La SuperFrancoFête, qui se déroule du 15 au 31 août à l’Agora du Port de Québec, a démarré par un spectacle marquant de Samian, jeudi soir. Le but de la SuperFrancoFête est de mettre en lumière la langue française et de célébrer la variété de la culture francophone au Québec et ailleurs. Cependant, ce n’est que la langue française qui définit la province et ce spectacle, intitulé La paix des braves, du rappeur algonquin nous rappelle notre histoire et l’importance de la collaboration pour l’avenir.
Animée par Samian avec divers invités, la soirée a commencé par une danse de pow-wow du danseur Stéphane Mapachee, qui était suivi par la chanson POW-WOW et ensuite Enfant de la terre. Depuis son premier album Face à soi-même en 2007, l’artiste de la Première Nation Abitibiwinni a fait réfléchir des gens avec ses textes et ses projets poignants et émouvants. En plus de la chanson La paix des braves, dans laquelle Samian était rejoint sur scène par le duo Loco Locass, il a joué Génocide (la chanson écrite en réponse à la mort de Joyce Echaquan, aux femmes autochtones disparues et assassinées, et au fait que la loi sur les Indiens existe toujours) et Plan Nord, qui dénonce le gouvernent du Québec.
«Les politiciens parlent de réconciliation, mais je cherche à comprendre. Comment est-ce qu’on peut se réconcilier avec les Premières Nations quand il y a tellement de gens au Québec qui sont toujours en chicane en ce qui concerne le français et l’anglais? Montrez-nous des exemples concrets d’une réconciliation et peut-être qu’on pourra y croire,» explique Samian dans notre entrevue ainsi que pendant le spectacle.
Les autres invités, tous choisis par Samian pour des raisons personnelles, étaient Shauit (de Maliotenam) qui a fait danser la foule, et Élisabeth St-Gelais, une soprano innue originaire de Pessamit, qui a voyagé partout en Europe dans le milieu de l’opéra. Samian a raconté le moment où il a découvert sa musique: elle était nommée Révélation Radio-Canada pour la saison 2023-2024 et Samian a été frappé par sa voix et le fait qu’il comprenait tout ce qu’elle chantait. Pour ce spectacle, il a dit «pourquoi ne pas inclure 10 minutes d’opéra?» Pour le côté pop, il y avait Fanny Bloom et pour la touche d’enchantement il y avait Beyries et sa chanson Du temps. La soirée s’est terminée par une version de Tshinanu. Florent Vollant n’était pas là pour des raisons de santé, mais la foule a bien chanté à sa place.
On a parlé avec Samian la veille du spectacle pour en savoir plus sur sa présence à la SuperFrancoFête et le pouvoir de la musique dans l’éducation des gens.
Quelle est l’importance de ce spectacle pour toi, vu qu’il fait partie d’un festival pour célébrer la culture francophone?
C’est la première fois que l’événement ouvre la porte aux Premières Nations et pour moi de faire l’ouverture du festival crée un pont entre la culture francophone et la culture autochtone. Nommer le titre du concert La paix des braves est un clin d’œil à ma chanson avec Loco Locass sortie en 2007, mais surtout du dialogue (l’entente a été signée en 2002 entre les Cris du Québec et le Gouvernement du Québec) de nation à nation qui est historique dans le pays. C’est de cette façon-là que j’ai envie de monter sur scène.
Comment est-ce que tu vois la chanson 17 ans plus tard? Évidemment, le message est aussi pertinent qu’avant, mais est-ce que tu ressens les mêmes émotions?
Je ressens des émotions encore plus fortes qu’à 17 ans. Quand on a sorti la chanson, son dialogue était symbolique. On était en train de se demander ce qu’on pourrait faire et comment on pourrait améliorer les relations. J’ai l’impression que La paix des braves, politiquement parlant, était une piste de solution. Pour nous, cette chanson-là, 17 ans plus tard, est toujours cette piste de solution et elle résonne plus fort aujourd’hui qu’à l’époque. À l’époque, Loco Locass avait un désir profond de connaître les Premières Nations et de mettre un pied dans les communautés autochtones. Ça a été leur porte d’entrée. Même pour moi, ça a été une porte d’entrée au Québec musicalement. Cette chanson m’a fait connaître le public québécois. J’ai l’impression que toutes les briques qu’on voulait déposer pour créer un pont entre les cultures ont toujours du sens aujourd’hui.
Selon toi, quelle place occupe la musique dans la prise de conscience et l’éducation des gens vers les cultures autochtones?
Je trouve qu’elle a une plus grande place parce qu’elle est rassembleuse et que les gens s’identifient beaucoup plus à la musique qu’à la politique. La musique rassemble des gens peu importe leur orientation politique ou religieuse et je trouve qu’on est dans une belle époque pour la musique des Premières Nations. J’ai une émission sur ICI Musique à Radio-Canada, que j’anime et où on diffuse des artistes autochtones à 100 %. J’ai l’impression qu’on est à l’âge d’or pour la musique autochtone.
À la fin des années 1800, Louis Riel a dit « Pendant 100 ans, mon peuple va dormir; dans 100 ans, il se fera réveiller par les artiste s». Si on regarde la situation actuelle, il y a un grand réveil entre des artistes autochtones, que ce soit les auteurs ou les musiciens. On est même dans une forme de décolonisation. C’est nouveau pour beaucoup de monde et c’est bon d’entendre les points de vue des Premières Nations et pas seulement ce qu’on lit dans les livres académiques.
As-tu remarqué les changements à travers les années grâce à la musique?
Socialement, oui. Ça fait environ 12 ans que je donne des conférences dans des écoles. Je sens la curiosité parmi les jeunes et ils posent souvent de bonnes questions. Ils lisent des livres d’auteurs autochtones et ils regardent des films ainsi que des documentaires. Il y a beaucoup plus de documentation aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Je pense que c’est ça la clé. Dans notre système d’éducation, les jeunes devraient être conscients des enjeux.
En ce qui concerne ton spectacle, il y a plusieurs invités, dont Loco Locass, Shauit, et Stéphane Mapachee avec qui tu as collaboré. Pourquoi les autres artistes, par exemple Fanny Bloom et Beyries, ont-ils été choisis?
J’aimerais que ce concert nous rassemble. Il y a beaucoup de gens des Premières Nations qui m’ont dit qu’ils y allaient, mais en même temps, il y a beaucoup de Québécois qui m’ont dit qu’ils seraient là. Je veux que les Premières Nations et les Québécois regardent ce spectacle et s’y identifient. Je ne veux pas que les autochtones viennent seulement pour voir les artistes autochtones et que les Québécois viennent seulement pour voir les artistes québécois. J’ai envie que ce soit un mélange des deux. C’est ça qui va faire la magie.
Pourrais-tu parler un peu de la communauté d’où tu viens (Pikogan, en Abitibi-Témiscamingue) et le rôle des langues quand tu étais jeune? Est-ce que tu étais entouré par l’algonquien et le français?
C’était beaucoup plus en français. Nos grands-parents et nos arrière-grands-parents ont toujours parlé en algonquien, mais nous on a grandi en français.
Est-ce que c’est toujours le cas ou est-ce que l’algonquien est moins présent?
C’est moins présent. Mes enfants sont quand même curieux et ils sont ouverts à apprendre des choses en algonquien, comme les animaux et pour apprendre à compter. Je trouve la curiosité belle et c’est un privilège de leur enseigner ça. Ce n’est pas une langue qu’on va laisser mourir, c’est quelque chose qui est là et qu’on a envie de transmettre, mais je ne veux pas la forcer non plus.
En plus des choses qui doivent changer concernant la représentation des autochtones au Québec, et partout, quels sont d’autres enjeux qui te passionnent en ce moment?
Par rapport à notre culture, je ne crois pas que c’est à nous de changer quoi que soit. Je pense que la chose la plus urgente est l’éducation. C’est ça qui est la base des changements. Au Québec, il y a 11 nations et plus de 50 communautés autochtones. Je pense que le dialogue entre les différentes nations et l’éducation sont les priorités.
Qu’est-ce que tu aimerais que les gens retiennent de ce spectacle et, pour ceux qui ne sont pas là, quel message aimerais-tu leur transmettre?
Ce que j’ai envie de transmettre, c’est qu’on est capable de faire tomber les barrières entre les cultures, la barrière politique, et que la musique peut servir à quelque chose. Le dialogue de nation à nation, qui s’appelle la paix des braves, existe à travers les artistes, la musique et les gens. Pour moi, c’est une mission accomplie depuis tellement longtemps. J’ai toujours eu ce privilège-là de voir autant d’autochtones que de Québécois aux spectacles. Tout simplement, je veux que les gens pensent aux autres choses et passent un bon moment.
Liste des chansons
- POW-WOW (avec Stéphane Mapachee)
- Enfant de la terre
- Les mots
- Te quitter (Fanny Bloom)
- Le grand rendez-vous (Fanny Bloom)
- Génocide
- Les nomades (avec Shauit)
- Bienvenue nuitsheuakan (Shauit)
- Medley classique (Élisabeth St-Gelais)
- Plan nord (avec Élisabeth St-Gelais)
- Hip hop des années 90 throwback
- Du temps (Beyries)
- La paix des braves (avec Loco Locass et Stéphane Mapachee)
- Tshinanu

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.
Crédit photo : Courtoisie

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