoit Pinette (alias Tire le coyote) et Marc-André Landry, bassiste pour Antoine Corriveau et Matt Holubowski, entre autres. Leur album, Nos terrains vagues, nous emmène quelque part entre le vide et les paysages vivants.
L’ambiance des chansons est plutôt calme et isolée, comme celle de la chanson Douze mai qui est sortie en juillet, alors que d’autres ont le but de nous surprendre, comme Personnifier une roche qui commence avec un bruit expérimental avant de se lancer dans une tristesse orchestrale.
« On s’est rendu compte qu’on aime beaucoup la musique qui est en dehors de ce qu’on fait d’habitude », raconte Benoit concernant les origines du projet. C’est cela qui les a amenés à rassembler les sons, les petits morceaux, et les idées qu’ils avaient respectivement.
Nos terrains vagues était enregistré un peu partout, dans des chambres d’hôtel avec leur studio portatif, dans des chalets et dans des sous-sols, mais il y a aussi les field recordings qui sont mélangés parmi les synthétiseurs et les pédales d’effet. « Ce qui est intéressant dans ce genre de projet, c’est que c’est facile de transporter un ordinateur, un micro, deux ou trois claviers », explique Benoit, « et avec les field recordings, on peut se promener avec un micro et enregistrer plein de trucs. »
Le résultat est quelque chose d’ambigu avec la nature et notre environnement, où on ne sait pas si on entend du vent, des insectes et des oiseaux ou si c’est le fait de jouer avec des sons électroniques. Dans la chanson Lucarne, par exemple, une cloche est superposée dans un loop à l’infini pour créer un aspect hypnotique.
Parmi l’intégration des sons, c’est la nature québécoise qui donne un aspect personnel au genre de musique moins associé à la province. « J’ai fait des trucs dans des forêts en Gaspésie », dit Marc-André en réponse aux origines des field recordings. Pour Benoit, c’était plus dans un village. « J’ai un chalet en Mauricie, dans un village qui s’appelle Saint-Élie-de-Caxton. Ma fille a un cheval et, quand je vais à l’écurie avec elle, j’enregistre le bruit de pas de cheval avec mon micro. »
Les pièces qui font Nos terrains vagues évoquent les créations audios qui se trouvent dans une galerie d’art. Pour Benoit Pinette et Marc-André Landry, c’est aussi une approche exploratoire qui fonctionne comme une entrée dans le milieu de la musique instrumentale et cinématographique.
Quels sont vos rôles dans le projet et quelles technologies et instrumentations avez-vous utilisées?
Marc-André – J’occupe la partie de l’enregistrement, l’ordinateur, les logiciels et tout ça, mais on est tous les deux claviéristes.
Benoit – On était chacun de notre côté avec nos claviers. Parfois, je jouais par-dessus ce qu’il faisait et parfois c’était lui qui jouait par-dessus ce que je faisais, mais l’objectif était de créer à partir de musique synthétique et sans instrument acoustique. C’est un type de musique ambiante et expérimentale présente en Europe et en Asie, mais moins répandu au Québec. Il y a beaucoup d’essais-erreurs dans le processus et beaucoup d’expérimentation.
Dans l’ambiance, il y a beaucoup de mystère. C’est un peu sinistre et très solitaire. Quand vous créez, y a-t-il des scènes ou des paysages dans vos têtes que vous voulez réaliser?
Marc-André – Pas particulièrement. J’aimerais qu’on se laisse surprendre par la musique. Je n’ai jamais eu une image avant.
Benoit – Je sais que beaucoup de compositeurs de musique instrumentale aiment avoir une scène et créer sur cet espace de scène, mais pour nous ce n’était pas le cas. On n’avait aucune idée. C’était constamment une réponse à la musique qu’on faisait. C’est comme un écrivain qui se laisse porter par les mots. Son personnage suit un chemin qui est dicté par le mouvement d’écriture et le côté intuitif. Marc-André et moi, on se laisse transporter par le côté spontané. Ce qui est plaisant d’être deux, c’est de constamment répondre à l’un et l’autre.
Benoit, On connaît Tire le coyote avec la voix et les paroles au cœur de ta musique. Demain déluge est donc comme le contraire. Quand as-tu commencé à t’intéresser aux choses plus expérimentales et est-ce que ça influence ton écriture ?
Benoit – En fait, présentement on est en train de travailler sur le prochain disque de Tire le coyote et j’ai demandé à Marc-André de co-réaliser avec moi parce que j’ai trop aimé travailler avec lui. Demain déluge a teinté notre manière de construire les chansons et ma manière d’écrire. J’ai commencé à faire des chansons parce que j’aimais beaucoup la musique folk, et construire des chansons avec une guitare acoustique dans le côté minimaliste, mais j’aimais aussi les années ‘90 et le côté expérimental. En vieillissant et en continuant de créer des choses, on dirait que j’ai de plus en plus envie d’élargir mes horizons et d’essayer les choses que je n’ai pas encore faites.
Qu’est-ce que vous espérez que les auditeurs ressentent quand ils écoutent Demain déluge?
Benoit – Je n’aime pas les choses qui sont trop soulignées et précises, c’est-à-dire que je n’aime pas les chansons qui sont juste joyeuses ou juste tristes. J’aime passer par toute une gamme d’émotions quand j’écoute quelque chose. Il y a un côté très méditatif, comme avoir les yeux fermés et se laisser transporter. J’aimerais que les gens voyagent sans bouger et qu’ils se sentent libres.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre et vit maintenant à Québec. Elle est francophone dans l’âme et aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent des histoires, que ce soit dans les paroles ou dans le lien personnel que la musique peut créer.
