Sorti le 26 janvier, le premier album de Karolan Boily est délicat et hypnotique, coulant quelque part entre la noirceur et la luminosité. Intitulé Le feu sous le toit, il représente la maison intérieure et parle d’émotions qui ont besoin de s’en aller. En même temps, l’imagerie de la nature, que ce soit dans le son ou dans les références au feu, est partout.
Pour nous perdre davantage dans son environnement et dans le pouvoir transformateur de la nature, l’auteure-compositrice-interprète nous parle de ses influences et l’évolution depuis son EP, Les éclats de verre en résistance qui est sorti en 2020.
Félicitations pour la sortie de ton album. Comment tu te sens maintenant que toutes les chansons sont disponibles pour tout ceux qui désirent les écouter?
Ça fait du bien de l’avoir sorti et d’avoir passé une nouvelle étape. J’ai eu une très belle réception donc je suis contente.
Évidemment le feu a un grand rôle dans le concept de l’album, sous forme de métaphores et de visuels. Quand as-tu commencé ta fascination pour le feu? Quand as-tu réalisé que c’est une grande métaphore pour des choses dans ta vie?
Je ne pense pas qu’il y ait un moment précis. La seule chose à laquelle je pense, c’est que j’ai grandi à Saint-Raymond-de-Portneuf, entourée de forêts. J’habitais entre deux lacs et faire des feux était quelque chose qui revenait souvent. Il y a quelque chose de très réconfortant et de rassembleur pour moi, c’est comme un foyer à l’extérieur de la maison.
Avais-tu le concept de l’album avant de le commencer ou est-ce que ça a été construit après que tu as créé les chansons?
Le feu est un thème et un élément qui me revient très naturellement et rapidement. Je me suis rendu compte, quand je voyais mes textes, que je parlais beaucoup du feu et je me suis demandée si c’était un problème. Finalement, en analysant ses textes-là, j’ai remarqué que le feu représentait à chaque fois un état différent. Je le voyais comme une métaphore pour exprimer un état émotionnel. Il représente tellement de choses: autant la chaleur, le désir, le réconfort et la passion. La passion personnelle est dans la vie, dans l’amitié, dans les rencontres qu’on fait, mais elle peut aussi devenir un peu trop chaude et nous blesser ainsi que nous brûler. On peut aussi perdre le contrôle, comme un feu de forêt. L’album est un peu tout ça, donc le concept est venu après.
Il y a des sons de la nature dans quelques chansons (la fin de Braise et de Le feu sous le toit). À quel endroit exactement avez-vous fait les enregistrements ?
On s’est amusé avec ça. On est allé au Studio Wild, dans les bois, au printemps quand la neige a commencé à fondre. C’est la neige qui fond des arbres sur le toit du studio. Ce qu’on a fait pour la chanson Le feu sous le toit, c’est qu’on a mis le micro à l’extérieur et on a ouvert les fenêtres. On a enregistré un bout d’une chanson, on a blasté cette toune-là dans le chalet, le studio, puis on l’a enregistrée à l’extérieur. On commence dans le studio puis, plus l’audio avance, plus on est à l’extérieur. C’est pour créer un espace de détachement à tout ce qu’on est en train de vivre, le feu à l’intérieur et tout ça. Dans la chanson Braise, c’est un tech de Charles (Charles-David Dubé). On entend ses pas quand il est allé ramasser le micro.
Où as-tu fait les visuels, la photographie pour les pochettes et les images de presse?
J’ai travaillé avec Marc-André Dupaul. J’avais une petite équipe de direction artistique avec laquelle je suis allée dans un petit chalet à Saint-Claude, proche de Sherbrooke. On est partis pendant un weekend. Tous les visuels pour chaque single qui est sorti sont faits dans la même bulle pour essayer de rester dans le même environnement, parce que l’album est comme un environnement. C’était aussi pour les avoir fait faire par la même personne et d’avoir l’espace aussi pour faire un gros feu!


Le toit dans le titre de l’album symbolise la maison intérieure. Donc, on a l’impression que ces chansons sont très personnelles. Quelle est ta relation avec toi-même avant même la création de ces chansons?
J’écris beaucoup sur les situations personnelles. Ça suit un peu l’évolution de ma personne, de ce que je vis et de mes apprentissages. C’est vraiment la suite de mon premier EP qui était beaucoup plus cathartique. Dans cet EP, on a déchiré un peu les émotions du début de la vingtaine, toutes mélangées et intenses. Après, c’est comme un espace de repositionnement de ma personne et où j’ai appris davantage à me choisir, à m’assumer, et à accepter qui je suis. Cet album est un peu ce processus et toutes ces compréhensions-là qui m’ont amené à être beaucoup plus bienveillant envers moi.
L’album a beaucoup d’ambiance assez sombre, mais avec des petites explosions d’énergie. Comment s’est passée l’évolution des chansons? Y avait-il beaucoup d’expérimentations?
L’avantage que j’ai, c’est que je travaille avec les mêmes musiciens depuis longtemps. Donc, ils me connaissent bien, et le projet aussi. Moi aussi, je sais mieux ce que je veux et ce que j’aime. On a eu deux résidences de création pour essayer de faire des affaires ensemble avant d’aller au studio. On avait une liste de choses complète qu’on voulait essayer . L’affaire du micro (mentionnée précédemment) était quelque chose que j’avais écrite sur la liste. On a expérimenté pour avoir de bonnes textures sans que ce soit trop parce que je voulais le garder simple. Je pense qu’on a assez expérimenté pour avoir une touche satisfaisante.
Y a-t-il des chansons sur l’album qui sont particulièrement touchantes pour toi, comme si elles étaient le feu quand c’est le plus puissant?
La chanson la plus touchante pour moi est [8]. Je pense que c’est la chanson la plus proche de mes émotions douloureuses. C’est aussi la plus personnelle parce que les autres sont plus dans les grands questionnements, comme la peur et qu’est ce que je vais faire avec, mais celle-la est plus intime. Sinon, j’aime bien Nulle part sauf ici pour son énergie. C’est mon coup de cœur je pense.
Comment ta compréhension de la musique ou de l’industrie musicale a-t-elle changé depuis la sortie de ton EP, Les éclats de verre en résistance en 2020?
J’ai appris à me faire confiance. Je suis quelqu’un qui prend beaucoup son temps et j’ai souvent l’impression que ça va vite autour de moi. Ça me donne l’impression que je suis excessivement lente dans mes processus, mais j’ai appris à me valider dans cette lenteur. Je pense que c’est quelque chose de pertinent. J’ai aussi appris à me dire que c’est assez. Je pense que c’est mon plus grand apprentissage depuis le EP parce que j’avais souvent ce sentiment que je pourrais toujours être meilleure. C’est difficile de nous valider, surtout dans l’industrie musicale et dans ce travail qui est vraiment étrange.
Cet EP fait référence aux phénomènes de la nature. Dans Le feu sous le toit, la nature est aussi très présente et c’est la nature qui est belle et destructive à la fois. Y a-t-il d’autres éléments ou d’autres caractéristiques de la nature qui sont significatifs pour toi? Est-ce que le prochain album va explorer quelque chose comme le feu?
C’est intéressant parce que je pense que personnellement j’ai toujours le besoin de retourner dans la nature pour me ressourcer et créer. Je vais aller en France en mars pour une résidence de création. J’ai vraiment hâte parce que ça va me faire changer d’environnement. Ce sont les endroits qui m’aident à être créative. Après, est-ce que les prochaines chansons vont parler d’un élément? Je pense que non. Je pense que je l’ai épuisé profondément, dans le sens que j’ai tellement utilisé le thème du feu que j’ai besoin de m’accrocher sur d’autres choses. Malgré ça, la nature va toujours rester un élément créatif dans mes chansons.
Critique de l’album

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

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