Dom Pelletier a bien exploré la scène musicale, ayant construit son nid dans les ambiances rock de Caravane et coloré ses plumes à travers le personnage de Bønanza. Maintenant, Dom Pelletier lance un projet solo sous son propre nom, se tournant vers le folk, le country et les émotions pures. Oiseau Migrateur, sorti le 25 septembre, est le résultat d’une reconnexion avec lui-même. Il s’est mis à nu pour dévoiler sa vulnérabilité et nous amener dans la tranquillité de son quotidien actuel.
Le jeudi 24 septembre, Dom a organisé une session d’écoute et un party au Café Mila, à Québec. Dans une salle remplie d’amis, de famille et de gens curieux, il nous a présenté toutes les chansons de l’album accompagnées de vidéos projetées sur un écran. Cela ajoutait une touche immersive : on était transportés au bord du lac dans son jardin, sous les arbres automnaux, et dans la mer avec des vagues qui dansaient. Il y avait des vidéos touchantes avec son fils, une avec des proches (À tous les jours) et d’autres où les paysages et la nature étaient mis en avant. Ces visuels représentaient bien l’ambiance de l’album, surtout parce qu’ils ont été réalisés par Dom lui-même et sa copine Maxyme Gagné.
On a rencontré Dom Pelletier avant l’événement pour en savoir plus sur ce nouveau chapitre de sa carrière.
En écoutant l’album Oiseau migrateur, on sent l’intimité. C’est vraiment une collection de chansons personnelles et tu chantes avec beaucoup d’émotion. Comment te sens-tu maintenant que l’album approche de sa sortie et que les chansons sont accessibles au public ?
Ça me fait du bien que ce ne soit plus juste dans ma tête. Ma manière de m’exprimer est d’écrire des chansons. J’ai moins de misère à écrire une chanson pour parler de ce que je vis que d’en parler littéralement. C’est cliché à dire, mais il y a un peu de thérapie dans mon écriture. Le fait d’être plus personnel est tellement libérateur. J’ai toujours eu des projets, comme Caravane, et je n’ai jamais pu être si personnel que ça. Les chansons de Caravane sont personnelles, mais pas à ce niveau-là.
Qu’est-ce qui t’a poussé à lancer ce projet solo maintenant? Est-ce que c’est quelque chose que tu avais en tête depuis longtemps ou y a-t-il eu un moment marquant qui t’en a donné le désir ?
J’ai toujours eu l’idée de faire un album folk, solo et personnel. Pendant la pandémie, j’ai failli le faire. J’ai fait un projet qui s’appelle Bønanza qui était moi, mais ce n’était pas si personnel que ça. En tant qu’artistes, on est inspirés par notre entourage. La pandémie et l’idée de faire un album super personnel ne m’inspiraient pas. J’étais inspiré par d’autres choses plus capotées et psychédéliques, comme Bønanza. Maintenant, c’est un bon moment. Caravane va faire une tournée d’adieu et, moi, j’en suis rendu là. L’environnement dans lequel je suis en ce moment m’en a donné envie.
À quoi ressemblait le processus de création? Tu as mentionné dans d’autres entrevues que tu restes un gars de rock même si, avec cet album, tu t’es adouci. J’imaginais que le processus de création avait un côté très thérapeutique et solitaire.
Oui, exact. Ça fait du bien aussi de jouer d’autres styles. Ça faisait 20 ans que je faisais de la musique avec Caravane. J’ai fait du rock et beaucoup de guitare électrique. Maintenant, le fait de ne pas me cacher derrière ces gros bruits d’amplification et de drum, c’est comme si je me dévoilais sous mon vrai jour, et ça fait du bien.
Sur ton Instagram, tu as publié des courtes vidéos qui racontent une histoire derrière plusieurs chansons de l’album. Ces vidéos sont tellement bien faites. Est-ce que tout a été filmé dans ton jardin ?
Oui, dans ma cour chez moi. On est au bord d’un lac à Saint-Ferréol-les-Neiges, entre Québec et la Baie-Saint-Paul. C’est con, mais j’y ai déménagé pendant la pandémie et c’est sûr que le coin dans lequel je suis m’a inspiré. J’ai fait un switch plus folk, country, bluegrass parce que le son fit tellement avec le paysage. Ça fit plus avec le paysage que de faire du rock comme je faisais ici, dans le quartier Saint-Roch, à Québec
En parlant de ces chansons, dans Clancher tes peurs, il y a la voix de Julie Aubé. Est-ce que tu voulais qu’elle fasse partie de la chanson dès le début du processus de création ou est-ce que c’était un ajout à la fin ?
Dès le début! Quand j’ai écrit le refrain, on dirait que j’entendais sa voix. Je suis un gros fan de ce qu’elle fait et je me suis dit qu’avec son accent, ce serait malade. Zach Bryan a fait un duo avec Kacey Musgraves, donc j’entendais la chanson un peu comme ça avec la voix de Julie. Je lui ai proposé de participer et je suis tellement content qu’elle ait dit oui.
Dans la présentation de la chanson Creux de mes bras, tu dis que devenir parent est la plus belle chose. À quel point ton fils a-t-il influencé la direction de cet album ?
Ah! Il y a une raison pour laquelle je n’ai pas fait cet album avant. Je pense que je n’avais pas la maturité. Ce qui m’a poussé à le faire, ce sont deux choses: la perte d’un parent, le deuxième album de Bønanza parlait de ça, et moi, à mon tour, devenir papa. Je pense que ce sont ces deux affaires-là qui m’ont bousculé et qui ont fait en sorte que j’écrive mieux sur des choses plus personnelles. Mon fils a inspiré tout l’album.
À tous les jours est une chanson que je trouve particulièrement émotive. Le côté rock est présent dans ta voix, mais elle reste une chanson douce. Dany Placard joue de la basse en plus, ce qui est cool. Est-ce que les musiciens avec qui tu as travaillé pour cet album ont également influencé le son ?
Ben oui. En fait, je suis allé voir Dany Placard justement parce que je crois qu’il est un pionnier de la musique folk québécoise. Je l’écoute depuis longtemps. J’avais travaillé avec lui du temps de Caravane, pour l’album Supernova, mais il nous avait aidés avec des textes au lieu de faire de la musique. Je me suis dit qu’un jour il faudrait qu’on fasse de la musique ensemble. Ça a tellement fitté avec À tous les jours. On a enregistré des trucs dans le shed de Dany à Montréal. C’était vraiment cool.
Pendant l’été, tu avais fait une petite tournée avec Louis-Solem Pérot, où vous jouiez des chansons traditionnelles, toi au banjo. Pourrais-tu parler un peu de la façon dont ce projet est né? Est-ce qu’il est un peu lié à ton projet solo ?
C’est sûr que le folk et la musique traditionnelle des Appalaches ont influencé ma musique, mais, en plus, Louis-Solem va jouer avec moi dans les spectacles à venir. Comme on n’avait pas encore sorti mon show, ça nous a permis de jouer ensemble et de développer une chimie. On ne l’avait pas fait pour cette raison, mais ça a servi à ça.
Dans les prochains mois, tu vas faire une dernière tournée avec Caravane et j’imagine que tu ressentiras beaucoup de nostalgie. Quelle est la chose la plus marquante que tu as apprise au cours de ta carrière dans le groupe ?
Ah, j’ai tellement appris de choses. J’ai vécu ma vingtaine, ma jeunesse, à faire des spectacles et à être sur la route avec mes amis, donc ça m’a vraiment forgé en tant qu’humain. J’ai appris à me débrouiller, c’est sûr, mais surtout, j’ai appris que ce qui compte le plus, c’est l’amitié. Les shows étaient cool, on a même ouvert pour Deep Purple en France devant 50 000 personnes, ce qui est fou. Mais ce à quoi je pense souvent, c’est ce qu’on a vécu en tant qu’amis. Faire 20 heures de route avec quelqu’un qui ne parle même pas, mais savoir exactement à quoi il pense parce que la synergie est si grande, ça c’est la plus belle relation d’amitié que je pouvais espérer avoir. J’ai appris comment garder de beaux liens avec des gens, sans les voir si souvent que ça.
Il y a beaucoup de gens qui te connaissent grâce à Caravane et peut-être qu’il y a des gens qui t’ont découvert davantage grâce à ton projet Bønanza. Maintenant que tu te présentes tout simplement comme Dom Pelletier, quel est le message que tu aimerais transmettre ? Évidemment, c’est quelque chose de plus pur, mais tu avais quand même abordé des thèmes personnels sur le dernier album de Bønanza, avec le décès de ton père.
C’est vrai que le dernier album de Bønanza était plus personnel que les précédents, mais je n’étais pas encore moi-même, j’étais encore quelqu’un d’autre. Je trouve qu’on vit dans un monde, avec l’intelligence artificielle et les réseaux sociaux, qui manque de vrai. Le fait de me dévoiler et de dire des trucs personnels fait du bien. C’est une autre démarche. Pour Angine de Poitrine, on voit que créer des personnages marche bien. Mais moi, j’avais besoin d’être authentique.
Est-ce qu’il y aura une tournée pour accompagner l’album ? Comment envisages-tu les chansons sur scène ?
J’ai fait ce projet solo pour deux raisons, notamment pour faire plus de spectacles. Ça me permet de jouer en solo, en duo, en trio ou en full band. La façon dont les chansons sonneront sur scène va vraiment dépendre de l’événement et de la formation. Je pourrais faire un show super intime, en solo ou en duo, ou un show au FEQ en full band. Ça va vraiment dépendre du contexte. Je suis prêt à tout !
C’est chouette que tu organises cette séance d’écoute, gratuite, dans un café pour te rapprocher davantage des gens et créer une ambiance familiale. As-tu déjà vécu quelque chose de similaire avec des artistes que tu admires ?
Eh, un listening party, je n’ai jamais vécu ça ! Je suis vraiment sorti de ma zone de confort. Je suis meilleur pour chanter que parler. C’est stressant pour moi, mais je suis content de le vivre. On le teste ! Au fond, je n’avais pas vraiment envie d’aller faire un lancement, où je serais à moitié à l’aise à l’idée de jouer devant des gens qui ne connaissent pas encore les tounes. Je trouve ça weird, parfois, les lancements. Donc c’est un test que je fais ce soir.
Pour terminer, le titre, c’est Oiseau migrateur. Si c’est toi l’oiseau, où est-ce que tu vas migrer avec cet album ? Ou où es-tu rendu dans ce chapitre de ta vie ?
Je me suis rendu à migrer vers la musique que je vais faire en solo et à me donner le droit de faire ça. Déjà, c’est la base. Après ça, ce que je m’imaginais, c’est d’aller vers le coin où j’avais envie d’aller, où ça va être mieux pour moi. Faire de la musique peut être difficile et j’avais envie de laisser la place à ma voix.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre et vit maintenant à Québec. Elle est francophone dans l’âme et aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent des histoires, que ce soit dans les paroles ou dans le lien personnel que la musique peut créer.

Photos : Courtoisie
Photo: Maxyme Gagné
