Pour son 20e anniversaire, la compagnie Joe Jack et John, dirigée depuis sa création par Catherine Bourgeois, s’installe au théâtre Espace Libre avec Cispersonnage en quête d’auteurice jusqu’au 23 mars. Déjà présentée au Festival Transamériques l’an dernier, la pièce nous amène dans un local de répétition où des interprètes veulent créer une œuvre théâtrale.
Pas facile
Devant l’impossibilité de joindre une licorne à leur scénario initial, six comédiens, dont cinq sont neurodivergents, essaient de trouver un terrain d’entente pour créer une pièce qui sera présentable et qui représente leurs valeurs. Ce qui n’est pas une mince affaire.
S’ensuivent alors des échanges de propositions, des idées farfelues, des scènes abracadabrantes. Ils se questionnent également sur la justesse des mots, sur l’inclusion sociale, sur l’égalité des chances de participer aux enjeux d’une société.
Durant leur discussion, ils se rendent compte qu’il est très difficile d’arriver à un consensus et d’agir selon leurs propres choix artistiques.
S’imposer lorsqu’on est différent
Inspirée de la pièce Six personnages en quête d’auteur écrite par Luigi Pirandello en 1921 qui met en question le bien-fondé des comédiennes et comédiens et qui dénonce l’inaptitude du théâtre de son époque à s’approcher de la vérité par la fiction, Catherine Bourgeois nous fait plutôt voir la difficulté de s’imposer dans la société lorsqu’on est différent.
Avec humour, elle réussit haut la main à aborder, sans détour, sans périphrases, sans euphémismes, des sujets tels que les privilégiés de la société, les normes sociales, le racisme, la liberté d’expression. Elle utilise parfois un langage cru et des gestes « irrévérencieux ». C’est loin de l’éthique mais c’est délicieusement bien joué par les interprètes.
Fébriles à jouer leurs rôles
On sent que ces interprètes aux différences cognitives sont fébriles à jouer leur rôle. Guy-Philippe Côté avec ses idées délirantes de scénario à la « Shining », Edon Descollines qui veut intégrer des combats de Kung Fu.
Ils sont entourés de Pénélope Goulet-Simard qui veut réconcilier chaque participant du groupe et de Audrey Talbot qui tient à une éthique artistique. Quant à Michael Nimbley que nous avons vu en 2022 à Espace Libre dans la pièce Les waitress sont tristes, il ajoute des réflexions mordantes et drôles.
Pour confronter les normes d’acceptabilité en art, Catherine Bourgeois a fait appel au comédien Hubert Lemire qui s’intègre facilement à la troupe.
Réflexions peu présentes dans notre société
Tous ces comédiens sont bien ancrés sur scène et nous offrent une comédie qui sort de l’ordinaire. Ils nous proposent des réflexions peu omniprésentes dans nos sociétés.
On quitte le théâtre en se questionnant sur l’intégration dans notre société des personnes vivant avec un handicap cognitif ou physique. On en déduit qu’il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.
Cispersonnages en quête d’auteurice jusqu’au 23 mars
Produit par Joe Jack et John, en coproduction avec le Festival TransAmériques et le Théâtre Gilles-Vigneault, la pièce Cispersonnages en quête d’auteurice est à Espace Libre jusqu’au 23 mars.
Texte et mise en scène : Catherine Bourgeois
Collaboration : Edon Descollines, Jean-François Huppé, Hubert Lemire, Michael Nimbley, Audrey Talbot, Anne Tremblay, Pénélope Bourque, Louis Girandello, Maryline Chery, Guy-Philippe Côté, Pénélope Goulet-Simard
Avec : Maryline Chery, Guy-Philippe Côté, Edon Descollines, Pénélope Goulet-Simard, Hubert Lemire, Michael Nimbley et Audrey Talbot
Crédit photo : Thibault Carron
Texte : Micheline Rouette
