Il existe plusieurs motivations pour créer de la musique. Par exemple; pour s’exprimer, pour expérimenter avec l’art, ou pour appartenir à un univers qui nous sort du quotidien. Pour le groupe acadien Peanut Butter Sunday, on a l’impression que ce n’est que pour avoir du fun.
Originaires de la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse, Michael Saulnier, Normand Pothier, Jacques Blinn (ces deux sont aussi musiciens pour P’tit Belliveau) et André Leblanc font du punk rock familier, mais avec une touche authentiquement acadjonne (le dialecte de leur région). Les chansons, bien présentées avec leur premier EP, Quoi-ce y’a pour souper, sorti en octobre 2022, sont remplies de cela, d’un aperçu de leur mode de vie à la Baie, et d’une énergie contagieuse.
Le 18 février, Peanut Butter Sunday a joué au Pantoum, à Québec, sous la forme de la Soirée Acadian Embassy au festival Phoque OFF. L’Acadian Embassy est une maison de disques et un service de communication fondée par le musicien Trevor Murphy qui soutient des artistes, notamment en Nouvelle-Écosse. Au Phoque OFF cette année, il y avait XIA-3 de Terre-Neuve, qui est un trio instrumental qui mélange les traditions chinoises. Postfun, un groupe de musique alternative de Halifax, a joué après, puis Peanut Butter Sunday a terminé la vitrine avec le côté francophone.
Voici nos entrevues avec Peanut Butter Sunday et Trevor Murphy, faites avant la soirée.
Une introduction à Peanut Butter Sunday
Quelle a été l’influence de la Baie Sainte-Marie sur votre musique?
Normand: C’est une bonne question.
Jacques: Je crois que l’influence de la Baie Sainte-Marie est dans les lyrics. Normand et Michael écrivent le stuff qu’on fait à la Baie.
Normand: C’est une influence esthétique de la Baie. 100% accent acadjonne.
Vous venez de sortir une nouvelle chanson qui s’appelle Mermaid et son message d’un mode de vie simple et insouciant est très fort. Est-ce que vous passez beaucoup de temps dans l’eau ou c’était plus comme « les mermaids sont cools, on va les utiliser comme métaphore »?
Normand: Dans notre lore familier du groupe, il y avait toujours un personnage qui est la mermaid de Clare.
Michael: J’aimerais dire que chaque fois que j’écoute une chanson de notre groupe, si c’est moi qui l’ai écrite ou Normand, j’ai un message différent. C’est comme si je capturais un autre meaning. Chaque fois que j’écoute Mermaid, c’est comme quelqu’un qui apprend à nager, mais ça peut être aussi une métaphore pour tout dans la vie.
Normand: C’est comme un hommage à la paresse.
Michael: Il y a des gens qui ne sont point paresseux et qui sont tous les jours comme go go go, mais deep down ils veulent faire fuck all. Ils veulent rien que relaxer. En ce qui concerne l’eau, j’aime prendre des bains. J’aime les hot tubs et la piscine. Donc moi, j’aime nager.
Normand: Je suis un lac guy.
André: J’ai commencé à fréquenter les spas nordiques. J’aime l’eau.
Peut-être que c’est une question stupide, mais dans la chanson quand vous dites « essaye la back », est-ce que ça veut dire « backstroke »?
Normand: Ahhh, tu vois! Interprétation!
Michael: Try the back! That’s what I mean! Tu l’écoutes et tu es comme « is that what it means? »
André: Ça veut dire « réessayer ».
Michel: À Clare, on dit « faire la back » et « j’suis gone back.»
Jacques, vu que tu as un studio à la Baie Sainte-Marie, comment décrirais-tu la scène musicale là-bas? J’ai l’impression qu’il y a plusieurs musiciens qui viennent de là qui ont également leurs propres studios ou leurs places de création, donc c’est comme si ce petit endroit en Nouvelle-Écosse était rempli d’art.
Jacques: Il y a beaucoup de musiciens à Clare et on collabore avec beaucoup d’artistes de la région. On s’aide à s’avancer et s’amuser en faisant de la musique. J’ai un studio, mais on est rendu à l’époque où c’est un home studio. Comme un petit village, ça fait en sorte que ça encourage tout le monde à participer à la scène.
Normand: C’est rendu beaucoup plus accessible d’acheter le gear pour enregistrer à la maison.
As-tu des projets en ce moment?
Jacques: Il y a des musiciens folk country qui enregistrent chez nous. Vickie Deveau est venue faire une démo le mois passé. Sinon, j’enregistre des tounes de violon, surtout la musique trad de Clare. Ça m’intéresse beaucoup.
Ce qui est cool concernant Peanut Butter Sunday c’est que vous existez pour avoir du fun. Le genre de musique que vous faites est un punk rock très typique, mais vous écrivez dans votre propre dialecte, comme de fiers Acadiens, au lieu de rester avec l’anglais. C’est donc très authentique. En tant qu’artistes francophones, avez-vous fait face à des défis?
Michael: Hmmm, bonne question.
Normand: Quand tu écoutes du rap, c’est chanté comme c’est parlé. Si tu écoutes du country, c’est chanté comme c’est parlé. Ça sonne beaucoup plus authentique et c’est awesome. Je trouve que creatively les paroles sortent mieux quand tu chantes comme tu parles. L’esthétique de la langue acadienne c’est que ça sonne comme le fun.
André: Je dirais que grâce aux groupes comme Radio Radio et P’tit Belliveau, c’est plus facile pour nous autres asteure. C’est plus accepté.
Normand: Clearly, il y a des groupes du Nouveau-Brunswick qui chantent dans leur accent acadien du Nouveau-Brunswick, mais je dirais que l’accent de Clare est slightly moins accessible, en tant que dictionnaire et lexique.
Jacques: Le monde à Clare pensait que ce n’était point accepté. Donc personne n’a pris le risque d’exporter leur musique à l’extérieur de la Baie Sainte-Marie avant Radio Radio.
Normand: Toute notre vie quand tu sors la Baie Sainte-Marie, on entend qu’on parle mal. Même aller à Moncton, une autre région acadienne, on entend qu’on ne parle pas bien et qu’on est des anglophones ou whatever. Tu peux imaginer que c’est pire au Québec.
André: Imagine en France.
Normand: En France, s’ils ne peuvent pas parler l’anglais, ils répondent en français.
André: Ils penseraient qu’on est québécois.
Vous allez sortir votre premier album le 23 mai prochain, mais vous aviez prévu de le sortir l’année dernière, non? Avez-vous fait des changements ou c’était plutôt un obstacle financier?
Michael: Well caught! Hmmm un obstacle financier.
Normand: Ma whole vie est un obstacle financier!
André: L’album est une ode à la paresse.
Normand: On voulait vraiment que ce soit bon.
Michael: Oui, on a beaucoup travaillé sur le choix des chansons et on a changé des choses. Obviously enregistrer un album, c’est beaucoup d’argent. Toutes les chansons sont bonnes et bien écrites.
Normand: Shout out à notre producer Jean-Pascal Comea , sound guy des Salebarbes.
Ce soir, vous faites partie de la Soirée Acadian Embassy. Quelle est l’importance d’une soirée comme celle-ci dans un festival comme le Phoque OFF?
Normand: La fanbase et les gens qui vont aux shows du Phoque OFF sont vraiment ouverts. L’importance d’une soirée comme celle-ci n’est rinque but repper l’east coast. Ça va être le fun.
Michael: At the end of the day, on pourrait descendre en bas pour le show et il n’y aura personne là. It would suck, mais on est ici à Québec ensemble avec de la bière. C’est fun.
Antonine Maillet, l’écrivaine acadienne, est décédée récemment et elle est reconnue comme « la voix de l’Acadie ». Est-ce que vous lisez en général et, si oui, y a-t-il d’autres auteurs acadiens qui méritent de l’attention? Sinon, qui croyez-vous est la voix de l’Acadie?
Normand: Je crois qu’Antonine Maillet a fait beaucoup pour la littérature acadienne, mais la seule voix de la littérature acadienne asteure est Guillaume Boullianne avec son livre Nâ. Non, il y a aussi Céleste Godin et Georgette Leblanc. [Pour la musique] Jacques Surette écrit de très bonnes tounes.
Michael: Jacques Surette écrit de bonnes tounes, 100%. Par exemple, sa chanson La mer.
Jacques: Je pense qu’Antonine Maillet est la première, le pilier, donc elle est importante. Elle est importante pour les femmes aussi.
Pour finir…
Votre chanson préférée acadienne, ou une chanson qui représente bien l’Acadie?
Normand: J’aime la toune Hilare à gloire par Johnny Comeau du groupe Beausoleil Broussard.
Jacques: L’anse des hirondelles de François Thibault. Il est un très bon songwriter de la Baie-Sainte-Marie.
Michael: Moi, j’aime La bear song des Hay Babies.
André: L’Église de St. Bernard de P’tit Belliveau.
Votre endroit préféré pour chiller à la Baie Sainte-Marie?
André: La montagne. C’est le nom pour une rivière à la Baie où il y a une grosse roche.
Michael: Ce serait dans mon camp à Moosehorn Lake.
Jacques: Pour moi, c’est littéralement dans mon salon chez moi.
Normand: Je dirais hole 14 au club de golf de Clare. Tu es dans les bois et dans the game.
Est-ce que c’est le club de golf où vous avez filmé la vidéo pour Ma tête?
Normand: Non, ça, c’était un autre club de golf qui est dans le collectif backyard de quatre personnes, à Meteghan. Ils font un tournoi chaque année en octobre. Il fait frette et tu joues au golf.
Quel a été le moment le plus drôle sur scène?
Michael: Au Congrès Mondial Acadien (2024), j’ai sauté, twisté dans l’air puis j’ai headbutted la basse de Jaques. J’avais besoin de chanter après et Jacques a vargué. C’était un wipeout bad.
Quel est le mot que tu as utilisé?
Normand: C’est le verbe « Varguer ».
Michael: C’est comme quand tu ris tellement.
André: Le moment le plus weird pour nous autres était quand on a joué à 14h30 pour cinq personnes et quatre d’eux étaient inconscients, en train de dormir. C’était au punk rock en matinée pour tous les âges, à Rimouski, un dimanche après-midi.
Jacques: On a aussi joué au ski resort en été. On était la première partie pour K-Man & The 45s. Ce n’était rinque mais ski resort, mid-summer vibes. C’était tchequ’affaire.
Normand: Le moment où j’ai plus ri ever pendant un show était quand Mike a cassé trois cordes de sa guitare pendant qu’il jouait. Il m’a regardé et son visage était comme un cartoon avec le piano teeth. Un autre moment était notre premier gig à Montréal, à l’Esco, et André ne savait pas comment mettre son snare drum. Il m’a passé le snare et il était comme « please help me. It’s so cold. »
André: J’étais nerveux et mes mains ne pouvaient point travailler.
Vu que vous êtes un groupe qui paraît si optimiste, si vous aviez des pouvoirs de changer une chose dans le monde, que changeriez-vous?
Normand: Ce serait que toute la nourriture devient healthy, par exemple un Big Mac serait super bon pour notre santé. C’est un stupid wish, but I really want it.
Jacques: Pour moi, c’est similaire. Je wish que l’alcool soit bon pour nous.
André: Je dirais free health care pour tout le monde.
Normand: Mais ça, c’est obvious, comme no wars, no health care.
Michael: J’aimerais que tout le monde, quand ils ouvrent les yeux le matin, soit automatiquement dans un bon mood. Un good mood et healthy perspective par défaut et après ça c’est sur toi.
Une entrevue avec Trevor Murphy de l’Acadian Embassy


Quelle était ta motivation pour lancer la maison de disques Acadian Embassy?
C’est une grande question! En fait, le nom « Acadian Embassy » était le nom de la maison où je restais avec un ami. On avait tous les deux nos propres groupes et on faisait des répétitions dans le sous-sol, ainsi qu’un peu de gérance. Le nom a commencé pour capturer le moment, puis il est resté.
As-tu vu des changements dans l’industrie musicale depuis que l’Acadian Embassy existe? En ce qui concerne la musique francophone, as-tu remarqué une augmentation?
Le label pour moi était vraiment une façon de me reconnecter avec mes racines acadiennes et avec la langue française. Au fond, quand on a commencé à lancer les albums, ce n’était pas la musique francophone. On a travaillé sur un projet qui s’appelle Kuato, un groupe instrumental, et on a fait un album (The Great Upheaval) sur la thématique de la déportation des Acadiens. C’était la première fois qu’on a utilisé la musique pour explorer l’identité acadienne et c’était comme un déclencheur pour nous laisser découvrir comment utiliser cette identité dans la musique, surtout la musique alternative. J’avais un groupe anglophone (Quiet Parade) et j’ai commencé à faire des traductions pour les chansons. C’était donc la première fois que j’ai chanté en français. Après ça, j’ai commencé un nouveau projet (Sluice) tout en français.
Je pense que les changements qu’on a vus sont qu’il y a plus d’artistes acadiens sur la scène nationale, comme Lisa Leblanc, P’tit Belliveau, Les Hay Babies. On a dit, « ok, peut-être que nous aussi pouvons faire ça », avec une pointe de vue qui représente le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse.
Selon toi, que représentent les trois artistes qui jouent ce soir pour la culture acadienne?
Ce soir, ce n’est pas uniquement les groupes acadiens. C’est un esprit communautaire que j’essaie de bâtir dans le label. Le batteur de Postfun joue dans mon groupe Sluice et le premier groupe XIA-3 vient de Terre-Neuve. Je pense que XIA-3 ont aussi trouvé une façon d’intégrer une exploration de la culture et de la musique. Je trouve beaucoup de notre philosophie dans ça. En plus, à Halifax, il y a une très longue histoire de la musique alternative. Cette vitrine est une façon de dire que cet esprit alternatif existe toujours et que je vous présente les artistes qui je pense représentent les mouvements qui se passent actuellement.
Ton dernier album avec Sluice, Archiviste, était le résultat de beaucoup de recherches sur la région Par-en-Bas, où tu viens, et je trouve ça tellement cool et intéressant comme concept. Est-ce que tu prévois de faire plus de projets comme celui-là?
Je pense que oui. L’histoire m’intéresse beaucoup: l’histoire en soi, l’histoire de la Nouvelle-Écosse et, encore plus, l’histoire des acadiens en Nouvelle-Écosse. Cet album-là était une façon pour moi d’apprendre l’histoire de ma famille et de mon patrimoine. J’ai encore ce goût-là d’apprendre plus. Je ne sais pas si ce sera un thème du prochain album, mais je vais toujours incorporer cette attitude. Je passe beaucoup de temps à l’université, donc Archiviste était vraiment un projet de rêve.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

Photos : Courtoisie
Crédit Photos: Rose Cormier et Mat Dunlap

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