Avec son nouvel opus, intitulé Le piano et le torrent, paru le 31 janvier, Viviane Audet nous amène dans son petit village d’origine. Fermons les yeux, et laissons nous guider jusqu’à Maria, ce petit village côtier de la Baie-des-Chaleurs. Voici une entrevue réalisée avec l’autrice-compositrice-interprète lors de son lancement intimiste à la boutique de disques L’oblique dans le Plateau Mont-Royal.
Présente-moi ton nouvel album Le piano et le torrent…
Le piano et le torrent, c’est un récit pianistique qui se décline en 15 pièces inspirées de mon village en Gaspésie, Maria. C’est une façon pour moi de me reconnecter avec ce petit village que j’aime. Je sentais qu’il y avait un éloignement depuis quelques années parce que je n’ai plus de maison là-bas, ma grand-mère est partie et mes parents ont vendu la maison. Pour moi, c’était vraiment un ancrage à ce territoire que j’aime.
Est-ce que ce sont des chansons que tu avais déjà un peu composées là-bas?
Je les ai toutes composées chez moi sur un vieux piano blanc abandonné que j’ai fait livrer chez nous en tracteur par la ville de Richelieu, il y a quatre ans. J’y ai commencé à composer les pièces, une pièce par jour, au mois de mai 2021. Pendant ce mois-là, il est arrivé plein d’affaires; j’ai perdu ma grand-mère et mes parents ont vendu la maison. Bref, on a eu un genre de gros déracinement. Quand j’ai réécouté ces pièces-là avec le recul, j’ai vraiment compris qu’elle parlait plus que je pensais finalement. J’ai décidé de donner des titres qui font directement référence à Maria; le Barlicoco, la Balle au mur, Le goéland, elles s’ancrent vraiment dans Maria.
Qu’est-ce que tu aimais le plus de Maria?
La proximité avec la mer. On pouvait tout faire en bicycle. C’est un village que j’aimais pour les gens de la place aussi. J’ai vraiment un attachement fort. C’est vraiment un village qui est entre mer et montagne. Tu as les montagnes d’un côté, et tu as la mer de l’autre. Tu as comme une vision en 360 degrés, tu es éblouie tout le temps.
Quand tu étais jeune et que tu habitais à Maria, est-ce que tu avais déjà un bon piano?
Mes parents avaient un piano électrique. C’est à 20 ans que mon oncle est revenu de Floride avec un vrai piano dans sa vanne. C’est lui qui m’a acheté mon premier piano, et mon oncle est quadriplégique. Il pouvait quand même conduire sa vanne, c’était fou ! Il a demandé à des chums de le déplacer évidemment et de l’apporter dans mon appartement en ville. Ça a pris toutes ces années-là avant que j’ai mon propre piano. J’étais heureuse avec mon piano électrique à la maison. Ça ne m’empêchait pas de suivre des cours, et de faire des concerts.



Qu’est-ce qui t’a le plus inspiré quand tu as composé ces chansons-là?
C’est vraiment quand je me suis replongée dans ce parcours-là de Maria. Je me suis inspirée des lieux. Tout le chagrin d’être loin et de se sentir extérieur à d’où l’on vient. Il a fallu que je me replonge dans ces émotions-là pour créer cet album.
Est-ce que tu as rencontré certaines difficultés parce que certaines chansons te rendaient trop émotive selon les souvenirs évoqués?
Oui, quelques-unes. Une pièce comme Les galeries, qui est super lumineuse, me fait toujours quelque chose quand je la joue. Ça vient vraiment jouer sur des cordes émotives. Je me gère, mais c’est quand même toujours présent.
Pourquoi avoir décidé de lancer ton album dans un magasin de disques / une shop à vinyles (L’oblique)?
Parce que j’avais envie qu’on l’écoute et je souhaitais faire une petite performance. Je ne voulais pas être dans une salle. J’avais vraiment envie de quelque chose de convivial et d’être avec du monde que j’aime et que je connais. J’avais envie de fêter ça comme on fête l’arrivée d’un enfant. Comme un shower, mais de musique.
Bien que cet album soit instrumental, est-ce que tu as cette envie d’associer des mots, et même de chanter?
Je n’ai pas pu m’empêcher. J’aime trop les mots. Dans le vinyle, il y a le récit pianistique. C’est un texte poétique dans lequel j’ai inclus tous les titres de l’album. C’est vraiment décliné comme une marche; comme si on partait d’un point A pour aller au point Z dans le village. D’ailleurs, je vais justement le lire tantôt durant le lancement. En spectacle, je pense que je ne pourrais pas m’empêcher de parler et de chanter avec les chansons de mes autres albums.



Est-ce qu’un torrent a une signification plus particulière en Gaspésie?
Un torrent, mon chum n’arrête pas de dire que c’est une rivière. Il n’y a pas vraiment de torrent dans la mer, mais je ne suis pas d’accord. Je pense qu’il y a de grosses vagues, et il y avait quand même des rivières d’où je viens. Évidemment, le titre est une métaphore dans le sens d’imaginer nos torrents intérieurs. La pochette qu’on a travaillée avec le voile, on se fait submerger par la vague, par le torrent.
Je retourne dans le passé avec notre entrevue réalisée lors du tapis rouge du Premier Gala de l’ADISQ 2024, est-ce que tu aimes encore ton titre de ton nouvel album?
Je l’aime encore, je ne suis pas tannée. La première chose que j’ai trouvée, c’est le titre. Là, on boucle la boucle. C’est encore un titre que j’aime.



Est-ce que tu as déjà commencé à composer pour la suite?
Non, je suis comme en break de composition. On va se concentrer sur le prochain album de Mentana. Mais en ce moment, je me dépose avec ce projet-là.

Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.

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