Weedon est le nouveau projet des auteurs-compositeurs-interprètes Marcus Quirion et Julien Thibault qui raconte des histoires qui sont bien représentatives de leur quotidien. Dans leur premier album Dis-moi que j’t’aime, qui était enregistré dans la ville de Weedon, ils font référence à Magog, Mégantic, et la frontière américaine, tandis que le son léger nous emmène sur la route.
À la suite de la sortie de l’album, le duo nous parle de l’écriture automatique, des anecdotes familières, et du fait d’être guidé par des instincts.
Pour commencer, pourriez-vous nous présenter votre projet Weedon et vos parcours comme musiciens?
Julien: Ça fait depuis douze ans qu’on joue ensemble. On a eu différents projets, en réalisant des albums et en jouant avec des artistes en tournée. Weedon, c’est une autre façon de créer. On avait envie de se mettre à deux et d’explorer un autre genre du processus.
Marcus: On est des auteurs-compositeurs et des réalisateurs. Weedon arrive au bon moment parce qu’on voulait construire un projet ensemble et développer une nouvelle démarche.
En tant que duo, à quoi ressemble votre processus de création? Est-ce que c’est comme un ping-pong artistique où vous réagissez et élaborez les idées de chacun?
Marcus: Pour ce projet-là, c’était l’écriture automatique. Toutes les chansons étaient écrites ensemble avec une guitare sur les genoux et un calepin pas loin. On a pris la première idée qui est arrivée et on a essayé de faire une chanson avec ça. Le but était de créer un band, une chose, ensemble à quatre mains.
Julien: On s’est dit qu’on sortirait tous. Donc, l’un de nous a écrit une phrase puis l’autre a écrit deux ou trois lignes. Après un couplet, on était comme «ok ça peut aller là.» C’était vraiment interactif, quasiment comme un jeu.
Les chansons sont très réelles et parlent du quotidien. Dans quelle mesure sont-elles basées sur des anecdotes personnelles et comment avez-vous mélangé vos propres expériences?
Marcus: On a déjà nos projets solos, mais ici on essayait d’aller moins dans les anecdotes personnelles. On voulait quelque chose de plus détaché. Il y a toujours des choses qui parlent de nous, par exemple la chanson Nebraska qui vient d’une expérience personnelle, mais c’est plutôt les personnages secondaires. On est allé plus dans l’autofiction.
Julien: On voulait vraiment chanter ensemble tout au long de l’album. Chanter en même temps nous a poussé à ne pas dire «moi», «chez nous», «mon quotidien». Donc, c’est plus les personnages d’un point de vue extérieur.
Ces personnages sont-ils basés sur des gens que vous connaissez?
Marcus: Un peu. Je pense à une chanson qui s’appelle C’est-tu vrai? qui parle du deuil de quelqu’un proche dans notre entourage. La plupart de temps, vu que c’est l’écriture automatique, c’est très instinctif, donc c’est après qu’on pense à quelqu’un. La chanson L’observatoire parle de la fuite de la réalité, mais elle nous a fait penser à un ami après. Je pense que ça rend les choses plus universelles.
Julien: On a fait des références aux gens qu’on connait, mais ces références sont inconscientes. C’est-tu vrai? parle de quelqu’un qui est décédé, puis après ça on est parti sur le deuil. Sinon, on écrivait sans savoir le synopsis de notre histoire. Parfois, on s’en est rendu compte pendant qu’on était en train d’écrire. Par exemple, Marcus a remarqué pendant une chanson que les paroles parlent de son beau-frère. Donc, le couplet suivant, on a joué avec une anecdote. Finalement, la chanson parle de son beau-frère, mais ce n’est pas vraiment lui.
Votre première chanson Magog est très légère, mais elle parle également de réalités familières qui sont un peu plates, comme le fait d’être perdu.e ou de passer du temps à fumer avec des amis parce qu’il n’y a rien d’autre à faire. Pourquoi avez-vous appelé cette chanson Magog? Est-elle représentative de la ville pour vous?
Marcus: On n’habite pas à Magog. Alors, c’est une preuve de l’écriture automatique. La première ligne de la chanson est arrivée toute seule. On ne savait pas de qui vraiment on voulait parler avec ces deux jeunes qui fuient leurs problèmes en fumant du pot, mais avec cette première ligne on se demandait où s’en allait cette histoire-là.
Julien: Dans quel contexte s’écroule la lune à Magog? Clairement, ce n’est pas très rationnel. On a imaginé ça et on s’est posé des questions comme «pourquoi?». Je pense qu’inconsciemment il y avait une petite référence à notre ami Vincent Vallières qui habite dans ce coin-là. Vincent avait des tounes, au début des années 2000, qui parlaient des choses d’une manière comme «Vincent, qu’est-ce que tu fais là?» Il y avait du boucan et tout ça, par exemple dans la chanson Tom, donc, quand je pense à Magog, je pense à Vincent Vallières.
Le rythme de l’album est parfait pour la route, dans le sens qu’on a l’impression de conduire sur les routes du Québec. Ayant été joué à la radio depuis le début du projet, est-ce que le fait d’être radiophonique ou écouté sur la route est quelque chose qui était dans vos têtes quand vous écriviez vos chansons?
Marcus: Je pense qu’on a un côté pop dans notre écriture. C’est quelque chose qu’on aime. Avec cet album, on ne savait pas que la musique serait jouée à la radio. La production était instinctive, moins travaillée, et on a une très belle équipe de promo. Donc, ce n’était jamais par exprès, mais c’est tant mieux si naturellement la musique est commerciale.
Julien: On ne force pas, mais on aime ce type de musique, les refrains et le côté catchy. On aime les bands punk qui étaient radiophoniques à l’époque, comme Billy Talent, Sum 41, Green Day, alors il y a quand même une touche de ça. On s’est rendu compte que la radio est le meilleur véhicule pour nous, donc on est bien content.

Le dialecte québécois est fort dans vos chansons, comme les auditeurs sont vos amis. Selon vous, quelle est l’importance de célébrer la culture, surtout en ce qui concerne la langue?
Julien: C’est très important pour nous. On ne chante pas de choses qu’on ne connaît pas, donc on aime rester proche de chez nous. On écoute beaucoup de musique en anglais, mais écrire en français est un souci de sincérité. Marcus et moi sommes allés à l’École nationale de la chanson et c’est là où on était plongé davantage dans la culture québécoise francophone. Ça nous a enlevé le côté quétaine qu’on voyait à un certain moment de notre adolescence.
Marcus: La sincérité, c’est bon. On s’exprime en français, on travaille en français, on vit en français, c’est vraiment dans notre identité. On ne pouvait pas faire des choses autrement. La radio a besoin de la musique émergente en français, donc on est là et on est très fier.
Est-ce qu’il y a d’autres duos musicaux qui vous ont inspiré dans ce projet?
Julien: Je crois que non. On est un band à la base. On voulait faire tous les instruments à deux. On pourrait dire que Weedon est un duo, mais dans nos têtes c’est plus un groupe.
L’album était créé est enregistré dans les Appalaches. À quoi ressemblait l’environnement et a-t-il influencé votre son?
Marcus: On est né pas trop loin de cette chaîne de montagnes, à la campagne, donc, dans l’album, il y a de références aux Cantons de l’Est, l’observatoire du Mont-Mégantic, le parc Rivière-aux-Cerises à Magog. Il y a aussi beaucoup de marques de véhicules, de pick-ups et d’autos. Je ne pense pas qu’on pensait à la nature, mais, quand on avait besoin de la poésie dans l’écriture, la nature est venue très naturellement.
Julien: Parfois, ces références nous font sourire et rire. Par exemple, les oiseaux et le fait de s’imaginer chiller et boire de la bière avec les coyotes. On n’est pas le type de personne qui regarde les oiseaux le matin, mais la nature nous inspire.
Quels sont vos plans pour les prochains mois et pour l’été?
Julien: On a plusieurs dates qui viennent. On va jouer cet album partout dans la province d’ici jusqu’en 2025 et on commence déjà à parler d’un autre album. On va aller en tournée, voir ce qui nous inspire et le partager avec le monde.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

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