Le 19 septembre 2025, Viviane Audet a dévoilé son nouvel album Le piano et le torrent lors d’une première médiatique intimiste, plongeant le public dans son univers néo-classique empreint de souvenirs et d’émotions.
Assister à un spectacle dans la mythique salle du Gesù, rue Bleury, est toujours un événement, car l’histoire culturelle de Montréal y est encore palpable. Rappelons la Nuit de la poésie en 1970, année troublante par excellence pour le Québec, où Michèle Lalonde a récité, fébrile, son fameux Speak White devant un public ébloui et enthousiaste. Encore en 2025, on peut dire que le Centre de créativité du Gesù poursuit sa mission culturelle. Le spectacle de Viviane Audet s’inscrit parfaitement dans cet esprit de partage et d’intimité, tout en évoquant la nostalgie de quitter son lieu d’origine, la mer, forte ou apaisante, et les départs parfois forcés par la vie.
Viviane Audet est passionnée par l’histoire et les contes de sa belle Gaspésie, hérités de sa grand-mère Dolorès. Elle a appris le piano avec Ça fait rire les oiseaux de La Compagnie Créole, chez une dame habitant quelques maisons plus loin dans le village de Maria, nommé en mémoire d’une jeune Anglaise, Maria Howard, qui avait épousé un militaire nommé Sir Guy Carleton.
En plus de ses albums, elle a composé des musiques pour des films tels que La Petite et le Vieux, Dis-moi pourquoi ces choses sont si belles, Camion, Les Rois Mongols, ainsi que pour la télévision et le théâtre. Sans compter que cette musicienne-compositrice est également comédienne et chanteuse, pour notre plus grand plaisir.
Les déambulations de cette jeune artiste, qui se confie sur sa famille et ses êtres chers, révèlent des paroles qui restent et surgissent au fil des déceptions inévitables de son parcours émotionnel. Discrètement, comme de petites touches de couleurs disposées dans nos mémoires, on apprend à mieux connaître Viviane à travers ses mots simples, son ton parfois solennel et surtout sa musique, qui semble provenir d’un autre temps, où des cascades de notes s’écoulent et nous enveloppent.
Viviane Audet est jolie et chaleureuse dès son entrée en scène ; on la sent sensible et pourtant assumée dans ses choix artistiques. Décidément, le néo-classique a la cote en ces années troublées et menacées de toutes parts. Y aurait-il une chance de s’évader et de rêver dans une douceur de sentiments ? L’occasion paraît belle : les applaudissements et les cris de joie jaillissent fièrement d’un public conquis dans la salle du Gesù.
Son spectacle propose des pièces de son plus récent album instrumental, Le piano et le torrent, dans une mise en scène qui mériterait plus de dépouillement. Malheureusement, un spot installé derrière le piano aveugle la moitié des spectateurs, ce qui mérite correction, tout comme le plancher décoré de lumières de Noël, sur un patchwork représentant les rues du village de Maria. Ceci dit, la musique du piano et de la harpe, parfois accompagnée de manière trop appuyée, évoque la rêverie, le souvenir des heures passées dans le cocon de l’enfance ou le désarroi face à la cruauté de Polytechnique dans Les filles Montagnes. Certains peuvent s’endormir, mais Viviane se réjouit de répondre à ce besoin de calme et de repos. Ce style musical correspond pour plusieurs au bien-être et au bonheur.
À suivre : les prochains spectacles solo tout au long de cette tournée, ainsi que les retombées de son autre projet avec le groupe MENTANA pour leur premier album en français, Les Frolics.

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Sarah Lacroix
