L’auteur-compositeur-interprète et réalisateur Simon Kearney est toujours occupé, que ce soit par des projets variés ou des collaborations avec d’autres artistes, et, pour terminer l’année, il a sorti une chanson de Noël, intitulée Jusqu’à Noël, avec Gabrielle Shonk. Simon Kearney nous parle de cette chanson, de ses moments les plus marquants de 2023, et de sa fierté d’être québécois.
Tu viens de sortir Jusqu’à Noël, une chanson de Noël avec Gabrielle Shonk. Pourquoi as-tu décidé de créer une chanson de Noël cette année? Est-ce quelque chose que tu voulais faire depuis longtemps ou était-ce plus spontané?
Ça fait longtemps qu’on a composé cette chanson. En 2021, je suis allé dans une résidence d’écriture avec mes amis, dont les frères Kinkead, Julyan et Simon Lachance. C’était en décembre, et moi et Gabrielle avons écrit une chanson de Noël. En décembre, il faut sortir des chansons de Noël.
Le son, avec ses touches de bossa-nova, n’est pas forcément celui de Noël. Quels sont les ingrédients d’une chanson festive, selon toi?
Chaque Noël, on essaie d’aller chercher la nostalgie et de se rappeler un peu notre Noël d’enfance. Donc, je pense que la nostalgie fait une grosse partie d’une chanson de Noël. Et s’il n’y a pas de grelot peut-être que ça ne fait pas Noël pantoute. Alors, ça prend une bonne dose de nostalgie et de grelot.
Si tu avais besoin de faire un bilan de ton année et les moments les plus marquants, qu’est-ce que tu inclurais ?
Le moment le plus fort de cette année était le spectacle avec Émile Bilodeau pour la Fête nationale sur les plaines d’Abraham. C’était une expérience que je ne sais pas si je vais vivre une deuxième fois. Jouer devant 50 000 personnes sur les plaines d’Abraham, c’est le rêve de beaucoup de musiciens au Québec. Je suis vraiment fier du résultat et je pense que j’ai eu une bonne place dans le spectacle.
Depuis la sortie de América, en septembre 2022, jusqu’à ton dernier spectacle le 18 novembre, au Café Cléopâtre à Montréal, quelle a été ta relation avec l’album? Par exemple, est-ce que tu le vois d’une manière différente par rapport à la période que tu l’avais écrit?
Je pense que oui. C’est quelque chose que je voulais faire, j’ai atteint cet objectif-là et maintenant je suis prêt à passer à d’autres choses. J’ai envie d’explorer d’autres sonorités et d’autres directions artistiques. Je suis satisfait d’être allé au bout de mon projet, mais récemment j’ai déclaré que je vais faire mourir la pop’n’roll. Ce sont de nouveaux projets qui vont commencer.
As-tu pensé à un nouveau style qui pourrait définir ta musique?
J’ai déjà brainstormé et je pensais inventer le baroqabilly, la musique baroque avec le rockabilly. Mais non, c’est une blague.
Quels sont tes plus beaux souvenirs de la tournée?
Pour de vrai, je pense que ce n’est même pas les souvenirs des spectacles, mais plus d’avoir découvert des êtres humains incroyables et d’avoir passé du temps sur la route. On a fait vraiment une grosse tournée, donc c’était comme partir en voyage. Mon plus grand spectacle de la tournée était aux Francos de Montréal en juin dernier, et c’est vraiment un beau souvenir.
Tu as réalisé l’album Au bar des espoirs d’Émile Bilodeau, mais tu as également travaillé avec beaucoup d’artistes cette année. Est-ce que toutes ces collaborations quand tu as le contrôle influencent ton travail solo? Par exemple, est-ce que tu apprends des choses qui élargissent tes connaissances musicales?
Les connaissances musicales, oui. Faire de la réalisation, c’est vraiment un métier. Avec Émile Bilodeau, tout l’aspect cause social et son implication sur la communauté m’ont vraiment réveillé sur beaucoup d’enjeux sociaux. Je trouve ça cool. Je suis en train de commencer un projet qui va être punk. J’ai travaillé avec Les Shirley dans le passé et c’est sûr que ça m’a donné la confiance et l’expérience pour faire mon propre projet un peu punk.
Ta série Plaisir Coupant a reçu plusieurs nominations cette année. Pourrais-tu raconter comment cette série est née et diffusée sur noovo.ca?
Ça a commencé avec une collaboration avec Anthony Coveney qui fait mes vidéoclips depuis quasiment six ans. On avait une connexion artistique forte. Quand on a fait des clips, il m’a laissé participer, donc on était souvent ensemble. On a essayé de trouver un prétexte pour travailler ensemble et on voulait faire quelque chose d’autre que des clips. Comme une blague, on a dit une émission de cuisine et finalement la blague est devenue une réalité.
À quoi ressemble la scène musicale québécoise d’après toi? Le titre de ton album et la chanson América jouent avec le concept du rêve américain et l’américanisation. Quel est le rôle du Québec dans tout ça?
Moi, je suis un fier québécois et je me considère indépendantiste. Je n’ai aucune gêne de rêver en grand, donc je pense que la musique québécoise est là pour le prouver. Il y a tellement de musique de qualité et de différents styles. J’aime beaucoup la musique francophone d’ailleurs dans le monde, mais on a une manière de rocker qui est vraiment à nous. Je pense qu’on devrait tous être fiers de cette musique-là et en faire quelque chose de grand. Concernant la barrière de la langue, j’aimerais voir des artistes jouer au festival SXSW, au Texas, par exemple. Ce serait cool de voir que notre musique pourrait être comparable à n’importe qui dans la scène mondiale.
Qu’aimerais-tu voir changer dans la scène musicale québécoise, ou même la scène musicale francophone? Y a-t-il des choses concernant, par exemple, la promotion ou la représentation qui ont besoin d’amélioration?
C’est une très bonne question parce qu’il y a plusieurs éléments que je crois qu’on pourrait changer. En général, je pense que la musique indépendante devrait être plus accessible au public et on doit éduquer des gens à être ouvert à de la musique différente. On entend souvent des gens dire qu’ils n’aiment pas la musique québécoise, mais en réalité ils ne connaissent pas vraiment la musique québécoise s’ils entendent seulement ce qui joue à la radio. Je pense que la radio a une responsabilité de faire découvrir plus de choses. Il y a un manque de connaissance, surtout quand il y beaucoup de musique incroyable.
Tu es maintenant un porte-parole de l’organisme Hommes Québec, mais tu es aussi le plus jeune porte-parole. Comment est-ce que c’est arrivé et qu’est-ce que tu vas apporter à ce rôle-là?
Ils m’ont simplement demandé parce qu’il y a une personne qui travaille dans l’organisme qui a dit que je serais un bon représentant. Effectivement, les valeurs d’Hommes Québec me tiennent à cœur pour sensibiliser les hommes à parler de leurs sentiments et de leurs émotions et de ne pas sentir comme c’est un tabou. Je considère que c’est important d’en parler dans ma famille et de dire quand ça va mal. Si je peux faire quelque chose de positif dans ce rôle-là, je serai vraiment content.
Penses-tu que la musique peut aider avec l’expression des émotions et à briser la stigmatisation?
Je pense que des artistes sont dans les émotions quand ils écrivent des chansons, mais l’industrie musicale est aussi basée plus sur l’ouverture d’esprit et l’acceptation des différences. Les artistes ont plus d’une sensibilité à propos de ça. Comme exemple, je joue dans une ligue de hockey. D’habitude. la culture de hockey est vue comme une culture de la masculinité toxique, mais la plupart de cette ligue est composée des musiciens et des artistes. On ne trouve pas cet aspect-là de masculinité toxique douchebag dans la ligue. Donc c’est vraiment un exemple que les artistes ne sont pas ce genre de personnes-là. Je trouve ça cool.
Quels sont tes espoirs pour 2024, que ce soit pour tout le monde ou pour toi?
Je souhaite qu’on s’entende, qu’on s’écoute, et qu’on travaille ensemble en tant que peuple québécois mais aussi toute la scène mondiale. C’est mon message vraiment John Lennon. Sinon, pour ma part, ce serait d’aller chercher encore plus de musique à faire et de continuer à faire le plus beau métier du monde.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

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