L’univers drôle et décalé du bédéiste Samuel Cantin a été habilement transposé au théâtre par Couronne Nord. Jusqu’au 16 décembre, la Cinquième Salle accueille leur adaptation scénique du roman graphique Whitehorse. En plus d’offrir une caricature féroce du milieu artistique québécois, la pièce jette un regard mordant sur les relations toxiques, la jalousie, l’ambition et la peur de la mort.
Une satire des travers humains
Sylvain Pastrami (Guillaume Laurin), un cinéaste détestable mais adulé du milieu, reçoit des acteurs en auditions pour son prochain film. Il compte réaliser un faux documentaire qui suit une fausse équipe de documentaristes à Whitehorse, au Yukon. Trois personnes convoitent le rôle principal : Laura (Charlotte Aubin), un jeune prodigue qui croit que tout lui est dû (Oscar Desgagnés) et l’amie envieuse (Sonia Cordeau) à qui l’on a plutôt offert d’auditionner pour celui de la documentariste qui rit trop fort.
C’est finalement Laura qui décroche le rôle. Folle de joie, elle l’annonce à son chum Henri (Sébastien Tessier), un écrivain raté et anxieux, sans lui révéler le lieu du tournage. Celui-ci devient aveuglé par la jalousie et les spasmes bizarres dont il souffrait s’intensifient. Victime d’une crise alors qu’il essaie de se confier à son ami Diego (Vincent Kim), cascadeur dans le film de Pastrami, il décide d’aller consulter la Dre Von Strudel (Frédérike Bédard). La médecin lui apprend qu’il souffre du « syndrome de la tortue », un maladie rare qui le rendra difforme et souffrant d’ici deux ans.
Bouleversé par la nouvelle, Henri décide de cacher ce qu’il a appris à Laura et de faire preuve de plus d’ouverture pour réparer leur relation avant d’être trop atteint. C’est dans cet esprit qu’il accepte de l’accompagner dans un party chez le réalisateur. Ils y sont accueillis par son étrange assistant (Éric Bernier). Puis, arrive Pastrami et la fête dérape rapidement. Le couple d’Henri et Laura survivra-t-il à cette folle soirée?
La recette du succès
Tous les ingrédients sont réunis pour que le passage de la case à la scène fonctionne. D’abord, soulignons que l’auteur a collaboré à l’adaptation théâtrale, ce qui aide à conserver l’esprit de l’œuvre originale.
Puis, pour que les personnages caricaturaux passent bien sur scène, ils devaient être joués gros. Le jeu des comédiens est assurément l’un des points forts de la pièce. Ils font tous un excellent travail, mais Éric Bernier et Frédérike Bédard volent littéralement la vedette.
En plus, de cette distribution étoilée, Couronne Nord s’est adjoint des services de Simon Lacroix pour la mise en scène. Ce fan d’humour absurde était la personne toute indiquée pour accomplir ce mandat. Souvenons-nous que Lacroix est membre du Projet Bocal à qui l’on doit l’hilarant et déjanté Showtime – Une grosse pièce de théâtre présenté chez Duceppe à l’automne 2022.
Victime de son succès
Puisque la pièce est présentée à la Cinquième Salle plutôt qu’au Théâtre Jean-Duceppe, les places sont limitées. Et comme cette œuvre vaut vraiment le détour, le mot s’est passé. Plusieurs soirs affichent donc déjà complet.
Whitehorse
Une production de Couronne Nord, d’après le roman graphique de Samuel Cantin.
Texte : Guillaume Laurin
Mise en scène : Simon Lacroix
Distribution : Charlotte Aubin, Frédérike Bédard, Éric Bernier, Sonia Cordeau, Oscar Desgagnés, Vincent Kim, Guillaume Laurin et Sébastien Tessier.
Texte : Nancie Boulay
Crédit photo : Danny Taillon

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