Sylvie Walker est une autrice-compositrice-interprète de la Saskatchewan qui a sorti son premier EP, intitulé Mon doux seigneur, le 21 février. Composé de cinq chansons, ce mini-album explore sa relation avec la religion, notamment le catholicisme qui a été très présent dans sa culture, ainsi que son questionnement identitaire.
Le son est léger. Cimetière est une chanson ensoleillée et douce, malgré le fait qu’elle parle d’être intime avec le diable et coincée entre ce qui est considéré comme moralement bon et mauvais. Dormir avec le diable, avec ses tons sensuels, parle également d’intimité et les perceptions qui viennent avec: « J’étais fragile, l’art d’être fragile / Comme les figurines sur l’étagère chez ma grand-mère / J’avais la peau en porcelaine, mes yeux de verre remplis de poussière / Dans le noir, j’étais seule avec le diable », chante-t-elle poétiquement avant le refrain. Pas trop catholique évoque une berceuse country, mais les paroles sont remplies de réflexions teintées de souvenirs idéalistes, comme si on vivait dans un mélange de réalité et de fiction, de pureté et de mal. Eveline partage cette ambiance rêveuse, tandis qu’Elphinstone, comme Dormir avec le diable, a un côté rétro et sensuel comme si elle incarnait une femme confiante dans sa peau.
En 2023, Sylvie Walker a co-réalisé et animé un podcast qui s’appelle déCLIC, une exploration de ce que veut dire d’être « fransaskoise ». Chaque épisode parle d’un sujet différent, comme l’éducation, le patrimoine, et la langue. Accompagnés d’entrevues, les épisodes mettent davantage l’accent sur cette communauté franco-canadienne.
On a parlé avec Sylvie Walker via Zoom pour en savoir plus sur Mon doux seigneur et le rôle de la langue française dans sa vie.
Pourrais-tu nous parler d’où tu viens en Saskatchewan et de la présence de la langue française là-bas?
Je suis originaire de Peace River, en Alberta, mais j’ai grandi à Regina, en Saskatchewan. Maintenant, je suis à Saskatoon. Ces deux villes sont comme le centre de la province avec les plus grandes communautés fransaskoises. Je n’ai pas vraiment de difficulté à accéder à la langue parce que je travaille en français, je fais de la musique en français et mon groupe d’amis est pas mal francophone. Je pense que vivre dans les grands centres facilite l’accès à la langue, même si la culture reste minoritaire.
Quand tu étais jeune, est-ce que tu allais dans une école francophone?
Oui, à Peace River on était 14 élèves. Ensuite, je suis arrivée à Regina, quand j’étais en 4e année, et cette école avait environ 300 élèves. My mind was blown.
Quelle était ta relation avec la langue quand tu étais jeune et est-ce qu’elle a changé au fil des années?
Quand j’étais petite, je n’ai pas appris l’anglais avant de commencer l’école, donc le français était tout ce que je connaissais. Au secondaire, ce n’était pas cool de parler le français. Tout le monde pensait qu’on était weird parce qu’on était des frenchies. Ensuite, j’ai commencé mes études à l’université et j’ai réalisé à quel point la langue française faisait partie de mon identité. J’ai suivi des cours qui expliquaient l’importance de préserver la langue et la culture.
En 2023, tu as lancé un balado, déCLIC, qui parle de l’identité fransaskoise. Quelles étaient les motivations derrière ce podcast et y avait-il des choses qui t’ont marqué pendant la recherche et les entrevues?
Je ne suis pas vraiment une podcasteuse, donc c’était vraiment un processus d’apprentissage as we went along. J’ai beaucoup appris, non seulement sur la production d’un balado, mais aussi sur moi-même, qui je suis et ma culture.
As-tu des plans de faire plus de choses comme ça, pour célébrer la culture fransaskoise, ou est-ce que ta musique est la façon de présenter des recherches et tout ça?
Bonne question. Je pense que ma musique est une autre facette de la culture. C’est moins pédagogique et plus personnel.
Ton EP, Mon doux seigneur, parle beaucoup d’identité et aussi de ton rapport avec la religion. Est-ce qu’il y a eu un moment dans ta vie où tu es devenue plus consciente de qui tu es ou est-ce que le fait d’écrire des chansons t’a fait réfléchir?
C’était un peu lié au balado, ainsi que ma vie personnelle. Ce sont les expériences que j’ai vécues dans ma vingtaine qui m’ont permis d’écrire ces textes-là. J’ai réalisé que la religion catholique a eu un gros impact sur moi et qu’il y a beaucoup de culpabilité à cause de la religion. Ça contribue à qui je suis et c’est toujours dans ma tête. Je réfléchis trop à ce que les autres pensent de moi, mais l’importance c’est est ce que je pense.
As-tu déjà de nouvelles chansons et, si oui, y aura-t-il un thème pour le prochain EP ou album?
Je suis en train d’écrire tranquillement. Je suis très slow, je ne suis jamais pressée dans la vie. Donc, j’écris des petits bouts de textes et des mélodies ici et là, mais ça me prend beaucoup de temps pour écrire une chanson. On va voir! Les thèmes sont très similaires à ceux du EP, mais un peu plus matures parce que je suis dans la trentaine maintenant.


Pourrais-tu parler de ton environnement en Saskatchewan et de comment il a influencé ta musique?
Mes amis et moi, on tease each other. On dit souvent qu’en Saskatchewan, les artistes musicaux parlent beaucoup des plaines, du vent, et toutes ces choses cheesy, mais c’est quand même vrai! On parle des prairies, des champs, et du ciel. Ça fait partie de qui on est. Quand je vais à Montréal, Calgary ou Edmonton, dans les grandes villes, je me rends compte que l’espace me manque. C’est comme un infini océan d’agriculture, mais en même temps c’est tellement beau. C’est pour ça que ça se reflète dans nos textes et dans notre patrimoine.
L’EP est décrit comme « prairie-folk ». J’allais te demander si Saskatchewan avait un style distinct, selon toi, et, si oui, comment tu le décrirais, mais je pense que tu viens de le dire!
On n’est pas très nombreux, les artistes fransaskoises. Les styles sont différents, mais les thèmes se rejoignent. Je trouve que ça fait partie de notre identité collective en tant qu’artiste. C’est lame mais on parle tous des champs et des plaines. Il faut dire ce qui est vrai pour attirer du monde.
Y a-t-il d’autres artistes fransaskois que tu aimes bien ou qui ont inspiré ta musique?
Madeleine Viczko est une grande influence pour moi, pas vraiment dans son style de musique, mais plutôt son parcours. Elle a été la première femme à enregistrer en français en Saskatchewan. Andy Shauf est une autre grande influence. Il n’est pas fransaskois, mais il vient de la Saskatchewan. J’adore le groupe Bleu Jeans Bleu, qui n’est pas fransaskois, mais j’adore la façon dont ils écrivent. Quand j’étais jeune, j’étais plus punky. J’adorais Green Day, Billy Talent et les choses comme ça.
Tu as travaillé avec Mario Lepage, alias Ponteix. Est-ce que vous étiez amis avant l’EP? Comment a-t-il influencé le processus?
Je connais Mario depuis très longtemps. On a travaillé ensemble pendant des années. Au début, je voulais enregistrer les tounes juste parce que j’avais envie. Ensuite, on était comme « peut-être qu’on devrait faire cinq tounes au lieu de trois.» On entend très bien la touche de Mario. Si ce n’était pas de lui, la musique serait uniquement guitare et voix. Donc, Mario a eu une grande influence sur le résultat de Mon doux seigneur, c’est sûr.
Où avez-vous enregistré l’EP?
Un peu partout. Ça a commencé dans le studio garage à Saint-Denis en Saskatchewan. Ensuite, on l’a enregistré à Saskatoon, dans l’appartement de Mario et dans mon appartement. Puis on l’a fini à Montréal.
Finalement, quels sont tes plans et tes espoirs pour l’année?
Le 21 mars, je vais à Whitehorse, au Yukon, pour faire un spectacle qui s’appelle Onde de Choc. Je vais chanter dans un festival à Regina en mai. Je prévois de jouer dans beaucoup de festivals en Saskatchewan, parce que j’aime ça! Ce que je souhaite pour l’année 2025 et 2026 c’est me rendre en Europe pour faire des spectacles.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

