Frédérick Gravel signe Tout se pète la gueule, chérie, une pièce chorégraphique hybride et percutante au Quat’Sous jusqu’au 13 septembre.
Frédérick Gravel est l’idéateur de cette pièce chorégraphique hybride qui décoiffe et réjouit par son approche originale sans esbroufe mais très efficace. Il nous raconte en première partie que le qualificatif de masculiniste lui est une sorte de surprise. Il ne se pensait pas comme tel au départ mais il l’accepte pourtant, avec une sorte de lucidité sans pourtant se l’accaparer au complet, nous exposant ainsi tout son art comme « homo sapiens occidentalis » sans être snob ni insignifiant. Un long préambule explicatif de la condition d’artiste un peu candide au début du spectacle a pu en déconcerter certains mais, pour ma part, j’y ai reçu une tirade immensément libre et très sensible ; j’ai même songé au grand Yvon Deschamps. Tout peut se péter la gueule, chérie ! Oui, mais je reste vigilant et surtout vivant.
Créée en 2010 au Festival TransAmériques, cette œuvre n’a rien perdu de son actualité, elle reste toujours percutante. On aime entendre les vibrations des percussions et les grincements des cordes qui portent les gars du « pole dancing » au gestuel des lions en chasse ou des chevaux qui fuient. Les poings au sol comme des pattes de félin, pieds et jambes dressés prêts à bondir… Les trois danseurs Dany Desjardins, Frédérick Gravel et David-Emmanuel Jauniaux deviennent des chasseurs et ensuite des proies. Ils sont authentiques et athlétiques dans des contorsions qui ressemblent à la vie courante, parfois allant aux extrêmes. Ça parle à tout le monde, car on y voit des corps au travail, en soumission, en domination, en rédemption, ludiques, au mur ou au sol, désœuvrés ou empâtés par la bière.
La musique et la voix de Stéfan Boucher sont remarquables, elles enrobent puissamment les mouvements des gars de scène. Frédérick Gravel est parfois à la guitare et ça décolle à merveille. Plusieurs chants en anglais et seulement un en français, où l’on entend ces paroles désespérées : « Tu es trop belle pour moi ». Tout fout le camp ! Même chez nos cousins français, on insère des chansons en anglais dans leurs films et séries. PORQUÉ?
Achetez vos billets, sinon, ça sera sûrement repris… espérons avant 15 ans ! Attention : samedi 13 septembre, matinée à 16 h.

Michel Jolicoeur | Journaliste


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