Assis dans une chaise de barbier sur la scène du Théâtre de Quat’Sous, Eric Vega réfléchit à voix haute : est-ce que c’est ici que son histoire commence ? Du 21 janvier au 6 février 2026, Vega, accompagné de trois danseurs de grand calibre (Léa Noblet Di Ziranaldi, José Flores et Kevin Jr. Maddripp), plonge les spectateurs dans son parcours à la fois chaotique et lumineux avec PAS FOUT’ MIND.
Un univers où authenticité et absurdité se côtoient harmonieusement
Immigrant de deuxième génération ayant grandi à Saint-Léonard, Vega retrace son enfance dans le hood, son adolescence dans l’armée canadienne et ses premiers pas dans le monde du théâtre en tant que jeune adulte.
La pièce s’ouvre donc sur Vega qui se fait faire la tchass (la ligne de cheveux) par son barbier. Il s’agit d’un lieu significatif, parce que, comme il l’explique, c’est chez le barbier que les gens du hood se retrouvent lorsqu’ils ont des questions et veulent parler. Tout au long de son monologue, le comédien reste fidèle au langage qui l’a forgé, et il invite le public à le découvrir lui aussi. Il utilise une foule d’expressions qu’il définit au fur et à mesure, ce qui rend son œuvre d’autant plus proche de sa réalité.
Vega n’édulcore pas non plus la réalité violente d’une enfance dans le hood. S’il parle des interventions de la DPJ chez lui ou de son passé de dealer de drogues en début d’adolescence, son humour contraste avec la dureté de ses propos et forme un ensemble agréablement absurde. Les danseurs prêtent leurs corps à une multitude de personnages qui aident Vega à rester dans le registre de la joie. Les costumes déjantés se succèdent rapidement et avec brio. L’apparition d’un danseur déguisé en immense ours polaire gonflable, dans une scène tragique qui se déroule dans le Grand Nord alors qu’il y est en mission pour l’armée, fonctionne particulièrement bien pour faire rire le public. Les numéros de danse sont impressionnants, et les encouragements mettent de l’ambiance dans la salle.



Le théâtre comme porte de sortie
Vega avait promis à sa mère que si elle le laissait s’enrôler dans l’armée, il effectuerait des études supérieures. Il s’inscrit finalement en théâtre à l’UQAM. Vega illustre adroitement qu’il s’agit d’une période empreinte de douceur, mais le spectateur a moins accès à l’entourage qui colore cette partie de sa vie (peut-être parce qu’elle est beaucoup plus récente, Vega ayant gradué en 2021). Le public ressent tout de même le soulagement qui accompagne le changement de carrière de l’acteur et se demande où la suite le mènera.
La pièce Pas Fout’Mind est singulière, de par sa façon d’aborder les enjeux qui touchent de nombreuses personnes immigrantes avec légèreté, sans toutefois banaliser la violence qui traverse souvent le parcours migratoire. Il s’agit d’une œuvre importante, qui met de l’avant un vécu très peu représenté historiquement et dans le théâtre contemporain.




Gabrielle Johnson | Journaliste
Depuis toute petite, Gabrielle sait qu’elle souhaite écrire. Elle s’intéresse particulièrement à la critique de pièces de théâtre, un médium qui fait fortement résonner sa sensibilité artistique. Sa passion pour les mots et son intérêt marqué pour les arts de la scène nourrissent une écriture attentive aux voix et aux enjeux humains portés par le théâtre.

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Frédérique Ménard-Aubin
