Le film Tous toqués, de Manon Briand, prendra l’affiche le 13 septembre prochain. Voici nos photos du tapis rouge de la première montréalaise ainsi que des entrevues réalisées avec Julie Le Breton, Normand Chouinard, Élodie Fontaine, Sylvain Marcel, Oussama Fares et Douaa Kachache.
Julie Le Breton
Vous jouez le rôle de Sonia, une douanière un peu pointilleuse et vous avez une jeune fille de 10 ans. Parlez-nous de cette expérience …
J’ai trouvé ça formidable de jouer avec Élodie Fontaine. C’est une jeune actrice qui est arrivée sur le plateau avec un grand désir d’apprendre, avec beaucoup d’humilité et de timidité, avec des yeux grands ouverts et le cœur grand ouvert. Il fallait respecter son rythme à elle. J’ai souvent joué avec des enfants. Mon but ce n’est pas de devenir une mère, mais plutôt de créer un lien de confiance. On devient des camarades. Si tu as besoin d’aide, je vais être là pour toi. C’est une enfant qui est très équilibrée avec un cercle familial assez présent et irréprochable donc, ça s’est très bien passé! C’était beau de voir son évolution! Plus on avançait dans le tournage, plus elle gagnait en confiance, plus elle était affirmée. Sa personnalité était mise de l’avant et ça, c’était chouette!
Comment était-ce travailler en interaction avec un acteur français Édouard Baer dont le rôle et votre rencontre au départ étaient plutôt déconcertants ?
Oui, ça a bien été. C’est certain qu’il y a un décalage culturel, pas tant parce qu’il est français, mais parce que c’est une autre culture cinématographique. On n’a pas une si grande différence d’âge, mais il s’inscrit aussi dans une autre génération. On a une façon de travailler au Québec qui est dans la rapidité et dans l’efficacité. On a des journées beaucoup plus remplies qu’en France. Pour lui, ça a été un choc de voir qu’on pouvait faire des 12-14 heures par jour, alors que là-bas ils font des 8-9 heures! Je ne pense pas que personne sur le plateau n’avait un syndrome de colonisé, on ne s’excusait pas d’être québécois, au contraire!



Au départ, le comportement au travail de la douanière Sonia est assez rigide, ça lui occasionne des représailles dans un environnement moins urbain, proche de la frontière. Cela occasionne pourtant des situations cocasses?
À partir du moment où il y a quelqu’un qui fait les choses différemment, on peut être considéré comme un paria, puis il y a un esprit de clocher. Mais je pense que c’est traité de façon relativement humoristique. Le personnage de Sonia est targué d’être psychorigide alors qu’elle ne fait que bien faire son métier, elle suit les règles alors que les autres sont plus « slacks ». On a parfois de la misère à voir les femmes être en position d’autorité, elle fait sa job, elle suit les règles à la lettre et ça ne fait pas l’affaire des gens dans le village. Ce n’est pas pour la défendre, mais si c’était un homme dans cette situation, on ne poserait pas le même regard! C’est quand même quelqu’un qui s’occupe de son père, de sa fille. De plus, elle a donné son casse-croûte à des gens qui sont arrivés au Québec, des gens qui n’avaient peut-être rien pour s’installer ici. Donc, elle a vraiment le cœur sur la main! Plus le film va avancer, plus elle va vivre des choses et réaliser qu’elle aussi a le droit de s’épanouir!
Normand Chouinard & Élodie Fontaine
Dans cette équipe, Élodie, vous êtes la plus jeune et vous Normand, vous êtes parmi les plus « expérimentés » des acteurs ?
Normand : Oui, c’est pour ça que je suis son grand-papa pour le temps d’un film!
Élodie : Oui pour moi le tournage a duré environ un mois et demi presque deux mois, pendant l’école et aussi les fins de semaine. J’avais 10 ans à ce moment-là, maintenant j’ai 11 ans. Le personnage a mon âge. C’est une des premières fois que j’apprends des textes. J’ai fait de la télé et des publicités, mais jamais de cinéma! J’ai aimé cela au cinéma parce qu’on pouvait être la plus longtemps, pas juste une journée.


Élodie, pendant le processus des auditions et du tournage, est-ce que tu étais accompagnée et encadrée par tes parents ? Est-ce que tu as déjà suivi des cours?
Oui, tout au long des auditions. C’est mes parents qui me faisaient apprendre mes textes, c’est aussi eux qui m’amenaient à Montréal; comme on habite à Saint-Hyacinthe… Mes parents étaient beaucoup présents pour moi, ils étaient toujours présents lors des tournages. J’ai suivi des cours de diction pour faire du doublage, ça m’a aidé aussi pour la télé et le cinéma, car ça a amélioré ma diction!


Le grand-papa, Normand c’est un vrai rôle de composition?
Non parce que je suis vraiment grand-père dans la vie, mais, oui en raison du type de grand-père, parce qu’il a un petit problème de santé mentale, Alzheimer. Pourtant, il va de mieux en mieux pendant le film parce que je pense qu’il va profiter du mieux que prend sa fille et sa petite-fille… Plus ça avance, mieux ça va pour la maman et aussi pour sa propre fille parce que le village commence à changer d’idée sur ce qu’elles sont. On arrête un peu de se moquer d’elles, même si la jeune devient l’héroïne du village… Je sens tout ça comme un grand-père. On a une petite scène ensemble pas très longue, mais qui en dit beaucoup sur la relation. On adopte des poussins qui deviennent des poules, on s’en occupe bien et on les aime. Lorsqu’arrive le moment de tuer les poules, on fait tous les deux une crise en même temps, on sent qu’ils sont très liés.
Comment vont les projets du comédien Normand Chouinard ?
Moi, je suis dans une période de ma vie où les choses ne s’enchaînent pas tous les mois. C’est plus tranquille et je ne vous cacherai pas que c’est très bien comme ça. J’apprécie toutes sortes de rôles, dans Le temps d’un été, j’ai joué le rôle du Maire d’une ville au Bas-Saint-Laurent. J‘ai fait quelques scènes dans Avant le crash. C’est parfait comme ça, c’étaient des choses pas trop lourdes qui me conviennent parfaitement et où je peux avoir un petit quelque chose à donner. Ça, c’est important pour moi! On a déjà dit qu’il n’y a pas de petits rôles, il n’y a que des mauvais textes!

Incarner le papa de Julie et le grand-papa d’Élodie, on s’est tous bien entendus ensemble. Alors j’étais tout en oreille. Je les écoutais jouer, je n’avais pas d’interactions directes. Je réagissais à des choses alors, je les ai beaucoup écoutés! Je n’ai pas beaucoup connu de gens atteints de la maladie, mais Manon Briand m’expliquait que c’était un état moins désespéré que certains cas plus graves. Dans ce cas-ci, c’est un père dont la fille s’occupe beaucoup, d’abord, ils vivent ensemble. Il y a sa petite-fille qui s’occupe aussi de lui. On voit bien qu’elle le prend sous son aile comme lui quand elle était petite, donc c’est un retour des choses. On devient l’enfant de sa propre fille! Ça a été un vrai bonheur ce tournage!
Sylvain Marcel
Tu es parfaitement à l’aise dans le rôle d’un épicier qui fait découvrir une boisson locale à un visiteur français. Et le fait que ça soit une coproduction avec la France, est-ce que ça a eu une influence?
Oui, la boisson, j’ai de l’expérience là-dedans. Ça va faire 15 ans le 28 septembre prochain que je n’ai pas consommé ni drogue ni alcool. Ça fait que j’avais de la pratique, je savais comment un gars chaud se comporte! J’ai eu du plaisir à jouer ça avec Édouard Baer. Concernant la coproduction, j’étais un peu nerveux, car il y a quelques années, j’étais allé tourner Aline de Valérie Lemercier. Pendant que je vivais à Paris, j’ai vu qu’il y avait un « one man show » d’Édouard Baer. Je suis allé le voir. C’est un acteur que j’admirais depuis Astérix … À la première lecture qu’on a faite, je me suis demandé comment il va être, tu sais, c’est une « STAR » en France! C’est un système très différent… La hiérarchie y est très importante. Mais alors, pas du tout, Édouard a été super agréable et drôle, il trouvait que j’étais costaud! Ça a été un plaisir et un bonheur de tourner avec lui. J’ai déjà fait La petite séduction et c’est très important pour les gens de montrer et de mieux faire connaître leurs produits du terroir.

Oussama Fares et Douaa Kachache
Vous jouez un couple qui vit un rêve: opérer un casse-croûte (burger et frites) dans un milieu rural pour vous intégrer au Québec. En tant qu’humoriste de la diversité, ces rôles vous conviennent à merveille?
Oussama : Je suis arrivé au Québec à l’âge de 9 ans. J’ai appris le français au Maroc avec un oncle qui vivait en Suisse et je lui traduisait les mots pour faire son marché au souk, les tomates …
Douaa: C’est vrai que tu es un épicurien pour la cuisine avec Uber Eats. En passant, on était très choyés et bien nourris sur le tournage! On nous a dit de ne pas nous habituer, car ce n’est pas toujours comme ça !
Oussama: Moi ça a « fitté » parfaitement dans ma tête ce rôle: un nouvel arrivant, avoir une opportunité en région et la saisir. Quand tu arrives au Québec, tu as tellement soif d’intégration que tu veux être apprécié. Si on leur avait offert un casse-croûte à mes parents en arrivant, ils se seraient donnés à fond à la marocaine.
Douaa: On voit souvent ça aussi un projet qui est un Plan B pour arriver à un Plan A. Ils avaient tous les deux d’autres ambitions, mais on va se serrer les coudes et on va faire le mieux.

L’immigration c’est ça, la vie change, on arrive avec des diplômes, mais on doit agir rapidement et différemment. Bref, la formation du personnage en denturologie reste dans le placard, quand on voit les prothèses dans l’armoire!
Oussama : OUI, j’aime beaucoup cette scène en plus! Mes petits projets personnels dans une armoire de cuisine! On verra d’ailleurs que ses talents de mouleur serviront à cuisiner le plat au concours de cuisine !


Comme première expérience de cinéma au Québec, c’est prometteur! En plus, vous menez des carrières d’humoristes en partage avec des têtes d’affiche de la communauté marocaine comme Rachid Badouri, Mehdi Bousaidan. On dirait que la communauté est dans la grande parade culturelle québécoise. Selon vous, est-ce que c’est grâce à la langue commune et le cœur?
Douaa : C’est nécessaire! Moi je suis contente! Autant des petits rôles comme ça que des plus grands rôles qu’on endosse. On veut juste montrer que les gens peuvent voir que la diversité existe et que ça commence vraiment à s’ouvrir. Je suis contente que l’on nous approche, des gens comme Oussama ou moi, sachant qu’on est capables de faire le travail d’acteur demandé. Il n’y en a pas tant que ça d’humoristes femmes maghrébines! On aime avoir plusieurs cordes à notre arc!



Michèle Deslauriers


Dominic Paquet

Lélia Névert



Manon Briand, réalisatrice


Autres photos du tapis rouge
Mettant en vedette Caroline Dhavernas, Éléonore Delvaux-Beaudoin, Emma Bảo Linh, Hubert Proulx, Myriam Leblanc, Simon Boulerice, Vincent Leclerc, Mélanie Pilon et bien d’autres.


















Michel Jolicoeur | Journaliste

Frédéric Lebeuf | Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.

J’ai particulièrement hâte de voir Édouard Baer dans ce rôle, surtout avec sa dynamique avec Julie Le Breton. Le mélange d’humour québécois et français promet d’être savoureux!