Le 21 janvier dernier avait lieu la première de la pièce de théâtre MONSTRES [mɔ̃stʀ], au Théâtre Denise-Pelletier de Montréal. Retour sur une présentation puissante et déstabilisante.
Marie-Andrée Lemieux et Marie-Ève Bélanger ont travaillé plusieurs années sur ce projet avant qu’il puisse enfin voir le jour. Depuis près de cinq ans, les deux comédiennes ont multiplié leurs sources d’informations : intervenants, familles d’accueil, chercheurs… et anciens jeunes placés. C’est d’ailleurs très tôt dans le processus que Jessica Côté-Guimond, fondatrice du Collectif Ex-Placé DPJ, est interpellée.
L’objectif des deux auteures ? Parler d’une réalité qui n’est pas la leur, mais qui est fidèle à ce que les personnes concernées ont vu, entendu, vécu. Pour ce faire, elles avaient besoin de leur aide, de les entendre, de les écouter.
Parmi les membres du Collectif, une dizaine d’anciens jeunes ayant été placés sous la Loi de la protection de la jeunesse (LPJ) maintenant âgés de 18 à 35 ans ont accepté d’embarquer dans cette aventure bien particulière. À l’aide d’exercices artistiques et de rencontres de médiation culturelle, MONSTRES [mɔ̃stʀ] commence à prendre forme.
Ce qui vous est présenté est un mélange de fiction et de réalité. Chaque scène et chaque dialogue est réfléchi.



Nous apparaît d’abord Iris, interprétée par Caroline Bélanger, qui présente au public son premier livre inspiré de sa vie, mais surtout, de sa résilience. Iris est l’un des nombreux enfants – maintenant rendue adulte – qui a reçu les services de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) au cours de son enfance. Au Québec, en moyenne, c’est plus de 130 000 signalements qui sont traités chaque année. Parmi ceux-ci, plus de 40 000 sont retenus pour évaluation.
Entre les témoignages d’Iris et les questions de l’animatrice (Tracy Marcelin), nous nous retrouvons plongés au cœur de la vie de Moineau, une enfant de sept ou huit ans. Personnifiée par l’excellente Laura Côté-Bilodeau, Moineau vit avec ses parents et son petit oiseau de compagnie. Son père, complètement saoul, ne s’occupe pas d’elle. Sa mère, peu présente pour elle ou très présente pour ses clients dans la chambre d’à côté, fait de son mieux.
La famille.
Puis vient Josée. Ou plutôt, « les » Josées.
Josée, c’est l’image de l’intervenant.e type de la DPJ. C’est le travailleur social/la travailleuse sociale qui veille à appliquer les mesures de protection afin d’assurer que le développement et/ou la sécurité d’un enfant ne soient pas compromis et s’il y a compromission, de soutenir le parent afin qu’il puisse arriver à y mettre fin.
À quoi ça ressemble, une Josée ?
Les membres du Collectif qui ont participé au projet s’en sont fait une image plutôt claire. Une Josée, ça s’habille d’une certaine façon, ça parle d’une certaine façon et ça suit le protocole. Le protocole.
Caricaturée, cette image de l’intervenant.e social.e est utilisé tout au long de la pièce, alors que le passage de Moineau au sein des services de la DPJ ne s’arrête pas là.
Premier placement dans une famille d’accueil qui lui paraît complètement bizarroïde, suivi d’un second placement dans une nouvelle famille d’accueil trop parfaite après avoir eu un mauvais comportement dans la première.
Puis, sabotage.
La réalité, pour ces enfants, c’est qu’ils ne connaissent que ce qu’ils ont vécu avant d’être retirés d’un milieu qui ne répond pas adéquatement à leurs besoins. Tout au long de leur courte vie, ils ont grandi dans un certain environnement; apprirent certaines règles (ou pas); entendu certaines choses (des belles et des moins belles), mais surtout, ils ont beaucoup, beaucoup de vécu et il est impossible de se mettre à leur place. Leur réalité n’est pas celle des autres. Leur normalité n’est pas celle des autres. Et ça, c’est confrontant.



L’amour, ça peut être difficile à apprécier quand on n’en a connu qu’une seule version.
Pour Moineau, la suite de l’histoire, c’est son hébergement en centre de réadaptation. Une unité de vie avec d’autres jeunes au lourd bagage. Elle connaîtra éventuellement l’opposition, la colère, la fuite. La fugue. La rue. L’abus. L’âge adulte. La vie.
Toutes les histoires d’enfants ayant reçu des services de la DPJ ne sont pas les mêmes. Certaines sont difficiles à entendre, d’autres sont plus douces.
L’histoire de Moineau et de sa famille est inspirée de ce qu’ont vu, entendu, vécu Jessica, Kevin, Emma, Yami, Annie et bien d’autres.
Il s’agit d’une fiction sombre teintée de poésie qui ébranle, provoque, fait mal. MONSTRES [mɔ̃stʀ] suscite de nombreuses réflexions sur les besoins des enfants de notre société et sur les maux de tous ceux qui en font partie. Bien que percutante, elle se veut nécessaire à une prise de conscience collective.



La pièce est présentée à la salle Fred-Barry du théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 8 février 2025. Des billets sont encore disponibles. N’hésitez pas à témoigner de votre expérience sur leurs réseaux sociaux :
Facebook du Théâtre : https://www.facebook.com/share/p/15a6MeMZ7p/
Bande-annonce de la pièce : https://www.youtube.com/watch?v=lxrrmdRInek
Facebook du Collectif Ex-Placé DPJ : https://www.facebook.com/CollectifExPlaceDPJ

Catherine Lévesque | Journaliste
La première question que te posera Catherine en te rencontrant, c’est certainement à propos de musique. Grande passionnée de musique en tout genre, dès son plus jeune âge, celle-ci comprend que c’est à ses yeux, le plus merveilleux des moyens de communiquer. À travers ses mots et en parallèle à sa carrière en intervention sociale, Catherine profite de chaque opportunité pour offrir une belle vitrine à ses artistes préférés et à ses plus récentes découvertes. Tu risques fortement de la croiser dans un concert ici – ou ailleurs sur la planète.

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Maxim Paré Fortin
