Le 8 janvier prochain à Montréal, la Galerie Dazibao présentera Mouvement Perpétuel : 25 ans de création en mouvement, une soirée de cinéma-danse mettant en lumière plusieurs œuvres du duo. En marge de cet événement, nous avons rencontré les codirecteurs Marlene Millar et Philip Szporer pour une entrevue.
Pouvez-vous nous présenter Mouvement Perpétuel en quelques mots ?
Mouvement Perpétuel est un duo de création en ciné-danse. À travers des collaborations avec des chorégraphes et des interprètes issus de diverses cultures, nous explorons le mouvement comme langage universel, en portant une attention particulière à la relation entre le corps, la caméra et l’espace. Notre travail se situe à la croisée de la danse, du cinéma et des arts médiatiques, avec le désir de créer des œuvres sensibles, ancrées dans l’échange, la rencontre et le dialogue interculturel.
Félicitations pour ces 25 ans ! Que signifie cet anniversaire pour vous après tout ce chemin parcouru ?
Merci. C’est un moment pour réfléchir à notre pratique et à la façon dont elle a évolué. C’est aussi l’occasion de la partager avec le public à travers des projections rétrospectives, des conférences d’artistes, ainsi que des ateliers pour les artistes émergent·e·s en danse et en médias — ces ateliers ne se tiendront pas le 8 janvier, mais seront proposés dans le cadre d’autres événements tout au long de l’année.
Quels ont été les moments charnières qui ont marqué ces 25 ans ?
Une bourse en danse-média à UCLA en 1999 a solidifié notre approche collaborative de la création, en nous permettant de développer des œuvres qui ouvrent des espaces de dialogue et de compréhension entre les cultures. Cette expérience a également mené à plusieurs projets aux États-Unis, notamment les documentaires Standing at the Edge, We Dance, Eko and Sen Hea: A Journey Beyond et Creating Across Cultures.
Un autre moment charnière a été notre collaboration avec l’artiste de danse Shantala Shivalingappa lors de la création du film de danse Bhairava en Inde. Le niveau d’engagement et de collaboration a marqué une première pour nous : nous avons travaillé avec une chorégraphe et interprète pleinement impliquée dans le processus cinématographique, de la phase de développement jusqu’à la diffusion du film. Cette expérience a été riche et profondément marquante.


Quels ont été les plus grands défis à surmonter au fil des années ?
Le financement, toujours le financement. Et aussi le défi de trouver notre place en tant que cinéastes de danse auprès des conseils des arts, puisque notre travail ne s’inscrit pas toujours clairement dans les programmes dédiés à la danse ou au cinéma.
Comment Mouvement Perpétuel a-t-il fait évoluer le cinéma-danse au fil des années ?
Par la constance de notre pratique, nous avons montré qu’il est possible de maintenir une démarche en cinéma-danse et de la faire évoluer vers de nouvelles formes d’expression. Nous avons créé des installations chorégraphiques pour des galeries, des musées et des espaces alternatifs, exploré la création en 3D stéréoscopique, et développé des documentaires dont la diffusion a dépassé le cadre du circuit du film de danse.
Qu’est-ce qui distingue Mouvement Perpétuel dans le monde de la danse et du cinéma ?
L’un de nos objectifs est de faire entrer le spectateur dans l’expérience autant que possible. Faire ressentir le souffle et les détails du langage de la danse est l’une de nos signatures dans nos films de danse, et, à travers nos documentaires, nous cherchons à offrir une compréhension du processus de création, tout en révélant l’impulsion artistique et l’humanité de la personne derrière l’œuvre.


Lors de l’événement à la Galerie Dazibao le 8 janvier prochain à Montréal, certaines de vos œuvres seront présentées. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Après avoir partagé notre travail avec de nombreux publics internationaux, il est particulièrement significatif pour nous de le présenter à notre public d’ici. Nous avons également invité trois équipes d’artistes en cinéma de danse qui, comme nous, privilégient une pratique artistique collaborative — Priscilla Guy et Catherine-Lavoie Marcus, Siam Obregón et Kyana Lyne, ainsi que Cai Glover et Max Machado — à présenter leur travail. Il est important pour nous de reconnaître et de soutenir la prochaine génération de créateur·rices œuvrant dans ce domaine.
Pourquoi pensez-vous que le public devrait venir assister à cet événement ?
Nous avons envie d’inviter le public à vivre un moment de rencontre, tout simplement. Voir ces films ensemble, dans une galerie, crée une expérience très différente que de les découvrir seul. C’est l’occasion de partager des œuvres qui nous habitent depuis longtemps, de faire dialoguer des pratiques et des générations, et de célébrer la communauté qui rend ce travail possible. Pour nous, cette soirée est avant tout un moment de proximité, de curiosité et de plaisir à être ensemble autour de la création.



Pourquoi est-il important que le public vienne participer au dialogue avec vous lors de cet événement ?
Parce que ce dialogue nous touche directement. Nous créons ces films en pensant à la rencontre qu’ils provoquent, et entendre les impressions, les questions ou les résonances du public fait partie de ce qui donne du sens au travail. Ces échanges nourrissent notre réflexion, mais aussi notre désir de continuer à créer. C’est un moment fragile et précieux, où les œuvres quittent l’écran pour devenir une expérience partagée, humaine, et profondément vivante.
Quels projets ou directions nouvelles vous enthousiasment pour l’avenir ?
Nous travaillons en ce moment sur un film d’éco-danse — un projet qui marie danse contemporaine, enjeux environnementaux et art cinématographique pour explorer, de façon sensible et créative, notre lien avec la nature.

Frédéric Lebeuf | Journaliste
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.

Photos : Courtoisie
Crédit – Photo principale : Annika Sillander
