Le 18 avril dernier, Mathilde a lancé un nouvel EP indie-pop-folk, intitulé Brishnish. Et ce n’est pas tout ! Celle qu’on a pu voir récemment dans la première saison de Quel Talent! et à la tête du projet La chansonnière – avec Jeffrey Bernier – a proposé un court-métrage porté par la musique de Brishnish.
Voici une entrevue avec Mathilde Duval-Laplante (de son nom complet) ou l’on aborde divers sujets tels que La chansonnière, Quel Talent!, son nouvel EP, son court-métrage et son spectacle qu’elle prépare en ce moment.
Avec le recul, qu’est-ce que t’a apporté le projet de La chansonnière dans ton projet solo – en lien avec notre dernière entrevue ?
Deux choses : une occasion précieuse de rencontrer mes fans et l’opportunité de prouver que les artistes indépendants ont leur place dans les institutions traditionnelles, au même titre que les autres. Comme chanteuse, j’ai eu le privilège de faire beaucoup de spectacles dans ma vie, mais comme auteure-compositrice-interprète, je n’ai pas eu beaucoup de possibilités de jouer mon propre répertoire devant public. Ces occasions se font rares, donc spéciales. Je me souviens avec bonheur de la qualité d’écoute exceptionnelle du public, et de toutes les rencontres que j’y ai faites, notamment celles de fans avec lesquels je communiquais virtuellement depuis des mois. C’était très émotif et marquant pour tout le monde.
Par ailleurs, en tant que productrice de cette boîte à chansons, je souhaitais créer une expérience où la chanson serait mise à l’honneur, et surtout ses artisans. Ce fut mission accomplie. J’éprouve toujours une grande fierté d’avoir produit trois shows sold out dans l’institution reconnue qu’est l’Espace Saint-Denis, en partant de rien, après qu’on se soit fait dire et répéter que les billets ne se vendraient probablement pas, comme aucun artiste n’était « connu ». Et pourtant nous avons réussi! Il fallait juste oser et adapter l’angle promotionnel, ce que nous avons fait. L’impact et l’importance de ce projet allaient bien au-delà du profit. Jeffrey (le co-fondateur) et moi en parlons souvent. Ce fut trop magique pour qu’on ne reprenne pas le projet un jour. Nous voudrions faire évoluer la formule, mais on se laisse le temps.
Que retiens-tu de ton passage à Quel Talent!
La visibilité offerte par la télé est attirante, mais elle doit s’inscrire dans un parcours qui respecte mes valeurs. Il y a quelques années, j’avais été approchée par une autre production télévisuelle, mais je n’étais pas prête à faire les compromis artistiques qu’elle me demandait. Je me méfie des trajectoires fulgurantes qui donnent l’illusion que le succès est instantané, alors qu’un vrai travail de fond est souvent invisibilisé. Dans Quel Talent!, d’ailleurs, mon numéro a été coupé de presque moitié, un rappel que la télé répond avant tout à une logique de divertissement. J’ai tout de même accepté ce défi, justement parce que je pouvais choisir mon répertoire – chose rare dans les téléréalités musicales. Je ris quand je revois le numéro que j’ai créé de toutes pièces spécialement pour l’émission : le moins qu’on puisse dire, c’est que c’était audacieux! Je me revois encore, trois semaines avant l’enregistrement, ne sachant même pas comment fonctionnait une loop station. J’ai travaillé intensément pour créer un numéro solide. Les juges m’ont dit oui, mais je n’ai pas été rappelée – décision de la production. Le court extrait publié sur les réseaux sociaux est pourtant devenu viral, frôlant le million de vues. Je retiens que je suis capable de beaucoup quand je suis motivée… et que j’ai vraiment le goût du show bien fait !


Présente-moi ton nouvel EP, intitulé Brishnish (thématiques, sonorités).
Brishnish est une plongée honnête dans les relations humaines, les absences, le temps qui file, les amours qu’on quitte, les lieux qu’on laisse. C’est une œuvre qui ne cherche pas à plaire à tout prix, mais à toucher juste, car mon expérience personnelle du bonheur est une quête aride, aussi je me suis intéressée à ce qui pouvait l’entraver. Dans ma vie, les différents deuils que j’ai dû faire ont pesé lourd sur le chemin. Cet album m’a permis de me délester de leurs poids. Je voulais un son à la fois ample et intime, théâtral sans être surjoué, à l’image de ma personnalité hypersensible. J’y mêle des orchestrations de cordes que j’ai moi-même composées, des pianos feutrés, des élans disco comme des élans de cœur. C’est un disque inspiré des grandes productions françaises des années 70-80, avec cette envie de raconter grand, de ressentir fort. Ma voix s’y promène librement, parfois puissante, parfois fragile, comme la vie. On m’entend chanter avec une nouvelle technique que j’ai apprise récemment : le belting. Chanter à partir des tripes, avec cette énergie brute, me permettait d’être plus alignée avec mes textes et les sonorités du projet. Ça m’a donné une liberté nouvelle, une façon plus incarnée de dire les choses, que je cherchais depuis longtemps. En studio, j’ai eu la chance d’être entourée d’une équipe incroyable, avec André Lavergne à la réalisation et les musiciens fabuleux que sont PE Beaudoin, Vincent Lavergne, Ian Simpson et Samuel Pronovost. Ensemble, on a voulu créer une pop élégante, sensible, qui vibre pour de vrai. Brishnish, pour moi, c’est un tournant. Un disque qui assume tout, même les failles. Parce que oui, la vie fait mal parfois, mais elle en vaut toujours la peine.
Comme tu as performé dans plusieurs styles musicaux avec les années, comment s’est passée la recherche de ton identité musicale en route vers ton EP ?
Je suis une enfant-artiste. Je n’ai pas grandi sous les projecteurs, mais très jeune, mon identité s’est confondue avec les rôles qu’on me confiait. Longtemps, je me suis définie par ma voix, tout en refoulant ma propre voie. À force de me plier aux attentes, j’ai fini par me perdre, et par me blesser. J’en parle en profondeur dans mon podcast La bonne élève. L’écriture m’a aidée à reprendre possession de qui je suis. Comme je le disais, Brishnish marque un tournant : cela fait dix ans que j’écris, et à chaque projet, j’ai enlevé une couche. Avec celui-ci, il ne restait plus de murailles, plus de volonté de prouver quoi que ce soit. Juste l’envie sincère de dire ce que j’avais à dire, sans me censurer. J’ai arrêté de chasser. Je me suis posée. Et j’ai enfin pu créer en vérité.
Qu’est-ce que signifie le mot Brishnish à tes yeux ?
C’est un mot que j’ai inventé pour nommer une forme de bonheur qui me ressemble. Ce n’est pas un bonheur de carte postale, ni quelque chose de parfait ou d’immédiat. C’est un bonheur qui demande du courage. Un bonheur rugueux, authentique, qu’on construit lentement, à contre-courant d’un monde qui veut qu’on soit lisse, rapide, toujours au top. Pour moi, Brishnish, c’est l’idée qu’on peut exister autrement, faire de la place à sa voix, même quand elle dérange ou qu’elle ne rentre pas dans les cases. C’est accepter qu’on puisse être brisé et lumineux en même temps. C’est tout sauf simple, mais c’est vrai.


Comment est venue l’idée d’en faire un court-métrage ?
Ça fait partie intégrante de ma démarche artistique. Pour moi, le processus suit toujours trois étapes : d’abord la musique, ensuite une proposition visuelle forte — souvent cinématographique — puis la scène. Le clip me permet d’amplifier le storytelling, de faire voyager les chansons autrement, surtout dans les périodes où je ne suis pas encore en tournée. C’est aussi une stratégie de communication consciente : dans le contexte actuel, où il faut capter l’attention en ligne constamment, je voulais que Brishnish vive longtemps, qu’il ait du souffle. Avoir un objet comme un court-métrage permet de nourrir l’univers pendant plusieurs mois sans avoir à tout recommencer à zéro chaque semaine. Et puis, je suis aussi comédienne. J’ai un peu moins investi cette facette dans les dernières années, mais j’ai eu la chance de faire quelques apparitions à l’écran, notamment dans Triptyque de Robert Lepage. J’ai étudié un an en cinéma avant de revenir à la musique, mais mon amour du 7e art est resté très vivant. J’ai de grands rêves dans ce domaine. Alors avec Brishnish, j’ai voulu tout rassembler : mon écriture, ma voix, mon jeu, ma vision. En faire un projet global, une œuvre complète. C’est d’ailleurs ma première expérience comme réalisatrice, et je dois avouer que ça m’a donné la piqûre. J’ai beaucoup aimé diriger le plateau. J’étais rendue là, et le projet si personnel qu’est Brishnish n’aurait jamais pu mieux être servi que par moi-même.
Présente-moi le court-métrage Brishnish.
C’est un court-métrage de 22 minutes qui réunit les cinq chansons du EP. Chaque morceau possède son propre univers visuel et émotionnel, mais tout a été tourné dans un même studio, avec la même lumière, pour créer un fil conducteur, un liant visuel poétique. Je voulais que les histoires soient suggérées plutôt que racontées de façon littérale, avec des images fortes qu’on retient, comme l’étreinte avec le veston dans La maison, les couvertures de magazines dans Paris, ou encore le téléphone à fil dans Bye Bye. Le tournage a été une expérience quasi parfaite. J’ai travaillé avec une très petite équipe, et même quelques-uns de mes fans ont participé comme figurants. Il y avait beaucoup de préparation en amont, car chaque tableau devait être filmé en plan-séquence, sans coupure, avec seulement deux ou trois prises possibles. Cette contrainte venait à la fois du budget (microscopique !) et de mon désir de m’inspirer des plateaux télé des années 60-70, qui présentaient les chansons avec des décors, des mises en scène sobres, mais évocatrices. On a donc misé sur ma présence scénique et sur l’intensité de l’interprétation. J’ai porté plusieurs chapeaux dans ce projet, de la direction artistique au montage, et je suis vraiment fière du résultat. Brishnish, c’est pour moi un manifeste intime et visuel, une œuvre artisanale, libre et incarnée. Pour le moment, le film est uniquement disponible sur mon site Internet. Le visionnement est gratuit, mais se fait dans une salle de cinéma que j’ai créée virtuellement, car je tenais à ce que les gens puissent l’écouter en bloc, dans le bon ordre, sans sauter des bouts rapidement sur YouTube. C’est une œuvre qui se reçoit comme un tout, pas juste comme une série de clips.


Pourquoi avoir décidé d’amener le spectateur à découvrir ton univers créatif ?
Pendant longtemps, j’ai gardé mon univers créatif un peu en retrait, comme quelque chose de fragile, presque secret. À chaque concours ou demande de subvention, on me disait que mon travail ne rentrait pas dans les cases : trop intense, trop hybride, pas assez « marché ». J’ai douté de moi. Je me suis sentie inadéquate. Mais avec le temps, j’ai compris que ma force, c’est justement cette singularité : un espace où coexistent musique, théâtre, poésie visuelle et émotions brutes. Inviter le public dans cet univers, c’est ma manière de m’affirmer en toute authenticité. Ces dernières années, j’ai investi sérieusement les réseaux sociaux, comme une véritable entreprise, pour court-circuiter les filtres de l’industrie et parler directement au public. J’ai créé un lien sincère avec ma communauté, un lieu imparfait peut-être, mais vrai. Et ça a porté ses fruits. Ce sont mes fans qui ont entièrement financé Brishnish. Je les avais impliqués dès le début du processus créatif, et quand je leur ai annoncé que j’étais prête à passer en studio, ils se sont mobilisés. Leur soutien est ma plus belle preuve que mon univers trouve écho. Aujourd’hui, cette expérience est une carte de visite solide, presque une étude de marché. Elle me donne des bases concrètes pour aller plus loin et proposer des partenariats à la hauteur de ce que je veux bâtir dans le milieu.
Si je suis morte pour toi est le premier single de l’album, la première chanson du court-métrage (présenté chronologiquement avec le EP) et le premier vidéoclip officiel. Présente-nous la chanson et le vidéoclip. En quoi cette chanson est-elle importante pour toi ?
C’est fou, parce que cette chanson a failli ne pas être sur l’album ! Quand on choisissait les morceaux finaux parmi la dizaine que j’avais écrits, André n’était pas convaincu par celle-là. Mais moi, j’avais un instinct : je savais qu’elle était accrocheuse, qu’elle avait quelque chose d’universel. Après tout, qui n’a pas vécu une rupture amoureuse ? Elle est importante pour moi parce que c’est là que l’histoire commence. Ma première rupture a déclenché bien plus qu’un chagrin : ça a tout bousculé, même artistiquement. C’est à ce moment-là que j’ai senti mon style évoluer. Mais sur le moment, c’était très dur : je me suis retrouvée seule, sans repères, avec un vide professionnel et personnel à combler. J’ai écrit cinq chansons avant celle-là, avant d’arriver à formuler ce que je voulais vraiment retenir de cette expérience. Ce n’est pas une chanson triste. Elle parle du moment où on passe de la peine au besoin de s’émanciper, de retrouver sa légèreté, d’en rire un peu même. Le clip commence comme un film muet des années 20, très surjoué, un clin d’œil aux ruptures qu’on vit comme des drames immenses. Ensuite, on plonge dans les coulisses, dans une ambiance pleine d’humour et de joie de vivre. C’est aussi un hommage à mes fans, qui m’ont soutenue dans cette période et m’ont donné beaucoup de motivation. Je leur montre ce qui se passe « entre les prises », parce que c’est là que la vie continue.
Tu prépares un spectacle inédit pour l’automne 2025, pourrais-tu nous en parler davantage.
Oui, je prépare un spectacle, mon Brishnishow ! Ce ne sera pas juste un concert : c’est une formule inédite, multidisciplinaire, entre le conte poétique, le théâtre musical et une forme de récit scénique très personnel. Même si nous ne serons que deux sur scène — moi et un musicien —, on mise sur une proposition riche, avec des instruments technologiques, une conception d’éclairage, et une narration fluide entre les chansons. Il y aura aussi des passages qui rappellent un peu le ton de mon podcast : pas du stand-up classique, mais une parole libre, sensible, parfois drôle, toujours très incarnée. Je suis en plein dans l’écriture et le rodage musical en ce moment. Je prends mon temps parce que j’ai un immense respect pour le public et je ne veux pas le convier en salle sans être sûre de moi. Je veux que ce soit un spectacle où je puisse être entière, complète, fidèle à ce que je suis devenue artistiquement, et, comme c’est inédit, je n’ai pas de modèle. Il va falloir le tester différemment avant de le mettre en marché. Ça aussi, ça va prendre du temps. Les chansons de Brishnish seront au cœur du spectacle, bien sûr, mais aussi d’autres morceaux de mon répertoire — tout ça rassemblé en une ligne directrice forte.
J’ai la conviction que ce spectacle sera un vrai tremplin. J’ai envie d’aller vers les gens autrement. Il y a dix ans, j’étais dans l’urgence de dire des choses… sans encore avoir vraiment quelque chose à dire. C’est normal : à 20 ans, on cherche, on explore, on apprend à se connaître. Mais je me souviens aussi de la pression de devoir réussir avant 30 ans, comme si tout devait se jouer là. Dans ce milieu, la très jeune jeunesse est souvent glorifiée, surtout pour les femmes. Heureusement, les mentalités évoluent. Avec l’âge, on s’enracine, on gagne en précision et en justesse, et ça, c’est infiniment plus impactant. Aujourd’hui, à l’autre bout de la vingtaine, je sais qui je suis. Je me sens pleinement à ma place. J’ai quelque chose de personnel, de fort, de profond à offrir. Brishnish en est la preuve. Et ce qui rend cette étape encore plus épanouissante, c’est d’y être arrivée sans me trahir, en prenant le temps de me construire. Me faire connaître avec une œuvre aussi authentique me procure une sensation incroyablement gratifiante qui donne du sens à tous les moments de rejet et de solitude que j’ai traversés. Pour ce spectacle, je me suis entourée de personnes exigeantes et lucides, qui respectent ma vision et m’aident à la faire grandir. Je suis prête à créer en équipe, sans chercher à plaire ou à valider quoi que ce soit. C’est cette maturité-là qui donne toute sa force au projet. C’est cliché, mais vrai : seule on va plus vite, ensemble on va plus loin. Et je suis prête pour la suite. Je vais jouer la musique du EP cet été dans des contextes plus simples, mais le spectacle complet, le vrai show, ce sera à l’automne. Et je crois sincèrement que ce sera quelque chose d’unique, à l’image de tout ce que j’ai créé jusqu’ici. Résolument, Brishnish.

Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
