Le 24 septembre 2026, Bruno Pelletier présentait 3 & Moi au Théâtre St-Denis de Montréal. Pendant un moment, je me suis franchement demandé où étaient les autres musiciens. Je suis tellement habituée à voir Bruno Pelletier dans des spectacles plus imposants que cette formule à quatre m’a un peu prise de court. Sur scène, il est entouré de Martin Bachand à la guitare, de Claude Pineault, multi-instrumentiste, et de Brigitte Marchand aux voix, qui célébrait d’ailleurs son anniversaire le soir de la première montréalaise. Beaucoup plus dépouillé que ce à quoi je m’attendais. Puis, après quelques chansons, j’ai arrêté de chercher ce qui n’était pas là. Je me suis mise à écouter ce qui l’était.
Un spectacle né dans un salon
L’idée de 3 & Moi est née très simplement, à la suite d’une conversation dans un salon avec ses amis musiciens, alors que le chanteur s’amusait à créer des mashups de plusieurs chansons. Quand Bruno Pelletier raconte cette histoire, on comprend assez vite pourquoi le spectacle ressemble à ce qu’il est. Il y a quelque chose d’une soirée de musique entre amis : des gens qui se connaissent bien, qui se répondent, qui jouent ensemble depuis longtemps et qui semblent surtout avoir envie d’être là.
Cette formule m’a fait entendre les chansons autrement. Il y a moins de couches, moins de monde sur scène et, forcément, beaucoup plus d’espace pour les paroles. Et ça fonctionne ! Je me suis surprise à être plus attentive aux textes et même à redécouvrir certaines chansons. Elles sont moins enveloppées par une grosse production et, dans plusieurs cas, elles deviennent presque plus touchantes ainsi. Je ne pensais pas nécessairement réagir de cette façon en début de soirée, mais c’est finalement une des choses que j’ai le plus aimées.
Bruno Pelletier, le raconteur
Une grande partie du charme de 3 & Moi se trouve aussi entre les chansons. En effet, Bruno Pelletier parle beaucoup. Il raconte comment certaines pièces sont arrivées dans sa vie, revient sur des rencontres, des souvenirs et des bouts de carrière. Presque chaque chanson a droit à sa petite histoire, et ça donne au spectacle un rythme assez différent d’un concert où l’on enchaîne les titres les uns après les autres.
J’ai surtout découvert à quel point il est bon raconteur. Il a de l’humour, il sait où amener son anecdote et il n’a pas peur de s’éloigner un peu de la musique avant d’y revenir. Son imitation de Luc Plamondon au téléphone a été l’un des moments qui m’a le plus fait rire ! Je serais bien incapable de retranscrire la scène sans lui enlever tout ce qui la rendait drôle. C’était vraiment un de ces moments où il fallait être dans la salle.
Cette façon de présenter les chansons fait aussi qu’on les reçoit différemment ensuite. Quand on connaît le souvenir ou la personne qui se cache derrière une pièce, on ne l’écoute plus tout à fait de la même manière. Pour moi, c’est là que le spectacle devient particulièrement intéressant.
Brigitte Marchand, une très belle découverte
Brigitte Marchand a aussi retenu mon attention. Je connaissais évidemment son lien avec Bruno Pelletier, mais je connaissais beaucoup moins ce qu’elle faisait comme artiste. J’ai vraiment aimé sa présence sur scène. Elle a une très belle voix, beaucoup d’aisance et elle trouve naturellement sa place dans cette petite formation.
Ce qui m’a plu, c’est justement qu’elle n’est pas là comme simple présence en retrait. Elle apporte quelque chose au spectacle. Son charisme et son immense talent apportent une couleur supplémentaire à la soirée. Leur complicité est belle à voir, mais elle existe aussi très bien par elle-même lorsqu’elle chante. Dans une formation de quatre personnes, personne ne peut vraiment se cacher, et elle n’en a certainement pas besoin. La conjointe de Bruno Pelletier a définitivement sa place dans ce nouveau spectacle.
Une voix qu’on reconnaît dès la première note
Il reste évidemment une chose impossible à contourner lorsqu’on parle de Bruno Pelletier : sa voix. Elle est encore aujourd’hui d’une puissance impressionnante. On la reconnaît immédiatement et elle possède toujours cette couleur particulière qui a marqué une bonne partie de sa carrière.
Ce que j’ai aimé, toutefois, c’est que le spectacle ne semble pas construit uniquement autour de la démonstration vocale. Il ne passe pas deux heures à vouloir nous prouver qu’il peut encore atteindre telle ou telle note. Et c’est tant mieux. Quand il ouvre vraiment la machine, l’effet est d’autant plus fort. Dans une formule aussi dépouillée, sa voix prend énormément de place sans avoir besoin de lutter contre une grosse instrumentation.
Un public qui le connaît bien
En regardant autour de moi, j’ai aussi constaté que le public semblait composé en grande partie de gens qui suivent Bruno Pelletier depuis longtemps. Les cheveux gris étaient, disons-le, pas mal plus nombreux que les moins de 30 ans. Ça m’a fait sourire, mais ça disait aussi quelque chose de la fidélité de son public.
On sentait que plusieurs personnes connaissaient très bien son répertoire, ses références et une partie de son histoire. Il y avait une familiarité dans la salle qui allait bien avec le spectacle. Pas vraiment une soirée nostalgique, mais plutôt des retrouvailles avec un artiste qu’on accompagne depuis longtemps.
Deux heures de bonheur
Le spectacle dépasse les deux heures, mais son rythme n’est pas celui d’un spectacle qui cherche à remplir chaque minute. Bruno Pelletier prend le temps de raconter, de rire et de parler avec le public avant de revenir à la musique. Et dans ce contexte, ça fonctionne.
Je repensais d’ailleurs à ma réaction du début en quittant la salle. J’avais commencé la soirée en me demandant pourquoi il n’y avait pas davantage de musiciens. Deux heures plus tard, la question ne me venait même plus à l’esprit. J’ai passé un moment mémorable que je recommande fortement.



















Annie Roy | Journaliste
Diplômée de l’École de théâtre et détentrice d’une Maîtrise en Communication, Annie est passionnée des arts depuis sa tendre enfance. Elle est une femme déterminée et très polyvalente qui allie l’animation radio, le mannequinat, le jeu, le journalisme culturel, le chant, la gestion d’artiste et l’enseignement au primaire depuis plus de 15 ans. Grande voyageuse et très « foodie », elle aime découvrir de nouveaux endroits.

