Pour son quatrième album, l’auteur-compositeur-interprète Marco Ema se tourne vers le soleil. Il surmonte le deuil et l’insécurité pour construire son propre bonheur, offrant des rayons de chaleur qui peuvent nous accompagner, nous aussi, dans notre quotidien.
L’album commence avec Jour férié, une chanson légère avec une touche de country qui nous emmène sur la route. Ensuite, il y a des chansons à l’énergie typique de Marco Ema (Maison en campagne), d’autres avec un côté plus rock (Un, deux, trois) et, bien sûr, de la douceur (Feu de paille).
Le bonheur, synonyme du soleil, ne se trouve pas seulement dans l’ambiance musicale, mais aussi dans le fait d’être entouré.e de gens qui nous font du bien. C’est pour ça que Marc-Antoine Beaudoin, alias Marco Ema, a co-réalisé l’album, pour la première fois, avec son bon ami Cédrik St-Onge. L’album, enregistré au Studio Wild en plein hiver, a été co-réalisé par les deux, accompagnés d’une gang d’amis : Henri Kinkead, Anthony Cayouette, Raphaël Laliberté-Desgagné, Pierre Guitard et Sandrine Masse, entre autres.
On s’est parlé avec Marco Ema pour en savoir plus sur le concept derrière Soleil mâché et sur l’évolution de son approche depuis Anyway, Mommy Love.
Avant de commencer la création de l’album, avais-tu déjà en tête l’idée de faire quelque chose de plus « ensoleillé » après Anyway, Mommy Love ?
C’était le plan dès le départ de faire un album plus ensoleillé et lumineux. Je voulais que ce soit lumineux autant dans la musique que dans l’esthétique.
C’est intéressant que cet album soit décrit comme réconfortant parce que j’ai toujours considéré ta musique comme réconfortante ! Selon toi, en quoi consiste une chanson douce et ensoleillée ? Quels sont les ingrédients musicaux ?
C’est une bonne question. Je pense qu’il y a beaucoup de nostalgie dans ce que je fais. Je pense que c’est plus fort que moi et que ça fait en sorte que c’est qualifié de réconfortant. C’est au cœur de la vibe de Marco Ema. Après, je pense que c’est aussi beaucoup de laisser-aller. Cédrik St-Onge, avec qui j’ai co-réalisé l’album, et moi sommes de très bons amis et je pense que ça s’entend dans la musique. Donc, c’est un peu de tout ça : ne pas se prendre trop au sérieux et ne pas cacher les influences qu’on a. La création de l’album a été une expérience trippante, en fait.
Oui, tu as co-réalisé Soleil mâché avec Cédrik St-Onge et c’était la première fois que tu co-réalisais. Comment as-tu trouvé cette expérience ? As-tu appris beaucoup de choses ?
Ouais, full. J’ai appris beaucoup de choses, surtout à me faire confiance. Cédrik est la meilleure personne avec qui je pourrais co-réaliser un album parce que c’est un bon ami, mais aussi il est très attentif et patient. On se connaît tellement bien. Mais oui, j’ai appris comment me faire confiance ainsi que beaucoup de choses techniques. Cédrik est un génie. Je le regarde travailler et je suis comme « ok, ok », donc je pose des questions. Réaliser la musique d’autres artistes et travailler sur des projets autres que les miens est quelque chose que je cherche à faire.
Cool ! L’album a été enregistré au Studio Wild, le même endroit que le précédent. Avais-tu des anecdotes à partager ? Il y avait beaucoup de musiciens avec qui tu travaillais et ils étaient tous tes amis, donc j’imagine que la période d’enregistrement était très chaleureuse !
Oui, vraiment! C’était le plan dès le départ de le faire avec mes amis. C’était l’fun. On jouait au hockey sur le lac. Il y a toujours un peu de niaisage, mais en travaillant avec des amis, on se complétait. On a fait toutes les chansons, et la dernière soirée, on s’est permis d’éclater un peu plus. Ce qui est l’fun aussi de travailler avec ces gens-là, et j’espère que j’ai raison, c’est qu’ils avaient tous le projet à cœur. C’était une bonne vibe!
C’est chouette. Donc l’album enregistré en hiver ?
Ouais, il y avait vraiment une vibe à la Shining. On était dans un chalet en hiver sans aucun moyen d’être sauvé si quelque chose arrivait.
Je pense que tu avais dit ça la dernière fois aussi haha.
Ouais, les deux fois, on a joué au hockey sur la glace et je me sens tout le temps la Shining vibe quand je suis là. Mais c’est une chose positive!
Est-ce que cet album t’a changé, dans le sens où ta mentalité diffère de celle de la période d’Anyway, Mommy Love ?
Je pense qu’à chaque album, on vieillit un peu et qu’on gagne en maturité. Donc, j’ai évolué un peu là-dedans. Honnêtement, je n’ai aucune idée de ce à quoi ressemblera le prochain album, mais j’espère évoluer encore plus. J’ai hâte de voir !
Ton dernier album était fortement inspiré du film Cinema Paradiso. Y a-t-il un concept qui a beaucoup influencé Soleil mâché ?
Oui, c’est beaucoup de choses en fait. La première idée est née après un concert. Je parlais avec des gens qui sont venus voir le show et ils disaient: « si t’avais une saveur de crème glacée à créer, ce serait quoi? » Je pense que j’avais dit, genre, gazon soleil. À un moment donné, je scrollais sur TikTok et j’ai vu une photo qui m’a vraiment parlé. C’était une sorte de mascotte, un peu soleil inquiet. Toutes ces images sont devenues la mascotte de l’album — l’idée d’avoir un soleil en papier mâché qui est à la fois réconfortant dans mes bras et qui, quand tu le regardes, donne l’impression qu’il veut te tuer. Finalement, les chansons sont venues dans cet univers-là.
Qui a créé le soleil ? Est-ce que c’était fait à la main ?
C’était Loïc Lafrance! J’aurais aimé dire que c’était moi haha.
Il y a plusieurs morceaux sur l’album liés à la campagne, par exemple Maison en campagne et Au cœur de la prairie. Quelle est la signification de la campagne ici ?
Ce sont toutes sortes de choses. Il y a une idée qui existe de quitter la ville pour vivre à la campagne. À la base, c’était une critique de ça. Ma génération dit qu’on n’a pas accès aux propriétés parce que c’est trop cher, donc je me suis dit qu’au lieu de m’acheter une maison je créerais cette espèce de rêve-là. Ça parle aussi d’exil et de réapprendre à se connaître. Retourner à la base et faire pousser des légumes, c’est une façon de se reconnecter à la nature. C’est un concept qu’on a déjà vu. Par exemple, je suis un grand fan de Paul McCartney et son album Ram parle du fait d’acheter une maison et de vivre là-bas. C’est une belle image. Je n’ai pas d’argent, donc je fais comme si j’avais une grosse maison. Je trouve ça drôle. Maison en campagne est la chanson qui a lancé cette idée.
Est-ce que tu aimerais quand même déménager à la campagne si tu avais de l’argent ? Si oui, où ?
C’est un plan éventuel, c’est certain. J’aimerais aller quelque part d’autre que Montréal, et avoir un terrain et une place pour créer un studio. Le Rive-Sud ou la Rive-Nord de Montréal serait l’fun, parce que c’est beau, mais pas très éloigné. Je suis ouvert à tout. Peut-être la Gaspésie ou la Baie-Saint-Paul. Il y a tellement de beaux endroits au Québec.
Il y a aussi Feu de paille, une chanson douce et intime. Je pense que tu as dit, quand elle est sortie en septembre, que c’était peut-être la chanson la plus personnelle que tu aies écrite. Pourrais-tu parler davantage de cette chanson et de sa signification ?
C’est une chanson que j’ai eu la misère à chanter, parce qu’elle m’a vraiment touché. Je ne sais pas pourquoi. J’ai d’autres chansons, par exemple, sur mon père qui sont très explicites, mais cette chanson parle de plein de trucs — la frustration et l’incompréhension dans la vie. C’est comme l’insomnie où j’ai du mal à dormir parce que je pense à trop de trucs qui m’angoissent. Je voulais avoir un refrain qui nous dise que ce n’est pas grave. On fait des choses, et ce n’est vraiment pas grave.
Pour revenir au sujet de la campagne, peux-tu nous parler du jeu vidéo qui accompagne l’album ? C’est quand même fun comme idée !
Oui, c’est trop cool, en fait. Ma soeur travaille à la maison de disque où je suis signé et on cherchait des idées. Ma sœur était comme « ah, j’ai un ami qui fait des jeux vidéo, on pourrait faire ça. » On était vraiment en mode Stardew Valley où tu pousses les légumes. C’est vraiment simple : tu utilises la barre d’espace et ramasse les légumes. L’idée est venue d’elle, donc shout out à Emilie On a mis une des chansons de l’album comme chanson générique du jeu. Au lancement de l’album, on va donner un panier-cadeau, avec l’album, le merch et des petits légumes, à la personne qui aura le plus high score.
Haha ! Pour finir, il y a une tournée qui s’en vient, ainsi que les lancements de l’album à Montréal et à Québec. As-tu d’autres événements ou projets cette année ?
Ouais, ben, il y a plein de dates pour la tournée. Il y aura aussi un nouveau projet. C’est une surprise, donc je ne peux pas en parler, mais c’est quelque chose de cool qui s’en vient. Ça prend beaucoup de mon temps en ce moment, mais c’est vraiment l’fun. C’est pas mal ça. J’ai hâte de commencer les spectacles!

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

