Le mardi 14 avril, le Théâtre du Gesù accueillait la première médiatique du nouveau spectacle d’Ouellet, Dans l’temps qu’on riait. Une soirée marquée par une proposition assumée : revisiter l’humour d’une autre époque pour mieux questionner celle d’aujourd’hui.
Une première partie remarquée
Avant même qu’Ouellet ne prenne possession de la scène, c’est Anne-Sarah Charbonneau qui ouvre le bal. Et quelle entrée.
Avec aisance, elle installe immédiatement une complicité avec la salle. Son humour, profondément ancré dans l’intime, explore des thèmes comme l’identité, le coming out ou encore la quête d’affirmation personnelle, des sujets déjà vus, mais revisités avec une fraîcheur et une sincérité qui frappent juste.
Ce qui impressionne, c’est cette capacité à faire rire tout en gardant une forme de vulnérabilité. Elle ne « chauffe » pas seulement la salle, elle la capte. Une performance qui confirme qu’elle n’est clairement plus une relève à surveiller… mais déjà une voix à suivre.
Ouellet : rire du passé pour questionner le présent
Dans l’temps qu’on riait repose sur une idée simple en apparence : revisiter l’humour d’une autre époque. Mais derrière ce concept, l’humoriste joue avec une ligne fine, celle entre nostalgie et malaise. Il replonge dans des blagues et des références d’il y a plusieurs décennies pour mieux interroger notre regard actuel sur celles-ci.
Certaines propositions flirtent volontairement avec les limites, invitant le public à réfléchir autant qu’à rire. Ce jeu constant entre nostalgie et inconfort constitue l’un des fils conducteurs du spectacle, qui repose sur la capacité du public à suivre l’intention derrière les propos.
Entre souvenirs personnels et regard social
Le spectacle navigue entre différents registres. Ouellet parle des souvenirs d’enfance, notamment liés à son passé en milieu rural, tout en abordant des sujets tels que l’évolution des normes sociales, l’éducation ou les relations modernes.
Des thèmes plus légers viennent s’ajouter, créant un équilibre entre réflexion et humour plus accessible. Cette alternance contribue à maintenir un rythme vivant, soutenu par un public réactif et engagé tout au long de la représentation.
Une première réussie… et prometteuse
Malgré le risque, Ouellet livre une performance solide, portée par un public réactif et curieux. L’exercice est délicat, parfois déstabilisant, mais globalement maîtrisé.
Ce spectacle marque un tournant : celui d’un humoriste qui assume pleinement une posture plus réfléchie, presque provocatrice, sans renier son désir premier : faire rire.
Et si la soirée du 14 avril donne le ton, la suite de la tournée pourrait bien confirmer une chose : Ouellet n’est pas là pour faire l’unanimité, mais pour faire parler.

Maud Cherrier | Journaliste

