Avec quelques EPs et deux albums, la musique de P’tit Belliveau continue d’évoluer. Faisant ce qu’il veut, en jouant avec des genres et en s’amusant, il a annoncé son indépendance en avril cette année. Sa chanson la plus récente, P’t’être qu’il a du tequila dans la brain, sera sur le troisième album qui sortira l’année prochaine et qui marque un nouveau chapitre pour l’artiste acadien. P’tit Belliveau nous parle de son idée de l’approche DIY, de son prochain album et de la vie à la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse.
À partir du moment où tu as décidé de faire des choses d’une manière 100% indépendante, qu’est-ce qui a changé dans ton quotidien? Est-ce que tu as un nouvel enthousiasme pour la musique, un peu comme si c’est un nouveau départ?
La chose la plus grande qui a changé, c’est que j’ai plus de travail. Je joue plus de rôles maintenant. J’ai plus de travail du côté business mais, d’un autre point de vue, il y a des tâches qui sont moins lourdes. Asteure, mon équipe est composée d’une couple de personnes et les décisions se font vites, so j’enjoy ça. D’un point de vue créatif, par exemple la musique et les vidéos, il n’y a pas un énorme changement. Même si j’avais officiellement un label et une équipe, je faisais la plupart de choses moi-même anyway.
À quoi ressemble ton espace créatif? Tu as dit dans une publication sur Facebook, par exemple, que si on veut acheter ta merch, ce serait toi et ta blonde qui vous en occuperiez. Donc, as-tu des espaces désignés ou c’est plus juste que tu fais de quoi n’importe où?
Mon garage est le business headquarters et l’upstairs où je suis right now est le studio et le stockroom pour la merch. Je travaille avec un bookkeeper et un accountant et j’ai un manager qui fait les day-to-day affaires et qui aide avec la stratégie. Après ça, c’est moi qui fais le reste. Parfois, des gens entendent le mot indépendant et ils pensent que c’est littéralement une personne toute seule. Je travaille avec des amis et les petites entreprises, des choses plus small scale.
Comment définirais-tu l’indépendance et la mentalité DIY?
Ma vision de l’indépendance, ce n’est point du tout de tout faire seul, c’est plutôt de choisir exactement avec qui je travaille. C’est comme le mouvement plus hippy où les gens veulent être 100% indépendants dans leur communauté. Le monde pense que c’était comme ça que la vie était dans le passé, mais ce n’était jamais le cas. Une personne ne peut pas réellement être indépendante. Plusieurs personnes indépendantes ensemble deviennent indépendantes.



P’t’être qu’il a du tequila dans la brain est très country, mais avec une touche ludique. Pourquoi as-tu décidé de jouer avec les codes de country?
J’adore tous les styles de musique, mais le projet de P’tit Belliveau est à la base mon projet country puis les autres influences sont venues après. Parfois, early on, j’écrivais des chansons qui n’étaient vraiment pas country et je me disais que c’était une cool chanson, mais je ne voulais pas la mettre dans le projet de P’tit Belliveau parce que P’tit Belliveau est un projet country, puis j’ai laissé faire cette chanson-là. C’est maintenant que je suis comme I don’t care about stuff du tout et je ne considère pas.
Avec les visuels aussi, on a l’impression que l’aspect country de P’t’être qu’il a du tequila dans la brain est exagéré. Était-ce l’intention?
Quand j’écrivais la chanson, je ne pensais pas aux styles et aux genres. Je ne me pose pas de questions pendant que je crée, c’est après que la chanson soit finie que je l’observe. C’est à ce moment-là que je suis capable de prendre des décisions comme P’t’être qu’il a du tequila dans la brain est un straight-up country tune, alors c’est logique de faire une vidéo en cowboy. Quand j’arrive aux visuels et à faire la vidéo et tout ça, je suis plus détaché à la chanson et je la vois comme third person objectivement.
Ta musique en général parle beaucoup de la vie que tu connais, inspirée de ton quotidien et ton environnement, mais avec cette chanson on a l’impression que tu crées un personnage et il y a peut-être plus d’une histoire. Quelle était cette inspiration et est-ce que ton approche de l’écriture a évolué?
Je pensais seulement à la ligne p’t’être qu’il a du tequila dans la brain et je worked backwards from there. J’aime cette ligne-là, it’s like a stupid funny line. J’étais comme comment est-ce que je peux me rendre là at the chorus? What has to happen? So j’ai créé une histoire pour fitter ça. J’ai déjà écrit des chansons qui sont des histoires, surtout sur mes trois premiers EPs, par exemple Ford Focus et L’aventure à Mike et Reuben. I guess que P’t’être qu’il a du tequila dans la brain est comme un call back au early stage du projet.
Quand as-tu appris à yodler?
Je n’ai pas 100%, ça fait depuis janvier ou février que je me pratique. Il y a beaucoup de petites techniques similaires qui m’intéressent, comme le subharmonic singing, le throat singing et des harsh vocals comme du metal screaming, mais j’ai un TDAH et je hop around beaucoup sur mes intérêts et mes motivations. Je suis capable d’être obsédé pendant des jours puis de revenir plus tard so c’est comme ça que j’ai appris le yodelling.
Tu niaises sur les réseaux sociaux que tu procèdes en mode gobelin. C’est quoi exactement? Pourquoi les gobelins?
Le monde me demande tout le temps ce que ça veut dire, looking into it deeper. It doesn’t mean anything, c’est rinque un mème. J’aime les gobelins, j’aime les creepy crawlies, les frogs, Shrek. Tout ce stuff-là m’attire, mais il n’y a aucun deep meaning. Il y a toujours les inside jokes qui développent entre moi et ma fan base naturally over the years, mais c’est juste un bunch of crap.
Si ton premier album est le banjo album et ton deuxième est le piano album, quel sera ton prochain album?
Sur mes deux premiers albums, il y avait toujours un peu de country mais sur le troisième album, il y a quatre ou cinq chansons qui n’ont aucun country du tout. Il y a des chansons qui sont comme le metal et d’autres qui sont weird expérimental hip hop type of stuff. En même temps, il y a P’t’être qu’il a du tequila dans la brain sur la disque qui est la chanson la plus country que j’ai ever faite. It’s kind of weird. Ce sera fun de penser à un weird, funny genre pour décrire cet album. C’est un fun puzzle.
Est-ce qu’il y a toujours une scène créative à la Baie Sainte-Marie?
À la Baie Sainte-Marie, il y a beaucoup de musiciens, mais ce n’est pas comme une vrai scène. Il n’y a pas de salle de spectacle et il n’y a pas de studio où on peut se rencontrer. C’est plus comme plusieurs musiciens indépendants qui de temps en temps font des choses ensemble. On est vraiment à la campagne, à trois heures d’une ville et 30 minutes d’un Walmart. Dans mon groupe live, il y a trois musiciens qui viennent de la Baie Sainte-Marie, so il y a des collaborations dans tout ça. Il y a beaucoup de monde avec qui je travaille, mais c’est d’une manière plus DIY à cause du fait qu’il n y a pas de structure qui existe comme dans des villes comme Montréal.
Y a-t-il des artistes que tu pourrais recommander?
Il y a un groupe qui s’appelle Cy avec qui j’ai travaillé et j’aime travailler avec Peanut Butter Sunday. Il y a Mike à Vik, Michael Victor, qui fait de la musique folk, blues, rock et j’ai joué avec lui et j’ai fait sa pochette de disque une fois. J’ai beaucoup travaillé avec Arthur Comeau dans le passé. Honnêtement, si tu es capable de Googler quelqu’un de la Baie Sainte-Marie, the chances are que j’ai travaillé avec lui au moins une fois.
Tu as dit récemment que ta démarche indépendante est quelque chose de naturel pour un artiste acadien. Penses-tu que l’industrie de la musique devrait changer pour mieux soutenir les artistes acadiens ou crois-tu que c’est la responsabilité des artistes acadiens de faire ses changements?
Je n’anticipe jamais que l’industrie change pour nous. À la fin de la journée, l’industrie de la musique québécoise existe pour les artistes québécoises principalement. Parce qu’il y a beaucoup de francophones au Québec, il y a souvent des artistes acadiens qui sont mis dans le même système. Il n’y a rien de mal à ça, mais je crois qu’il y a une grande différence entre les Acadiens et les Québécois dans plusieurs manières. On a une réalité complètement différente et on a généralement une mentalité différente, surtout quand on vient d’une petite place comme la Baie Sainte-Marie ou Moncton. L’industrie musicale acadienne, c’est plus des plusieurs individus qui choisissent de travailler ensemble au lieu d’être dans une grande industrie qui est déjà créée. Je ne sais pas à quoi ressemblerait un système qui doit exister, mais je crois que je take the premiers steps dans l’espoir de créer quelque chose.
Qu’aimerais-tu voir changer?
Je travaille avec des gens ou des organismes de deux ou trois personnes et on travaille ensemble independently. Je crois que quelque chose comme ça est beaucoup plus naturel. C’est comme ça à la Baie Saint-Marie, on travaille causually ensemble et on profite les uns des autres. Toute l’industrie de la musique acadienne peut ressembler à ça, in my opinion. Peut-être que j’ai tort, mais j’ai l’impression qu’il y a beaucoup de monde qui veut travailler d’une manière plus indépendant. Alors, j’espère que mes actions asteure peuvent être un petit step dans cette direction-là pour créer une système qui est possible.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.
Crédit Photos : Sacha Cohen

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