La pièce de théâtre Orgueil et préjugés est présentée au Théâtre Denise-Pelletier jusqu’au 11 avril 2025. Voici la critique de notre journaliste Michel Jolicoeur.
Depuis sa création en 1964, la Nouvelle Compagnie Théâtrale (NCT) aujourd’hui hébergée dans l’immense Cinéma Granada devenue le Théâtre Denise-Pelletier présente des œuvres classiques ou des créations plus contemporaines à un jeune public enthousiaste et porteur pour l’avenir. Cette pièce aura à mon avis un succès mérité et sera à voir absolument.
La traduction et l’adaptation du texte original de Jane Austen par Rébecca Déraspe sont un enchantement. Elle parvient à rendre avec justesse l’esprit et les mots de l’auteure du 19e siècle avec une fraîcheur et une modernité, car l’orgueil et les préjugés sont toujours bien présents dans nos sociétés actuelles. Au lieu des situations aristocratiques de privilèges et des fortunes héritées, de nos jours le « bon parti » à épouser sera jugé pour sa profession/diplômes ou son mix revenus/actifs financiers. Bref, pour une intelligentsia affairiste, l’amour semble encore raisonner avec sécurité…



La famille Bennet sans fortune a plusieurs filles à marier. La seule option viable pour ces jeunes filles est de trouver un mari riche pour assurer leur avenir. Évidemment, les bals donnés par les grands propriétaires de la région sont une occasion de rencontrer les jeunes gens « de qualité » éventuellement sensibles aux charmes des jeunes filles. Par contre, la deuxième fille Elisabeth (Lizzy), jolie, mais farouche, ne juge pas que la fortune est en soi un attrait. Elle a un fort caractère et ne semble pas sensible aux paroles vaniteuses condescendantes du jeune et riche Darcy. Les deux ont pourtant une forte attirance ! L’électricité passe!
Les premières scènes de la pièce nous transportent dans une salle de bal au décor somptueux où la musique, décidément moderne (Bravo GUSTAFSON), les fait danser en groupes coordonnés sur une chorégraphie sublime. On dirait que les arts vivants bougent pour nous ensorceler. Et HOP, la musique et le mouvement des personnages initient l’intrigue et bravo à Frédéric Bélanger pour ce choix de mise en scène dynamique.
Pour colorer des situations ou renforcer certains traits de personnage loufoque, Déraspe a juxtaposé au fil d’une langue soignée et parfaitement maîtrisée par les comédiens, des mots anglais ou québécois qui ajoutent du piquant aux dialogues, entre autres l’inimitable Maxime Isabelle en cousin Collins. On reste calme, car la situation y gagne en intensité comique et en actualité. Il est certain que quand le texte est bon et le propos bien ficelé, les acteurs sont inspirés pour incarner leur personnage et donner le sens du VRAI au public et c’est bien le cas ici!



Sandrine Bisson, mère des filles à marier, donne, comme toujours, de l’éclat à son personnage. C’est sa voix, son timbre, sa présence et son énergie qui nous transportent, car on la croit sur parole quand elle est inquiète que la propriété ne revienne pas à ses filles au décès du père. Ce cher papa aimant, Claude Poissant, pas prêt de mourir et, même s’il adore ses filles, est de ce fait résigné, mais l’époque veut que les héritages soient légués exclusivement aux mâles! La suite est heureusement moins dramatique, car les personnages vont finir par découvrir leurs véritables sentiments. On les suit à chaque phrase du dialogue intelligent.
Orgueil et préjugés; roman d’abord titré Premières Impressions publié en 1811, puis deux adaptations au cinéma et une série télé, la pièce reprise ici avec brio donne quelque chose de touchant et admirable. Bravo à tous les artistes et artisans, auteurs, comédiens, metteur en scène, concepteur scénique, musicien, artisans, décorateurs et éclairages ! Le public a adoré et en redemandera … Jusqu’au 11 avril, faites vite!

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Victor Diaz Lamich
