Trois ans après son lancement, Cirque du Soleil ramène Echo sous le grand chapiteau du Vieux-Port de Montréal jusqu’au 16 août 2026. Si le spectacle a gagné en assurance depuis 2023, le constat demeure sensiblement le même : les numéros sont souvent magnifiques, mais la narration peine toujours à donner une véritable cohérence à l’ensemble et les artifices technologiques de la mise en scène semblent superflus.
Toujours à la recherche du spectaculaire, la scène est dominée par cet immense cube blanc devenu l’image de marque du spectacle. Tantôt écran de projections, tantôt structure mobile ou cachette à appareils acrobatiques, il impressionne d’abord par son ampleur. Mais en 2026, l’effet technologique accuse un peu le coup. Les projections vidéo paraissent un peu datées, voire cheap pour une superproduction de cette ampleur, surtout face à l’excellence acrobatique des artistes présents sur scène.
Le cube reste ainsi une promesse à moitié tenue. La mise en scène insiste constamment sur son importance symbolique sans jamais vraiment clarifier ce qu’il représente. Les interprètes gravitent autour de lui, s’échinent à le “réparer” sans réel enjeu. On sent l’intention d’offrir un langage visuel novateur, sans toutefois réussir à dépasser l’impression d’une bebelle technologique qui sert au final peu le cirque. Cette impression se reflète également dans la narration. Le personnage principal continue d’errer d’un tableau à l’autre avec une quête volontairement abstraite qui demeure émotionnellement distante.
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Là où Echo brille, c’est lorsqu’il laisse parler le cirque ! Les costumes sont magnifiques et les chanteurs ainsi que les arrangements musicaux phénoménaux. Individuellement, plusieurs numéros sont absolument splendides. Le duo de clowns, toujours aussi efficace, demeure le véritable cœur émotionnel du spectacle grâce à une complicité contagieuse et un humour parfaitement dosé. Le phénoménal numéro de jeux icariens soulève encore la foule avec une aisance déconcertante, tandis que les artistes de banquine et de cadre humain continuent d’impressionner par leur précision presque irréelle.
Parmi les changements et moments marquants de cette nouvelle mouture, un sublime duo d’équilibre se démarque particulièrement. Présenté avec une grande sobriété à la place du duo de fil mou, le numéro mise sur la confiance, la grâce et une maîtrise technique remarquable. Le cube qui les accueille tourne à ce moment-là avec lenteur, cachant malheureusement parfois certaines figures aux spectateurs, quelque peu frustrant !
À noter également un numéro de jonglerie porté par un artiste exceptionnel, qui n’a laissé tomber aucune balle, et qui remplace le diabolo par une fusion habile de jonglage de balles et de balles rebondissantes. L’écriture du numéro, à la fois rythmée et inventive, s’intègre parfaitement au personnage du “chien” et réserve de belles surprises.
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Autre mention spéciale : six “fourmis rouges” exécutant un numéro de mât pendulaire aussi créatif que spectaculaire. Visuellement magnifique, le tableau exploite l’espace aérien, loin du cube, avec intelligence et propose certaines des images les plus fortes du spectacle alors que les artistes volent au-dessus du public.
La finale conserve le doux et poétique solo de trapèze Washington du personnage principal, suivi d’une envolée explosive de planches coréennes menée par une étrange troupe d’oiseaux déjantés. Ce contraste entre contemplation et énergie fonctionne particulièrement bien et permet au spectacle de se conclure sur une montée d’adrénaline festive et efficace.
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Ayant cette fois assisté au spectacle de côté plutôt que de face, un autre élément m’a sauté aux yeux : Echo souffre énormément de certains angles de vue. La mise en scène cache parfois des actions importantes derrière le cube ou sur d’autres faces de la scène, créant quelques frustrations pour les spectateurs situés sur les côtés du chapiteau. Dans un spectacle aussi dépendant de son dispositif scénique, cette limitation devient difficile à ignorer.
Le constat reste donc sensiblement le même qu’en 2023. Cirque du Soleil demeure une machine spectaculaire capable de réunir des artistes d’un talent immense et de créer des tableaux d’une beauté indéniable. Echo réussit grâce à la force du nombre, à l’excellence de ses acrobates et à l’ampleur de sa production. Mais malgré toutes ses ambitions visuelles et technologiques, le spectacle échoue toujours à véritablement nous faire voyager à travers son histoire.
Le cirque reste magnifique. Echo, lui, n’est clairement pas le meilleur spectacle du Cirque du Soleil.

Lucas Brunet | Journaliste

Benoit Leroux | Photographe
Grand consommateur de culture, Benoit Z. s’intéresse à beaucoup de disciplines. Le monde circassien est son principal terrain de jeu. Toujours curieux, ouvert et la caméra prête.
