Le samedi 14 juin, Pierre Lapointe a investi les planches du Théâtre du Nouveau Monde dans une formule intime et raffinée, fidèle à son univers. Dans le cadre des Francos de Montréal, l’artiste est venu présenter Dix chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé, son plus récent album. Accompagné de deux pianistes et d’un quatuor à cordes, il a offert un moment suspendu, entre confidences poétiques et noirceur lumineuse.
En première partie, Pierre Lapointe se présente lui-même sur scène pour introduire Édouard Tremblay-Grenier, jeune chanteur et comédien. On découvre des chansons toutes simples et douces, accompagnées à la guitare. Une relève prometteuse, faite de poésie et de tendresse.



En tournée pour son dernier album, Dix chansons démodées pour ceux qui ont le cœur abîmé, Pierre Lapointe est accompagné du formidable duo de pianistes Amélie Fortin et Marie-Christine Poirier, ainsi que d’un quatuor à cordes tout aussi remarquable.
Pierre Lapointe est sans conteste l’un des auteurs de chansons à texte les plus appréciés de sa génération. Son phrasé très étudié, porté par des musiques évocatrices d’un autre temps, a conquis un public fidèle depuis vingt ans, des deux côtés de l’Atlantique. L’influence de la chanson française y est marquée : les mélodies rappellent parfois les cantates de Bach, et les textes, empreints de mélancolie, explorent les amours difficiles et les réalités des minorités singulières. Le grand Charles Aznavour (1924–2018) aurait sans doute tapé du pied et des mains en entendant les cadences inspirées de notre troubadour, né à Alma en 1981…



Que penser de son inlassable fascination pour la mort? On pourrait dire que, comme Picasso a eu sa « période bleue », Pierre Lapointe explore la noirceur pour livrer une part de son intimité. Il y semble pourtant à l’aise, et son talent s’y déploie avec agilité. Déçu parfois par l’époque, il trouve malgré tout les mots pour retrouver un équilibre, même teinté de fanfaronnade. Il admire la beauté et tente de la recréer, même dans l’adversité. Selon lui, on peut être déçu par des « connards », même après les avoir désirés.
Pierre Lapointe est un créateur acharné et engagé. Seize albums en vingt ans : c’est énorme. Chacune de ses présences sur scène est un moment réjouissant, car il sait s’entourer de diversité et apprivoiser son public, même lorsqu’il aborde des territoires comme la tristesse du désamour, la discrimination ou l’isolement.
Son tour de chant est un véritable enchantement, malgré l’époque troublée qui assombrit à la fois le monde des arts vivants et les injustices de la guerre. Gardons espoir, Monsieur Lapointe!




Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Benoit Rousseau

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