Présentée au Théâtre Duceppe de la Place des Arts du 21 au 24 mai, la pièce Zéro de et avec Mani Soleymanlou offre une performance solo aussi lucide que bouleversante, où l’identité, l’exil et la mémoire s’entremêlent dans un puissant cri humaniste.
Une performance SOLO qui laisse frémissant : Zéro. Mani Soleymanlou vibre de toutes ses cordes. Il est manifestement attachant, un être sachant communiquer, s’adapter à son public et à sa société ; son énergie est belle et forte. Sa sensibilité nous rassemble et on pense même qu’il pourrait être humoriste tellement il enchaîne les propos absurdes ou moqueurs. Vivre ici et venir d’ailleurs, avoir bourlingué de Téhéran à Paris, puis à Toronto et Ottawa, pour aboutir chez les « quebs » et se questionner sur qui il est, au fond de lui-même !
Son corps se démène, se déhanche, mime les positions et les messages non verbaux de ses souvenirs culturels si lointains. La musique iranienne lui déplaît souverainement, pourtant les mythes et les gestes demeurent présents et familiers. Un décor fait d’un fatras de chaises empilées forme une montagne de désordre sur laquelle il montera sans pourtant triompher. Voilà le cadre qui nous attend jusqu’à une fin désopilante où le zéro devient le néant, presque menaçant… mais cela n’arrivera pas. Parce que notre Mani est humaniste et garde espoir malgré cette indignation qu’il exprime en nommant les choses et même les personnes qui l’agacent : critiques culturels, politiciens opportunistes, lois rétrogrades, diversité, exclusion, laïcité, etc. Il fait cavalier seul et assume pleinement ses propos. Il cherche ce qu’il est, d’où il vient, ce qu’il est devenu et ce qu’il doit — ou devrait — être pour son père et surtout pour son fils…



Souvenir d’une époque gravissime où son père a été kidnappé, cagoulé et maltraité par les Gardiens de la Révolution islamique de 1979, qui font encore, hélas, les manchettes. La famille décide alors de s’exiler, sans autre choix pour survivre au totalitarisme qui s’annonce.
Pourquoi titrer ses pièces avec des chiffres ? Il a déjà signé Un, Deux, Trois… maintenant Zéro : le vide. Existentiel ou temporel, une identité en perpétuelle recherche. On additionne les vécus, on songe à transmettre, mais quel héritage restera-t-il ? La langue farsi sera vite oubliée après la mort des parents… Vivre ici, c’est donc être multiple et accueillir le vivant ainsi que le don des autres, ceux d’ailleurs qui nous apportent leur charge émotionnelle et leur espoir.
Chez Duceppe jusqu’au 24 mai.

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Jean-Francois Hétu
