Toute vérité est-elle bonne à dire? Le Théâtre Point d’Orgue explore les conséquences de l’honnêteté à tout prix avec Mademoiselle Agnès. Cette réécriture du Misanthrope de Molière par Rebekka Kricheldorf a été adaptée et mise en scène par Louis-Karl Tremblay. Jusqu’au 15 octobre, les spectateurs du Théâtre Prospero éprouveront un vif plaisir à en découvrir les répliques acerbes.
« Plus capable ! »
« Plus capable des artistes. Des parasites qui enchaînent les subventions, qui élèvent les petites aventures fades qu’ils vivent entre eux au statut de drames existentiels et scandales d’état, et qui pourrissent l’atmosphère. »
C’est une partie du monologue d’ouverture proféré par Agnès (Sylvie Drapeau). Voilà qui donne le ton pour la suite!
L’ancienne écrivaine au succès fulgurant est devenue critique sans pitié. Ses répliques assassines n’épargnent personne, pas même sa famille ou ses amis.
« Au diable la flagornerie ! »
L’action se déroule dans l’appartement de la misanthrope, où défilent son fils Orlando (Felix Lahaye), Fanny (Stéphanie Cardi), l’amie de longue date qu’elle héberge depuis son divorce, son amoureux Sascha (Luc Chandonnet) et ses groupies (Ally Sakho et Ariane Trépanier) et Adrien (Éric Bernier) un vieil ami qui aurait voulu être son amant.
Tous sans exception goûteront au fiel d’Agnès. Elias (Nathalie Claude), l’utopiste-itinérant qui squatte son appartement, l’aidera à mettre son entourage en face de leurs contradictions.
« Si c’est de la merde, il faut le dire. »
Heureusement pour nous, Mademoiselle Agnès, n’en est pas.
L’adaptation québécoise absolument délectable qu’en a fait Louis-Karl Tremblay fait en sorte qu’on est suspendus aux lèvres d’Agnès, interprétée de façon brillante par Sylvie Drapeau.
Éric Bernier est désopilant dans son rôle de Don Juan sur le déclin.
Chaque apparition de Nathalie Claude, flanquée de son costume aux milles protubérances déclenche les rires de l’assistance.
Les autres comédiens de la distribution sont tout aussi dignes de mention.
« Danse avec moi ! »
La scénographie est des plus minimalistes, mais efficace.
Sur scène, un grand mur blanc, quelques bean bags, une platine et des piles de disques.
La musique occupe une place importante dans cette œuvre. Lorsque les personnages veulent éviter de parler (ça se comprend avec Agnès dans les parages!), ils dansent.
À l’image de la pièce, la chorégraphie finale est teintée d’humour noir.
Tant l’adaptation, que la mise en scène et le jeu des comédiens sont réussis.
Tout est en place pour garantir le succès de cette comédie noire.
Pas étonnant que la première ait été accueillie par une ovation spontanée et sentie.
Jusqu’au 15 octobre
Création du Théâtre Point d’orgue, Mademoiselle Agnès tient l’affiche du Prospero jusqu’au 15 octobre.
Texte : Rebekka Kricheldorf
Mise en scène et adaptation : Louis-Karl Tremblay
Distribution : Éric Bernier, Stéphanie Cardi, Luc Chandonnet, Nathalie Claude, Sylvie Drapeau, Félix Lahaye, Sally Sakho, Ariane Trépanier,
Crédit photo : Fred Tougas
Texte : Nancie Boulay
