IRMA navigue entre la musique jazz, pop et électro, explorant sa liberté artistique et transformant émotions et expériences dans un univers musical qui lui est propre. Elle y affirme son authenticité et sa voix unique. Voici notre entrevue avec l’autrice-compositrice-interprète.
Qui est IRMA ? Parle-moi de ton parcours.
J’ai toujours été passionnée par la musique et c’est vraiment le fil conducteur de mon parcours. J’ai eu l’opportunité d’explorer plusieurs instruments, différents styles et de mener plusieurs projets variés! Quand j’étais petite, je voulais apprendre à jouer de tous les instruments et j’aimais composer de la musique dans mon petit cahier d’écriture. Je récitais mes mots de vocabulaire dans ma chambre avec une pédale loop. Quand j’étais ado, j’étais crinquée, j’organisais des pratiques de quatuor à cordes le samedi matin à l’école avec mes amies. Et le dimanche, je faisais la manche en jouant au marché Jean-Talon.
Après avoir étudié le violoncelle et le piano classique durant plusieurs années, je me suis tournée vers le jazz, un univers qui m’a ouvert à plus de liberté et de création. C’est à travers ce parcours en jazz que j’ai commencé à prendre conscience de certaines dynamiques sexistes encore présentes dans le milieu musical. Cette expérience a éveillé chez moi une mission féministe qui motive beaucoup mon implication dans l’industrie musicale.
Que t’a apporté ton expérience dans le duo Lhéfé ?
Mon expérience dans le duo Lhéfé m’a profondément marquée, à la fois sur le plan personnel et artistique. C’était un projet féministe qui m’a permis de me sentir réellement empowered et de prendre ma place sur la scène musicale. Ce processus a aussi eu quelque chose de très guérisseur en m’aidant à transformer certaines expériences difficiles en création et en force collective. À travers Lhéfé, j’ai beaucoup appris sur la collaboration, mais aussi sur mes propres limites et mes désirs artistiques. Ça m’a permis de clarifier ce que je veux et ça m’a donné une vraie première immersion dans le monde professionnel, un apprentissage que je porterai avec moi longtemps!


Comment s’est déroulée la recherche de ton identité artistique ?
J’ai grandi dans une famille où la créativité et la musique étaient omniprésentes et il y avait toujours une tonne d’instruments différents à la maison. Aujourd’hui, j’essaie d’être le plus libre possible, de ne pas me limiter à un seul style. J’aime naviguer entre les genres, mélanger les textures, suivre mon instinct et essayer de nouvelles choses. Mon identité artistique s’enracine dans ces différents styles — la pop, le jazz, l’électro, le classique — que j’essaie de combiner d’une façon qui m’est propre.
Présente-moi ta chanson Le noir dans les yeux, sortie en juillet dernier
Le noir dans les yeux parle de la pression de performance que je ressens, notamment à travers les réseaux sociaux. C’est une réflexion sur la sincérité, sur ce qu’on choisit de montrer ou de cacher, et sur la peur de ne pas avancer assez vite. La chanson évoque aussi ces cycles qui se répètent, ces moments de fatigue ou de doute qui font partie du métier. L’écrire a été une vraie libération pour moi, une façon de transformer quelque chose de lourd en quelque chose de plus doux, de plus lumineux.
Cette chanson m’a permis de libérer un sentiment qui me pesait depuis plusieurs mois et de relativiser la pression que je m’imposais. Elle m’a aidée à accepter que tout n’a pas besoin d’être parfait ou constant, et que le plus important, c’est de rester sincère avec soi-même. Musicalement, c’est une chanson courte et dansante où j’utilise la répétition et l’énumération pour évoquer ces différents cycles de la vie. J’ai essayé de créer un contraste entre la légèreté de la texture musicale, qui évoque le lâcher-prise, et la densité émotionnelle du message.
Qu’est-ce qui s’en vient pour toi dans les prochains mois ? Quelle serait, selon toi, la suite logique ?
J’ai beaucoup de chansons très différentes en chantier et j’ai hâte de partager ces autres facettes de moi. J’ai envie de continuer à collaborer avec Louis-Thomas (Chromakey) et d’explorer de nouvelles collaborations avec différents·es artistes, autant sur mon projet que sur les leurs, en composition, en arrangement, en production, en studio ou sur scène. Ces rencontres ouvrent des portes vers d’autres mondes, d’autres sensibilités. J’aime la liberté qui naît de ces échanges, cette magie du partage où les univers se croisent et se transforment.
En quoi ton projet solo te ressemble-t-il davantage que tes autres projets musicaux ?
Je suis encore en train de découvrir qui je suis artistiquement, et c’est justement ce qui rend mon projet solo si important pour moi. Il me donne enfin la chance et l’espace d’être pleinement moi-même, sans filtre ni compromis. J’ai envie de briller en étant simplement authentique, de créer un modèle qui me ressemble vraiment. C’est aussi une façon d’apprendre à naviguer dans cette industrie de manière saine, en restant alignée avec mes valeurs et mon bien-être.

Qu’est-ce qui t’inspire dans ton écriture ?
Mon écriture est beaucoup inspirée par les événements de la vie, les émotions, les relations, les changements, tout ce qui me fait réfléchir ou ressentir profondément. Je m’inspire aussi des artistes que j’écoute et que je côtoie. L’écriture est un processus très thérapeutique. Mettre des mots sur mes maux me permet souvent de me sentir plus forte, plus en paix.
Comment se passe ton processus de création pour écrire et composer ?
En général, je crée plutôt rapidement. Les idées me viennent spontanément et j’arrive souvent à faire une démo en quelques heures (souvent la nuit d’ailleurs)! Beaucoup des prises de voix de mes démos ont été enregistrées dans la buanderie de mon immeuble pour ne pas réveiller la maison. Après ces premières étapes vient une longue période de peaufinage. Je passe beaucoup de temps à retravailler les paroles, les arrangements, à affiner les sons. Certaines chansons se construisent lentement, petit à petit, et mûrissent avec le temps.
Mon processus de création est très réfléchi et influencé par mon éducation classique, alors je travaille à briser des patterns et injecter des éléments aléatoires pour être moins carrée. Ça stimule beaucoup ma créativité et m’aide à avoir des idées que je n’aurais pas nécessairement eues naturellement. Je travaille aussi à être plus instinctive et connectée aux émotions. Avant, je composais surtout au piano, mais aujourd’hui je travaille principalement sur Ableton Live. Cet outil me permet d’explorer les arrangements en même temps que l’écriture, de jouer avec les effets et d’avoir une plus grande liberté créatrice. La création est vraiment mon étape préférée. Pour moi, c’est comme un jeu, un grand casse-tête.
Quelles sont tes grandes aspirations, tant artistiques que personnelles ?
J’aspire avant tout à être heureuse et à prendre mon temps. À avancer à mon rythme, sans me perdre dans la course. Je souhaite continuer à créer des opportunités pour combattre le sexisme dans le domaine musical, particulièrement sur la scène du jazz. Je souhaite rester connectée, autant au réseau d’artistes qu’au public. J’essaie de trouver des alternatives pour connecter avec le public, pas uniquement par les réseaux sociaux ou les spectacles.
Que souhaites-tu transmettre ou représenter à travers ta musique et en tant qu’individu ?
Pour moi, c’est très important de transmettre mes valeurs en général, mais aussi dans toutes les étapes de ma pratique musicale. Je cherche à être sincère et transparente. Je veux piquer la curiosité des gens, apporter de la douceur, mais aussi de la révolte.
Tu as une passion « raisin », parle-moi-en ! (haha)
Oui! J’ai commencé à collectionner les objets en verre en forme de grappe de raisins il y a quelques années, j’adore! Ça devient compulsif : carafes, verres, vaisselle, plats, bijoux… J’aime l’arrondi des grappes de raisins, la couleur, la texture et le lustré du verre. Si vous ouvrez bien les yeux, vous pouvez peut-être en trouver quelques-uns sur les photos de mon Instagram (i_r__ma).

Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
