Fier porte-parole de Longue vue sur le court du Festival international de courts métrages du Sud-Ouest de Montréal, Marc Beaupré était présent à la soirée d’ouverture le 23 novembre dernier au Théâtre Paradoxe. En plus de son rôle de mandataire, il a présenté son court métrage La guêpe qui figurait dans le programme de sa soirée. Voici une entrevue que le réalisateur de l’œuvre nous a donnée lors de l’événement.
Présente-moi le festival Longue vue sur le court.
Longue vue sur le court est une belle formule dans le but de démocratiser l’art du court métrage parce que ce n’est pas quelque chose de très répandu. C’est un peu avec raison parce que tu ne sors pas dans l’intention d’aller voir un seul court métrage, tu vas plutôt aller dans un festival qui te permet de voir plusieurs courts métrages dans leur programmation. Le festival souhaite aussi s’ouvrir aux jeunes, il est en relation avec les écoles du Sud-Ouest et les centres jeunesse. Je trouve ça magnifique qu’il essaie de faire ça. Il y a des programmes pour toute la famille, on ratisse très large. C’est la huitième édition du festival cette année. Je pense que l’équipe a regardé au-dessus de 400 films pour choisir la compétition officielle. Alors, j’imagine qu’il y a une certaine qualité dans les courts qui ont été choisis et présentés aux gens durant le festival.
Louis-David Morasse et Jeanne Leblanc (Membres du jury)









Aujourd’hui, tu nous proposes un court métrage …
Cela a bien failli ne pas être un court métrage. Il dure 26 minutes, 28 minutes avec le générique. À un moment donné, le film en durait 50 et ensuite 41 minutes. La distribution me disait qu’il aimait mon film, mais il fallait que la durée diminue sinon on ne pourrait pas l’envoyer dans les festivals et il ne pourrait pas se promener. J’ai pratiquement coupé la moitié des scènes que j’ai tournées. Il y a même des personnages présents au tournage qui sont absents du montage final. C’est la vie !


Bref, tu n’avais pas le choix de couper si tu voulais que ce soit un court métrage…
À 51 minutes, c’est considéré comme un moyen métrage. Il n’y a pas vraiment de visibilité pour les moyens métrages. Déjà, que les courts souffrent du fait qu’ils doivent être présentés en grappe. Tu ne vas pas célébrer un court métrage en allant au cinéma, tu vas en célébrer plusieurs. C’est comme si tu te fondais dans la masse, ce qui peut être très beau parce que c’est une affaire de groupe.
L’œuvre du court métrage n’a pas le même ego ou le même aura qu’un long-métrage étant donné qu’on n’a pas l’exclusivité du partage avec le spectateur. On partage ça plutôt avec d’autres cinéastes.
– Marc Beaupré.
Présente-moi ton court métrage La guêpe.
C’est l’histoire d’une femme qui travaille dans un motel de passe. On voit qu’elle a eu un passé assez rough. Elle essaie de sortir sa fille de cette misère. Comme elle n’a pas beaucoup d’argent, elle est obligée de la loger dans le motel même. C’est un peu délicat. Il y a un homme qui débarque pour prendre une chambre pour plusieurs jours; ce qui n’est pas normal. Elle semble le reconnaître, mais elle ne sait pas d’où. Et à un moment donné, tout part en couille.
Comment as-tu imaginé l’histoire ?
J’ai adapté très librement une pièce d’Albert Camus. S’il en a qui connaisse le répertoire de Camus, ils vont peut-être retrouver la pièce de théâtre à laquelle je fais référence. Le malentendu, c’est une super belle pièce de théâtre sur un malentendu. Mon film est un trailer qui devient un peu une tragédie. Il est dur, par exemple. Je suis beaucoup ma protagoniste. La caméra est proche d’elle tout le temps. On voit très peu ce qui se passe autour. Il y a comme un effet claustrophobe et angoissant. Ça marche très bien. Je suis très fier de l’avoir fait, mais je me rends compte que les gens ont besoin de légèreté de nos jours avec tout ce qui se passe dans le monde. Alors, la prochaine œuvre que je vais faire sera plus lumineuse que celle-là.
Dès le début, tu as toujours eu l’objectif d’en faire un court métrage. Tu n’as jamais pensé à en faire un long-métrage en cours de route ?
Au début, je voulais en faire un 18 minutes parce que j’avais écrit 18 pages. Dans le métier, une page équivaut à peu près à une minute. La script s’est penchée là-dessus en me disant que ça durerait environ 30 minutes. Chaque jour du tournage, elle me disait que c’était plus long que ça. J’ai pensé, un moment, faire un long-métrage, mais je me suis dit que ça ne se pouvait pas parce que ça n’avait pas été pensé de cette façon. J’ai donc dû le réduire pour qu’il devienne un court métrage.
Émilie Bierre



Quelle est la visibilité souhaitée à ton projet ?
Je souhaite qu’on en parle de plus en plus et que ça me donne la chance de me faire proposer de nouvelles choses. Quand j’ai commencé ma carrière de metteur en scène, j’ai fait des œuvres plus personnelles. J’ai fondé ma compagnie et j’ai développé mon langage. Tout d’un coup, les commandes sont arrivées et ce n’est plus toi l’initiateur du projet. C’est ce que je souhaite, c’est que ça m’apporte la chance de rencontrer quelqu’un qui aimerait que je réalise tel projet à partir de tel court métrage, tel scénario ou de réaliser une télésérie ou une web-série.
Martin Dubreuil






Quelle sera la vitrine qu’aura ton court métrage ?
Pour l’instant, le court métrage sera accessible seulement dans les festivals. Tant que la run de festivals n’est pas finie, ce qui est une façon d’aller chercher des lauriers et mousser le court métrage lui-même, je ne pense pas que mon court métrage sera accessible sur le web. Quand la run sera finie, je pense le mettre sur la meilleure plateforme possible pour le rendre accessible.
Quel est l’avenir des courts métrages au Québec ?
Parfois, je me dis que la vie s’accélère tellement que je me dis que ça va peut-être devenir bien à la mode à moment donné parce que les gens vont préférer se clancher un court métrage de 15 minutes, à la carte, que de se taper un long métrage de 90 à 120 minutes. Avec le fait que les plateformes deviennent de plus en plus populaires, je ne pourrais pas croire, à un moment donné, qu’il n’aura pas une section court métrage accessible comme n’importe quel film. Il faut juste que le plaisir se développe de consommer une œuvre de 15 minutes, et après une œuvre de 20 minutes.
Si tu regardes le programme de Longue vue sur le court par exemple, on voit cinq ou six œuvres. Mine de rien, c’est cinq ou six sensibilités complètement différentes. Alors, l’esprit doit s’adapter cinq ou six fois. À un moment donné, ça use plus vite que si tu t’adaptes à une seule sensibilité et à un seul langage.
– Marc Beaupré.
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