Le 30 octobre 2025, le Centre de créativité Le Gesù présentait L’Asile de la pureté de Claude Gauvreau, œuvre phare du théâtre québécois, mise en scène avec audace par la compagnie eXplo.
Quel beau titre : L’Asile de la pureté, une pièce qui nous éclabousse par sa force et sa rigueur, sa beauté et son amour de l’absolu! Plus jeune signataire du Refus Global en 1948, Claude Gauvreau incarne le Québec de l’anarchie; un vent de révolution et de contestation souffle dans l’ensemble de son œuvre. Poète maudit, Gauvreau dérange non seulement par l’utilisation de mots inusités, mais surtout par sa détermination à faire avancer la société vers une nouvelle liberté créatrice qui le passionne. Proche du Mouvement Automatiste, il invente une écriture en décomposant les mots en phonèmes : « l’exploréen », à mi-chemin entre langage parlé et onomatopée, cri d’amour déchirant de l’artiste incompris. Fils de militaire, il est renvoyé deux fois du Collège Ste-Marie, notamment pour son goût de provoquer et pour sa prose poétique réinventée, libre de toute syntaxe ou grammaire conventionnelle.
Dans cette pièce bouleversante, écrite peu après le suicide de son amoureuse de 29 ans, Muriel Guilbeault, le 2 janvier 1952, les paroles de Gauvreau coulent comme le sang d’un cœur pur. Montée au Gesù par la jeune compagnie eXplo, on y raconte le destin tragico-comique en cinq actes de Donatien, jeune poète qui décide de jeûner jusqu’à sa mort après la perte de l’être aimé. S’ensuivent les interventions des parties opposées, viles et manipulatrices. Les personnages sont loufoques, mais la cruauté des enjeux est frontale.
Voici ce qui résume bien l’essentiel du propos : « On ne respecte que la force monétaire et le pouvoir brutal de piétiner ce qui est délicat ou merveilleux. » Les phrases sont fortes, exorcisent la douleur, et le discours d’accusation des puissants ne faiblit jamais. Les tirades sont riches et complexes, et les acteurs travaillent intensément pour les incarner. On pardonne tout à ces comédiens courageux qui doivent rester extrêmement concentrés pour livrer un texte aussi puissant contre les hypocrisies et les pouvoirs écrasants. Soulignons le travail des artistes véritables « performers » : Jean-Philippe Boivin, Emmanuel Bossé-Messier, Gabrielle Boucher, Chloé Chartrand et Matthias Lefèvre.


Comme la scénographie et les éclairages, les costumes sont phénoménaux, plus grands que nature, et les acteurs les enfilent comme des uniformes servant parfaitement le propos. Hormis famille et amis qui tentent de le récupérer et de le faire cesser son jeûne, des impromptus illuminés surviennent : Cyrano, Don Quichotte, immenses fresques de courage et de pureté prennent la parole devant Donatien Marcassilar, qui reste immobile dans son lit, amaigri après des semaines de jeûne.
Après la perte de son amoureuse, Claude Gauvreau aura un autre combat à mener : celui de la maladie mentale. De nombreux séjours en hôpital psychiatrique et les traitements chocs de l’époque l’affaibliront, jusqu’à le pousser, peut-être, à une mort mystérieuse à 45 ans ; il serait tombé d’un édifice rue St-Denis à Montréal le 7 juillet 1971.
N’hésitez pas à assister à tout ce qui souligne l’apport de Claude Gauvreau à la modernité de la dramaturgie québécoise.
NE MANQUEZ PAS : Le Géant et la Muse, mardi 4 novembre – Déambulatoire réunissant des marionnettes géantes de Matthieu Bonnier et Émilie Racine, point de départ prévu à 18h45 au Quartier des spectacles, suivi d’une performance théâtrale à l’église du Gesù à 19h05.



Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Emmanuel-Bosse-Messier
