Chaque année, un groupe de jeunes musiciens obtient son diplôme de l’École nationale de la chanson de Granby. Ces musiciens ont autant de curiosité que d’appétit pour se lancer sur la scène musicale et, pendant les dix mois d’études, ils se familiarisent avec les processus de création en studio et sur scène.
Pour souligner la fin de leur parcours, les 13 finissants de 2026 présenteront leurs chansons lors d’une série de spectacles: le 10 juin à la Maison de la culture de Waterloo, le 11 juin au Théâtre Petit Champlain à Québec et le 13 juin aux Francos de Montréal.
Maïly Hudon fera partie de ces spectacles. Originaire de Lévis, elle a obtenu un diplôme en interprétation pop et jazz avant d’affiner sa vision artistique à l’École nationale de la chanson. On a rencontré l’autrice-compositrice-interprète à Québec pour en savoir plus sur son année à l’école et sur l’évolution de son approche de la musique.
Une entrevue avec Maïly Hudon
Pourrais-tu nous présenter et parler de ton parcours musical à date?
J’ai commencé quand même jeune, en jouant du piano quand j’avais 3 ans. De fil en aiguille, j’ai participé à des concours de chant et à plein d’activités musicales, avant de me lancer plus sérieusement au secondaire. Je voulais aussi étudier en médecine et je poursuivais les deux au cégep. Finalement, j’ai choisi la musique et je me suis inscrite à l’École nationale de la chanson! Maintenant, je suis une finissante.
Pourquoi as-tu décidé d’y étudier? Est-ce que ça a toujours été ton but?
En fait, il y a un fil conducteur qui explique pourquoi je suis rendue à l’École nationale de la chanson. Tout est parti d’une session studio quand j’avais environ 10 ans. Lors de cette séance, il y avait quelqu’un qui m’aidait dans mon projet. Il m’a dit: « ce qui te manque, ce sont les cours de chant Estill ». Je ne savais pas ce qu’était le chant Estill, mais c’est une approche basée sur la structure anatomique de la voix. Ça me correspondait bien parce que le petit côté scientifique en moi voulait comprendre comment tout ça fonctionnait à l’intérieur!
C’est dans ce cours que j’ai rencontré Laura Godin, une enseignante de chant à Québec. C’est aussi elle qui m’a permis d’avoir toutes les notions dont j’avais besoin pour entrer au Campus Notre-Dame-de-Foy. Là-bas, j’ai également travaillé avec Karine Lévesque, une autre enseignante. Avec elles, j’ai découvert qu’il était possible de faire carrière dans ce milieu. Si je n’avais pas participé à cette petite séance en studio quand j’étais jeune, je ne pense pas que je serais rendue à l’École nationale de la chanson, parce que je n’aurais pas rencontré ces personnes-là.
Est-ce que c’était difficile d’entrer à l’école?
C’est quand même une école renommée, c’est sûr. Depuis le secondaire 2, c’était mon but d’y étudier. Mon chemin avait déjà été décidé dans ma tête. J’avais vraiment peur de recevoir un refus. Le processus, c’est deux compositions qu’on devait envoyer accompagnées des textes et une vidéo d’une performance. Ensuite, on a une journée pour créer des liens et découvrir le côté humain. Finalement, le niveau de difficulté pour y entrer était vraiment moins pire que ce à quoi je m’attendais. C’est une belle porte d’entrée dans le milieu.
À quoi ressemble la structure des cours? Y a-t-il des choses qui t’ont surprise?
Au début, je pensais qu’il y aurait beaucoup de théorie, mais finalement, l’approche est très individuelle. Ils ne veulent pas nous conformer ni nous mettre dans une boîte; ils veulent plutôt nous aider à nous développer artistiquement. C’est l’fun d’être poussée dans la direction où l’on veut aller.
En ce qui concerne les cours, on a des cours de composition et d’écriture de paroles; on touche un peu à tout. C’est sûr qu’il y a certains cours qui me semblent plus utiles que d’autres. Par exemple, j’ai fait mon DEC en musique, donc j’avais déjà une base en théorie musicale, alors qu’on peut être accepté à l’école sans avoir suivi de cours de musique auparavant.

Est-ce que tu collabores beaucoup avec les autres élèves?
De plus en plus. Je pense qu’au début, on était tous gênés par nos projets, mais avec le temps, on apprend à avoir confiance en nous. Ça nous pousse à aller vers les autres. En ce moment, on est 13 et on a tous un style très différent ainsi que notre propre univers. Actuellement, on prépare des vitrines — des spectacles d’environ 15 minutes — et, quand j’accompagne quelqu’un, je me fie à son univers pour mettre l’artiste en valeur.
Est-ce que ta mentalité et ta vision de la musique ont changé au cours de cette année? J’imagine que oui!
Pour vrai, oui. Je dirais qu’avant d’entrer à l’école, je pensais faire de la musique seulement en anglais et juste utiliser l’école pour acquérir des connaissances théoriques et utiles. Finalement, j’ai développé une passion pour la musique francophone. C’est maintenant quelque chose de très important pour moi et ça a changé ma perspective artistique. Partir un projet anglophone ou francophone est quand même différent, surtout parce que la scène anglophone est plus vaste. J’ai vraiment découvert une passion pour notre milieu culturel francophone. Je trouve intéressant d’avoir développé ce sentiment d’appartenance qui s’est développé cette année.
Est-ce que tu vas continuer à écrire en français?
Oui, il n’y aura plus d’anglais! On ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve, mais ce n’est pas dans mes plans.
À quoi ressemble ton approche de la musique? Es-tu quelqu’un qui se concentre davantage sur les instruments et les ambiances ou mets-tu plus d’accent sur les paroles?
Je dirais que mon principal défi, c’est d’écrire les paroles. D’habitude, c’est ce qui me prend le plus de temps. J’aime beaucoup quand c’est mélodieux et que ça sonne bien. Donc, parfois, je peux passer beaucoup de temps sur une phrase parce que je trouve qu’elle ne sonne pas bien. Par contre, la musique me vient plus facilement. J’ai une formation en piano depuis longtemps, ce qui fait que j’ai souvent une mélodie en tête. Ensuite, il faut combiner les deux.
Le 11 juin, tu feras partie du spectacle au Théâtre Petit Champlain à Québec et le 13 à Montréal.
Oui! Le 10 juin, on commence à la Maison de la culture de Waterloo. On y était déjà en mars pour un spectacle durant lequel on a présenté une composition et une reprise. J’ai interprété Ce soir l’amour est dans tes yeux de Martine St-Clair. Je trouve que c’est une chanson dont je serais très fière si je l’avais écrite! Elle me représente quand même bien. On a fait ce spectacle le 12 mars et, maintenant, on se prépare pour la tournée des finissants. On interprète chacun notre composition, qu’on a préparé pour la fin de l’année. On aura aussi une chanson groupe écrite tous ensemble. Aux Francos de Montréal, par contre, on doit retirer quelques chansons parce qu’on aura moins de temps sur scène. On interprétera tous notre propre composition.

Crédit photo: Frédéric Lebeuf
Pourrais-tu parler un peu des chansons que tu vas présenter? Peut-être les histoires derrière ces chansons ou de ce qu’elles représentent pour toi.
En mars, j’ai présenté une chanson qui s’appelle Silence. J’aime explorer mes émotions sous différents angles. Cette chanson parle d’une ancienne amie qui était pour moi comme une sœur, mais que j’ai perdue l’an dernier à la suite d’un malentendu. Je trouve ça triste que des liens aussi forts puissent finalement être si fragiles. Ce sont des liens qu’on pense éternels, mais au final, on se rend compte qu’ils tiennent parfois à un fil et qu’ils peuvent disparaître rapidement. À ce moment-là, c’est certain que ça m’a déstabilisée. Cette chanson montre un peu cet aspect-là: parfois, nos relations sont fragiles et il faut faire attention.
La chanson que je vais présenter le 11 juin à Québec est une nouveauté en ce qui concerne l’écriture. C’est la première chanson dans laquelle je ne parle qu’à la première personne. Ça parle de renouveau et du fait d’avoir peur de foncer. Je voulais aborder ce thème-là pour ma tournée de finissants parce que j’étais tout le temps à l’école, je n’ai jamais eu de pause. Cet aspect de me faire confiance et de croire suffisamment en mes projets peut être effrayant. Cette chanson s’appelle Printemps et elle parle vraiment de la peur de foncer, mais aussi du désir d’y aller.
Y a-t-il des choses que tu as apprises grâce aux autres finissants? Par exemple, est-ce que leurs approches de la musique t’ont fait réfléchir ou t’ont inspirée?
Vraiment. C’est un petit programme dans lequel l’humain passe avant tout. Je pense qu’on s’est vus sous tous nos angles et tous nos états. Je pense que c’est dans cette vulnérabilité-là qu’on crée quelque chose de vraiment fort. Ça m’a apporté beaucoup de confiance en ce que je fais. Avoir le point de vue d’une autre personne qui partage la même réalité de l’industrie artistique, c’est encourageant. C’est spécial d’avoir développé ces relations-là, que ce soit pour aller prendre un café afin d’écrire des paroles ensemble ou pour travailler tard le soir dans le studio.


Quels sont tes plans après l’école? As-tu déjà des projets prévus pour le reste de l’année?
Oui! Au début, ça va être le retour à Québec, donc il y aura une période d’adaptation. Ensuite, je veux explorer tous les outils que j’ai acquis ces dernières années et travailler fort. J’ai une accumulation des chansons que j’ai faites à l’école, donc j’aimerais sortir un EP.
En ce moment, j’ai une chanson qui sortira bientôt et j’ai tourné une vidéoclip il y a pas si longtemps. Elle s’appelle Embrasse-moi. Vu que ce sera ma première chanson, je pense qu’elle marquera le début de quelque chose, même si elle a été écrite avant l’école. Elle représente la jeune fille en moi qui voulait faire de la musique et, en fait, c’est la chanson qui m’a permis d’entrer à l’École nationale de la chanson. Je trouve que c’est une belle boucle de commencer avec cette chanson-là.
Ahh, j’imagine que c’est beau de voir l’évolution aussi.
Exact, c’est ça. C’est une chanson qui m’est très chère parce que je ne serais pas à l’école et je ne serais pas où je suis aujourd’hui si ce n’était pas grâce à cette chanson. C’est donc trop précieux pour ne pas la partager.
Finalement, comment décrirais-tu ta musique, en utilisant une comparaison ou une phrase?
Je suis quelqu’un qui ne veut pas être différente sur scène de ce que je suis dans la vraie vie, et le côté émotif de ma musique sera toujours important. Quand je pense au projet que je veux faire, dans ma tête c’est élégant et majestueux. En somme, ma musique permet de vivre un voyage en douceur et en simplicité. Elle permet de vivre un moment authentique, tout en passant un bon moment.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

Photos : Courtoisie
Crédit photos: Olivier Savoie Campeau & Guillaume Morin (Le Folktographe)

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
