Le 19 février, les autrices-compositrices-interprètes Sylvie Boulianne et Maude Sonier étaient les sujets du Brunch franco-canadien au Festival Phoque OFF. Situé au STUDIOTELUS au Grand Théâtre de Québec, le spectacle de midi était une célébration de la musique acadienne. Maude Sonier est originaire de Miramichi, au Nouveau-Brunswick, tandis que Sylvie Boulianne vient de la Baie Sainte-Marie en Nouvelle-Écosse, et les deux sont maintenant basées à Moncton.
Sylvie Boulianne fait de la musique remplie d’un sentiment de douce nostalgie, le genre de douceur qui va droit au cœur et qui nous amène dans la tranquillité au bord de l’eau. Elle écrit et chante en utilisant le dialecte acadjonne, créant ainsi un genre d’aperçu de la vie de la Baie Sainte-Marie. Au Grand Théâtre de Québec, elle a joué Thunderbird et Desfois c’est moi de son premier EP Desfois c’est moi (sorti en 2023), ainsi que quelques nouveautés, comme Bon dimanche. Maude Sonier l’accompagnait à la voix, avec Maggie Savoie à la guitare et au banjo et Marie Andrée Gaudet au violon.
Le premier EP de Maude Sonier, intitulé Demi-tour, est sorti en mars 2024. Il est aussi composé avec douceur, mais cette fois-ci, il est mélangé avec de la pop décontractée et ensoleillée. Pendant son show, elle a présenté trois chansons de son EP avec son band (commençant avec le réconfortant La neige), ainsi que deux nouveautés, et elle a parlé au public avec joie et amitié.
On a rencontré les deux artistes après le spectacle pour en savoir plus sur leur identité franco-canadienne et de leur approche de la musique.
J’adore que vous ayez chanté ensemble aujourd’hui. Avez-vous partagé une scène dans le passé?
Maude: C’est la deuxième fois.
Sylvie: Oui, on a chanté à son lancement à Moncton en avril dernier.
Maude: Je l’ai invitée à faire une toune avec moi.
Sylvie, ayant été basée à Moncton depuis quelques années, quelles sont les différences et les similarités entre là et la Baie Sainte-Marie?
Sylvie: La Baie Sainte-Marie est beaucoup plus petite, c’est comme un village de pêcheurs. C’est très rural. Moncton est une petite ville où tu peux presque marcher partout. Je vais toujours parler about la Baie Sainte-Marie et trouver des façons de l’incorporer dans ma musique. Ma famille, l’environnement et la musique que j’ai écoutée en grandissant m’inspirent beaucoup.
Maude, tu es originaire de Miramichi, au Nouveau-Brunswick. À quoi ressemble l’ambiance là-bas? Est-ce que tu as grandi dans une communauté francophone?
Maude: Au fond, Miramichi n’est pas aussi grand que Moncton, mais c’est proche. C’est surtout anglophone, mais je parlais le français, et je continue à le parler, parce que mes parents viennent de la péninsule acadienne, qui est une région très francophone. J’ai grandi dans une toute petite communauté francophone qui comprenait mon école (Carrefour Beausoleil) et le centre communautaire.
Sylvie, pourrais-tu parler de ton parcours comme musicienne et comment ta vision a-t-elle changé à travers les années?
Sylvie: J’ai fait des études en chant classique, mais, quand je les ai finies, j’ai réalisé que ce n’était point vraiment ma vibe. Ça m’a pris du temps pour sortir ma propre musique, mais j’ai réussi! Mon style, depuis que j’ai fini l’université, a toujours été un mélange de folk et de pop, et je trouve que ça marche!
Oui, ce style marche très bien! Pour toi Maude, quelles étaient tes motivations pour commencer ton projet solo? Est-ce que la musique a toujours fait partie de ta vie?
Maude: Un peu comme Sylvie, je faisais beaucoup de musique classique durant mon enfance. J’ai étudié le piano classique et je chante depuis que je suis petite. Ma maman me disait que je chantais plus que je parlais. Lorsque j’ai été un peu forcée à m’y mettre, c’était lors du concours Accros de la chanson, qui est un concours au Nouveau-Brunswick organisé par la Fédération des jeunes francophones dans la province. Un ami m’a convaincu d’y participer parce qu’il savait que je faisais un peu de musique. Dans la deuxième année, on écrit notre propre chanson. C’est là où j’ai écrit ma première chanson et j’ai fini par remporter le concours! Je donne beaucoup de crédit à ce concours-là parce qu’il m’a permis de faire des erreurs et d’apprendre comment fonctionne l’industrie.
Ton EP a été réalisé par Katrine Noël (les Hay Babies) et Mico Roy (Les Hôtesses d’Hilaire), deux grands musiciens acadiens. Est-ce que tu les connaissais avant?
Maude: Je les connaissais un peu avant grâce à un autre concours, Gala de la chanson de Caraquet, que j’ai fait après Accros de la chanson. J’imagine qu’ à la Baie Sainte-Marie, Sylvie, tu connais tous les artistes là-bas. C’est drôle parce que, quand j’étais à l’école, je savais qui étaient les artistes acadiens, comme Les Hay Babies, Les Hôtesses d’Hilaire, et Lisa Leblanc, mais je n’écoutais pas leur musique. Les chansons qui jouaient dans mes oreilles étaient les grosses chansons anglophones américaines. Quand j’étais au Gala de la chanson de Caraquet, Katrine et Mico ont donné des ateliers, donc ça m’a forcé à écouter leur musique. J’étais comme, « uhoh c’est embarrassing parce que tout le monde les connaissait sauf moi. » C’était un gros moment. Quand j’ai commencé à faire mon EP, j’ai contacté Nico et il a dit oui right away.
Sylvie, ton premier EP, Desfois c’est moi, parle d’une période de changement avec des références de Montréal, où tu as habité pendant quelques années, et la Baie Sainte-Marie où tu as grandi. Quelles sont tes inspirations pour tes nouvelles chansons? Y aura-t-il un thème pour le prochain EP?
Sylvie: Oui, c’est un breakup album. C’est pas mal ça! J’espère faire un album qui sortira l’année prochaine, plein de chansons de breakup.
Maude, est-ce que Miramichi a inspiré ton EP Demi-tour et, si oui, comment?
Maude: C’est une bonne question parce que je pense que la plupart des gens ont un grand sentiment d’appartenance avec l’endroit où ils ont grandi. Dans mon cas, c’était plutôt difficile parce que tout ce qui faisait partie de ma grande valeur et tout ce qui me passionnait dans la vie venait d’ailleurs que Miramichi. Être francophone pour moi est huge et je veux être capable de parler en français tous les jours, donc je pense que ça a inspiré mon EP d’une manière ou d’une autre. Je suis très attachée à ma famille et je leur rends souvent visite à Miramichi. Cet EP pour moi est l’idée d’être toujours back and forth entre Moncton et Miramichi et les deux endroits que j’appelle chez moi. Aussi, en tant que musicienne, je suis toujours en train de voyager partout et parfois je pense « oh ! Je serais bien ici » et « peut-être que je serais bien là », donc c’est l’idée de trouver où appartenir. Par exemple, Jusqu’au prochain printemps est une chanson où j’imagine ma maison d’enfance vide et le sentiment que j’avais avant versus maintenant.
Pour vous deux, y a-t-il des défis auxquels vous faites face en tant qu’artistes franco-canadiennes?
Sylvie: Oui, juste la distance entre la Baie Sainte-Marie et Montréal est pas mal grande, mais c’est plus que ça. Je feel qu’il y a plus d’ouverture maintenant et les Acadiens sont plus sur la map. C’est encore difficile de percer sur la scène musicale parce qu’on n’est point une majorité.
Maude: Moi, je me considère comme auteure-compositrice-interprète, comme toi Sylvie, et la majorité de mon travail est autant dans les paroles que dans la musique. Ce n’est pas juste une chanson de musique pour moi, donc je donne beaucoup d’importance à ce que je dis. Je crois que j’avais toujours un peu d’avantages parce que mon accent ne paraissait pas trop dans mes chansons. Donc les gens ne croient pas nécessairement que je suis acadienne à la première écoute et que je pourrais passer comme étant de la musique québécoise. J’ai beaucoup d’amis dont l’accent est vu comme un défi.
Sylvie: Je pense que c’est une force, mais il y a toujours une petite barrière qui peut être déstabilisante.
Maude: J’écoute beaucoup de musique dans d’autres langues et ce n’est pas ça qui m’empêche à feel des émotions. Je crois, cependant, qu’il y a beaucoup de force aujourd’hui, dans le sens que Sylvie vient de la Baie Sainte-Marie et moi de Miramichi et on fait des vitrines ensemble. On est peu, mais on est capable de se rallier et faire des choses cool.
Sylvie: Oui, il y a beaucoup d’amour et il n’y a point beaucoup de compétition. Ça, c’est le fun.
Maude, il y a aussi d’autres musiciens, dont Matt Boudreau, qui font partie de ton EP. Comment est-ce que ces gens ont influencé le son ou le mood des chansons?
Maude: Enregistrer un premier EP était particulier parce que c’était aussi la première fois que je jouais avec un band. C’était quand même difficile, dans un sens, pour moi d’imaginer comment un band sonnerait dans mes chansons. J’ai choisi Matt Boudreau, Chloé Breault et Maxence Cormier parce que ce sont des gens avec qui j’avais déjà travaillé dans les concours et qui m’avaient vu grandir à travers les années. Pour cet EP, je voulais des gens de confiance qui savaient ce que je voulais dire. Ils ont tous mis les touches personnelles.
Finalement, qu’est-ce que vous aimeriez que les gens ressentent quand ils écoutent vos chansons?
Sylvie: PLEIN d’émotions, de la joie et de la tristesse. J’aimerais qu’ils puissent sentir ce qu’ils veulent et qu’il n’y a point rinque une interprétation de mes chansons.
Maude: Oui, moi aussi, j’aimerais qu’ils feelent n’importe quoi. Même dans les chansons tristes, les gens peuvent ressentir une certaine joie. Also, juste dans la musique itself, j’essaie de briser l’idée qu’une chanson triste doit être associée avec la musique douce et que la joie doit être associée avec la musique upbeat. Souvent, je n’ai pas de choses plus heureuses à dire que le soleil réchauffe ma peau. Je pense que tu peux feeler happy en écoutant mes choses tristes.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

