Présentée au Théâtre Duceppe, la pièce de théâtre à suspense Boîte noire a fait ses débuts montréalais le 21 janvier,marquant une première qui annonce d’emblée ses intentions. Cette œuvre percutante de Catherine-Anne Toupin plonge le public dans un espace de réflexion inconfortable, où les certitudes se fissurent et où les réponses ne sont jamais simples.
SYNOPSIS
« Boîte noire nous transporte autour de 2050. Éliza (Toupin) a développé à Silicon Valley une technologie révolutionnaire qui permet de reprogrammer le cerveau et de libérer les humains de leurs conditionnements : la Boîte. Une machine « intelligente » entraînée par les habitants d’un camp de réfugiés nord-américain. On voit trois d’entre eux (Victor Andres Trelles Turgeon, Aimé Shukuru et Madeleine Sarr) passer leurs journées à traiter des données — des images souvent éprouvantes à regarder — tout en rêvant d’une vie meilleure.
Tandis qu’Éliza (Catherine-Anne Toupin) obsédée par son passé, la disparition de sa sœur cadette dont elle se sent responsable, va se perdre dans son propre traumatisme et dériver de ses bonnes intentions initiales… Quitte à se mettre à dos son frère chéri et associé (Vincent-Guillaume Otis). »
Un espace sobre, mais chargé de sens
Dès le départ, l’ambiance est claire : on entre dans un espace tendu, presque froid, où le décor joue un rôle central sans jamais prendre le dessus. Le plateau est volontairement épuré, structuré autour de surfaces rigides, de lignes nettes et d’un aménagement qui évoque à la fois un lieu de travail, une salle d’interrogatoire ou un espace institutionnel. Rien n’est laissé au hasard. Les matériaux, les couleurs neutres et la disposition des éléments créent un cadre fermé, presque étouffant, qui accentue la pression sur les personnages. Ce décor, à la fois simple et chargé de sens, agit comme un révélateur : il met les personnages à nu et amplifie ce qui se joue entre eux, souvent plus dans les non-dits que dans les mots.



Un texte précis, sans réponses faciles
Le texte avance par échanges serrés, parfois confrontant. On sent une écriture précise, qui évite les grands discours explicatifs. Les dialogues sont francs, parfois abrupts, mais toujours porteurs de sens. La pièce ne cherche pas à donner des réponses toutes faites. Elle expose des situations complexes, des choix difficiles, et laisse le public juger — ou douter.
Boîte noire est une œuvre qui ne prend pas le public par la main. Elle pose des questions, ouvre des angles morts et laisse chacun faire son propre bout de chemin. Ce n’est pas un spectacle confortable — et c’est justement ce qui fait sa force.
Des interprétations tout en retenue
Les comédiens livrent des performances solides et nuancées. Rien n’est surjoué. Au contraire, ce sont souvent les silences, les regards ou les hésitations qui frappent le plus. Une tension constante s’installe, comme si quelque chose pouvait éclater à tout moment, sans jamais tomber dans l’excès dramatique.



Une pièce qui reste en tête
La mise en scène est efficace, bien rythmée et garde l’attention du début à la fin. Les éclairages et le travail sonore appuient les moments clés sans voler la vedette au jeu. Tout est au service de l’histoire, sans effets inutiles.
Boîte noire est une œuvre qui continue de travailler le spectateur après la sortie de la salle. Elle ne cherche pas à plaire à tout prix, mais à faire réfléchir — sur nos responsabilités, sur la vérité, sur ce qu’on choisit de voir… ou d’ignorer. Un théâtre actuel, intelligent, qui assume pleinement de bousculer un peu.
La pièce Boîte noire est présentée jusqu’au 22 février 2026. Billets : https://duceppe.com/boite-noire/
- Texte : Catherine-Anne Toupin
- Mise en scène : Justin Laramée
- Assistance à la mise en scène : Marie-Hélène Dufort
- Scénographie : Odile Gamache
- Musique : Alex McMahon
- Costumes : Cynthia St-Gelais
- Interprétation : Lamia Benhacine, Frédéric Blanchette, Émilie Gilbert, Nina Laramée (en alternance avec Madeleine Traversy), Vincent-Guillaume Otis, Madeleine Sarr, Aimé Shukuru, Catherine-Anne Toupin, Victor Andres Trelles Turgeon.
- Production / Diffusion :Duceppe
- Sources : Théâtre Duceppe

Josée Laberge | Journaliste
Passionnée de musique depuis son jeune âge et ayant une formation de pianiste, Josée a des goûts musicaux très éclectiques. Dévorant la culture sous toutes ses formes, elle adore assister à des spectacles ou événements de tous genres, afin de partager sa passion pour la richesse de la culture québécoise et de ses nombreux artistes talentueux.

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Danny Taillon
