Parmi les trois courts-métrages québécois toujours en liste pour les Oscars, on retrouve le documentaire Oasis de Justine Martin. Son premier film a décroché plus de 100 sélections et a remporté plusieurs prix, Oasis a notamment raflé les principaux honneurs lors du Gala Émergence 2023.
En attendant le dévoilement des cinq œuvres en nomination pour le prix Meilleur court métrage documentaire, on vous propose de découvrir la réalisatrice de l’œuvre, Justine Martin à travers cette entrevue qu’elle nous a donnée le 5 janvier dernier.
Présentation de l’œuvre
Présente-moi le court-métrage Oasis.
Oasis raconte l’histoire de deux jumeaux (Rémi et Raphaël) qui vivent un dernier été dans la forêt parce que l’un d’entre eux a un handicap qui fait en sorte qu’il est un peu pris dans l’enfance. Celui-ci est témoin de son frère qui grandit un peu plus vite que lui. Le documentaire parle de la distance qui se crée entre frère et sœur quand on grandit, et, à un certain point, on se rend compte qu’on est plus à la même place dans la vie. Plus ils vont grandir, plus ça va être difficile et moins il va y avoir de moments nécessairement les deux ensembles.
Qu’est-ce qui se passe quand on les met dans un environnement et un contexte où il n’y a aucun facteur extérieur (pas d’amis, pas de cellulaire, pas de parents) ? C’est la question que je me suis demandée avant de commencer à faire le film. On a tourné durant trois jours dans un chalet en pleine nature (qui a servi de bulle).
À la base, comment est venue l’inspiration de présenter cette histoire en un court-métrage documentaire ?
Je connaissais déjà les jumeaux parce que j’étais leur gardienne. On habitait dans la même rue, et je les ai gardés longtemps lorsqu’ils étaient enfants. Je m’intéresse beaucoup à la fine ligne entre l’enfance et l’adolescence et la switch de l’un à l’autre. Pour moi, c’était un angle que je trouvais intéressant. En revoyant les jumeaux et en prenant de leurs nouvelles, j’ai vu que pour la première fois, à leurs 14 ans, qu’il y avait une petite distance qui s’était créée entre eux. C’est ça qui m’intéressait, soit de documenter ce moment crucial de leurs vies.
Est-ce que tu crois que le court-métrage a eu des répercussions sur les jumeaux ?
Je pense que les jumeaux ont beaucoup aimé l’expérience. C’était important pour moi que le tournage soit plaisant pour eux et qu’on garde le côté souvenir et expérience. On voulait que ce soit un projet qu’on allait faire tous ensemble et qu’ils soient impliqués activement. Au-delà du tournage, je crois que c’était un beau moment qu’on a créé avec eux. Le tournage était aussi un prétexte pour les rassembler entre eux. C’était vraiment précieux d’avoir ce souvenir. Ce sont des images qu’ils vont garder toute leur vie et qui documentent cette parcelle de leur vie. Ils ont 16 ans maintenant, ils peuvent se rappeler le lien qui les unit.
Une distinction significative
Comment est-ce que tu t’es sentie quand tu as su que Oasis était sélectionné dans la courte liste des Oscars dans la catégorie Meilleur court-métrage documentaire ?
Beaucoup de joie, beaucoup de surprise. Depuis le début du parcours d’Oasis, c’est une surprise à chaque fois parce que c’est un film indépendant et que c’est mon premier film après être sortie de l’université. De voir que ce film a un si grand parcours, ça me touche beaucoup. On a reçu beaucoup d’amour, et je me sens vraiment fière.
Qu’est-ce que cette distinction représente pour toi ?
J’ai beaucoup appris sur ma pratique personnelle et professionnelle à travers toute cette année de parcours en festivals. Ça me montre aussi que c’est possible de faire des films avec des petits moyens ou des choses qui sont proches de nous. Quand on reste honnête à nos intentions, ça peut aller loin. Ça représente aussi une lumière pour le cinéma québécois. Ça m’a appris que c’est important de faire confiance en notre instinct et que notre bagage qu’on a accumulé peut servir pour faire un film.
Qu’est-ce que ça représenterait si ton documentaire est sélectionné ?
(Rires) Fébrile, c’est sûr ! Déjà d’être dans la shortlist, c’est un accomplissement énorme. Juste le fait d’être là, j’ai eu de la misère à le réaliser. Le 23 janvier, je vais me rappeler de tous les gens qui supportent le film. Peu importe ce qui arrivera, on est fier. Il y a tellement de gens qui nous ont offert leur soutien. Pour moi, c’est plus qu’assez. J’imagine si, mais je ne fais pas d’attente étant donné que la compétition est difficile. Le marché américain, c’est un autre type d’industrie aussi.
Les cinq œuvres en nomination dans la catégorie seront dévoilées le 23 janvier, dans quel état d’esprit penses-tu être cette journée-là ?
C’est comme un rêve plein d’espoir. De réaliser un tel exploit, ça serait au-dessus de toute attente. Si j’imagine le moment, ça serait vraiment quelque chose.

Un projet lumineux depuis le jour 1
Ton film a décroché plus de 100 sélections et a remporté plusieurs prix. Qu’est-ce que tu retiens de tout ça ?
Le film a continué de m’apprendre beaucoup de choses même après l’avoir terminé. On est resté honnête avec nos intentions. L’énergie sur le plateau était belle. On a fait ce film dans le meilleur de nos connaissances et de nos capacités, et ce dans le respect et dans l’amour du cinéma. Quand on fait confiance à notre instinct, aux gens, à l’équipe et au processus complet, ça peut vraiment mener à de belles surprises.
De ne pas avoir eu d’attente au départ; à chaque fois qu’il y avait une nouvelle sélection de festivals et de nouveaux prix, c’était comme toujours une petite nouvelle lumineuse. On ne savait jamais ce qui allait être la prochaine étape. Je retiens aussi de rester vrai avec ce qu’on veut dire. Même si l’on passe beaucoup de temps à essayer de vendre notre film, il faut rester près de la création aussi et il faut rendre hommage à tous ceux qui ont travaillé dessus.
Qu’est-ce qui t’a rendu le plus fier dans tout le processus depuis le jour 1 du projet ?
D’avoir réalisé un premier film. J’ai douté longtemps sur ma pratique dans le sens que j’ai douté sur la manière dont je disais les choses et je n’avais pas beaucoup d’expérience. De faire ce film au meilleur de mes connaissances et de voir que ça peut toucher les gens, ça me donne l’impression que j’ai rejoint mon auditoire et que j’ai créé un dialogue entre les spectateurs; ce qui a été parmi mes plus grandes fiertés.
Mon intention initiale était d’avoir quelque chose dans mon portfolio, soit d’avoir une œuvre à l’appui pour pouvoir déposer aux institutions et de pouvoir faire d’autres films. Je n’avais donc pas d’aussi grosses attentes en commençant le parcours. À chaque fois que l’œuvre était sélectionnée ou récompensée, on était agréablement surpris des réactions suscitées. Ça m’a vraiment touché que les gens viennent me voir pour me parler de ma pratique, et j’ai vraiment appris de ça.
– Justine Martin.
Deux nouveaux courts-métrages à l’horizon
Pourrais-tu nous parler de Carnaval et Les faux sapins.
Carnaval est au début de sa distribution, il est prêt à être envoyé dans les festivals. C’est un assez court film documentaire. J’ai été approché par l’organisme Cirque Hors Piste. J’avais carte blanche pour réaliser un film sur le cirque social. Le cirque social est un moyen de réinsertion sociale pour les gens plus marginalisés.
Il raconte l’histoire de plusieurs personnes de partout à travers le Canada qui se rencontrent un week-end dans les Laurentides pour faire du cirque.
Les faux sapins, c’est un court-métrage de fiction de type comédie noire. On l’a tourné en novembre dernier, on commencera le montage en février. Il devrait sortir vers l’automne 2024 si tout va bien.
C’est l’histoire d’une petite fille qui est témoin de la mort subite du père Noël dans un marché de Noël. Elle va tenter de protéger sa plus jeune sœur pour que celle-ci ne soit pas témoin de ça afin qu’elle garde son innocence d’enfant.
Est-ce que tu commences à penser à faire un long-métrage ?
Tranquillement, je pense à filmer les jumeaux sur une plus longue période. Ça serait un projet plus à développement. J’aimerais qu’on filme, été après été sur une période de 10 à 15 ans, leur entrée à l’âge adulte dans le but de documenter et de les voir grandir à l’écran.

Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
