La vulnérabilité peut devenir une force, et c’est précisément ce que souhaite démontrer Miss Understood, alias Amélys Otis, à travers ses créations. Dans le cadre de cette entrevue, la jeune designeuse montréalaise revient sur sa démarche artistique et sur la collection La Maison de la poupée, une série de bustiers en cuir qui remet en question les stéréotypes, aborde le consentement et invite à regarder au-delà des apparences.
Parle-moi de toi et de ta passion pour la mode.
J’ai commencé à m’intéresser à la mode dès mon plus jeune âge. C’est une passion qui me suit depuis toujours. Au primaire, on m’appelait la petite fashionista. J’avais toujours des tenues très stylées, mes souliers étaient assortis à mes robes et, dès l’âge de 5 ans, je m’amusais à créer de petits looks avec ma grand-mère. C’est vraiment là que j’ai découvert que c’était ma passion.
Au secondaire, je ne savais pas trop vers quel programme me diriger. J’hésitais beaucoup à étudier en arts visuels et lettres. Puis, un jour, ma mère m’a parlé du Collège LaSalle et de son programme de design de mode. Ça m’a tout de suite intriguée. J’ai fait toutes mes recherches sur l’école et je me suis dit : « Wow, c’est exactement ce que je veux faire plus tard. » Je suis donc entrée au Collège LaSalle. J’y ai étudié pendant deux ans et demi avant de quitter le programme, parce que la charge de travail était vraiment intense. J’avais aussi l’impression de ne pas m’être encore trouvée comme designeuse, comme artiste. J’ai alors pris une session de recul pour me retrouver un peu. C’est durant cette période que j’ai vraiment découvert mon cheminement et la direction que je voulais prendre dans l’industrie de la mode, qui est un milieu très compétitif et exigeant.
C’est aussi à ce moment-là que j’ai trouvé le nom Miss Understood et que j’ai défini ce que je voulais apporter à la communauté, le message que je souhaitais transmettre à travers mes créations. Ensuite, je suis retournée à l’école avec une vision beaucoup plus claire. Je me suis alors lancée dans une recherche autour du cuir. Je n’avais jamais travaillé cette matière auparavant. Ça fait seulement cinq mois que j’ai commencé, mais c’est vraiment là que je me suis trouvée. Avec les tissus, je ne me reconnaissais pas autant. En découvrant le cuir, j’ai eu un véritable coup de cœur. Je peux passer des heures et des heures à l’atelier à simplement le travailler.
J’aime énormément créer avec mes mains. Avec une machine à coudre, j’ai parfois l’impression que ça devient plus une production qu’une passion. Tandis qu’avec le cuir, chaque trou est fait à la main, chaque pièce est poinçonnée une à une. Un seul morceau peut me demander plus de 30 heures de travail, mais le temps passe tellement vite quand je fais quelque chose que j’aime. Aujourd’hui, je sens que j’ai vraiment trouvé ma voie : le cuir, les bustiers et le message que je veux transmettre à travers mes créations.
Comment le nom de Miss Understood est-il venu ?
J’adore les jeux de mots dans la vie. J’aimais le petit côté cocasse de la chose. Miss Understood, c’est le sentiment de ne pas être comprise, et c’est justement un sentiment, une pensée que je transmets à travers mes concepts et mes designs. Je trouvais intéressant de prendre ce côté vulnérable, le fait de ne pas être comprise, mais d’en faire une force, de transformer mes faiblesses en quelque chose de beau. C’est de là que viennent mes créations.
Puis il y a aussi Miss Understood, dans le sens d’une jeune femme qui comprend les autres, parce que je me considère comme quelqu’un de très compréhensif. J’aime me mettre à la place des gens, comprendre ce qu’ils ressentent. Pour une personne qui ne se sent pas comprise, je voulais transmettre ce sentiment à travers mes créations. C’est de là que vient le nom, puis il est resté. Je trouve que c’est un bon nom de designeuse.
C’est né lors de ma collection finale au Collège LaSalle. En troisième année, on devait créer une collection très personnelle, qui venait vraiment de nous. Il fallait aussi lui trouver un nom. La plupart des étudiants utilisaient simplement leur prénom. Moi, je suis arrivée en disant : « Moi, je suis Miss Understood. » Tout le monde a trouvé ça vraiment le fun avec le jeu de mots.
Même mon prénom, Amélys, les gens pensent souvent que je m’appelle Amélie. Même mon nom n’est pas compris. Je trouve ça drôle, parce que ça rejoint parfaitement Miss Understood. Souvent, les gens se font aussi une idée différente de mes designs et de mes créations. Ce n’est que lorsque j’explique mon concept qu’ils comprennent réellement ce que je voulais exprimer. Mon prénom, ma collection et mes créations sont souvent mal compris. Je trouvais que ce nom représentait parfaitement ma démarche.


Parle-moi de ta passion pour le cuir.
Pour notre collection personnelle, la plupart de mes designs s’inspiraient de meubles. Ma collection s’appelle La Maison de la poupée et elle est directement inspirée de cet univers mobilier. Dans ma tête, il fallait réussir à transposer ces designs dans la réalité. Je me demandais ce qui pouvait ressembler au bois, sans que je travaille le bois. Je cherchais une matière qui s’en rapproche, mais qui se travaille davantage comme un tissu, parce que c’est compliqué de reproduire cet effet avec du vrai bois.
C’est un de mes professeurs, Raphaël Viens, qui m’a suggéré de travailler le cuir. Je n’avais absolument aucune connaissance dans ce domaine. J’ai vraiment tout appris par essais et erreurs, avec beaucoup de patience. Il m’a transmis plusieurs bases sur le cuir, tranquillement. J’ai appris à le mouler, à le travailler et à comprendre ses possibilités. En quelques mois, j’ai énormément progressé. J’ai passé un nombre incalculable d’heures à faire des recherches et à multiplier les essais.
Le cuir est vraiment une matière fascinante. C’est complètement différent des tissus. On travaille beaucoup plus avec les mains, et c’est ce qui me plaît. Je suis une personne très manuelle et j’aime créer directement avec mes mains. J’ai tout donné dans ce processus. J’ai même saigné sur mes bustiers. C’est un peu comme construire un véritable meuble… et plus compliqué qu’un meuble d’IKEA. Aujourd’hui, on est rendu une unité, le cuir et moi.
Le cuir, c’est une matière qui demande d’être travaillée et traitée avec beaucoup de soin, parce qu’elle est très fragile. Si je fais un trou, je ne peux pas simplement le recoudre : c’est définitif. Il faut donc faire extrêmement attention, chaque détail compte.
Miss Understood portant une de ses créations sur le tapis rouge du Défilé Signature 2026



Est-ce que tu as tendance à porter du cuir dans la vie de tous les jours ?
Oui, c’est sûr que j’essaie d’intégrer le cuir dans mes trucs. Par contre, le cuir reste une matière assez chaude et difficile à porter au quotidien. C’est pour ça que j’aime que mes vêtements, qui sont davantage des pièces d’événements, soient en cuir. Il existe plusieurs couches de cuir et plusieurs types différents, et j’aime les combiner. Par exemple, pour mes bustiers, j’utilise du cuir destiné aux semelles de souliers. C’est donc une matière très résistante et rigide. Ensuite, je vais le recouvrir d’un cuir plus malléable et esthétique. Ça donne vraiment une solidité à mes vêtements.
Tout est moulé à la main, tout est cousu à la main. C’est aussi ce que j’aime dans ce processus : Quand tu couds à la main, tu te perds un peu dans tes idées, et tu te laisses aller.
Quelles sont tes aspirations, tes objectifs de carrière en ce moment ?
C’est sûr que je veux vraiment me nicher dans les bustiers, particulièrement les bustiers en cuir, parce que je trouve que c’est quelque chose qu’on ne voit pas souvent.
Je veux aussi développer davantage ma marque, Miss Understood. Pendant l’école, on n’a pas toujours le temps de travailler pleinement sur sa marque. Par la suite, j’aimerais participer à plus de défilés pour faire rayonner mon nom, notamment en présentant mes créations et en habillant des artistes. Je trouve que ce sont des vêtements qui se prêtent bien aux performances et aux spectacles.


J’aimerais aussi élargir ma pratique en développant d’autres objets et accessoires comme des portefeuilles, des porte-clés, des bijoux, des sacoches et des souliers. Je veux explorer plusieurs aspects pour permettre aux gens de porter mes créations au quotidien. Cela dit, je ne me fixe pas des objectifs trop loin : j’essaie d’avancer jour par jour et de saisir les opportunités qui se présentent. J’aimerais rester à Montréal et y bâtir mon nom.
Je me vois moins comme une entreprise et plus comme une artiste qui fait porter ses œuvres aux autres. Comme les peintres ou les musiciens, moi, j’exprime mon art à travers les vêtements.
Je veux aussi redonner à la communauté et participer à des événements comme des expositions. J’aime beaucoup pouvoir parler de mes créations et des messages qu’elles portent. Par exemple, certaines de mes pièces abordent des sujets comme le consentement. Je trouve important d’aborder des thèmes parfois plus tabous et de donner une voix à ces sujets à travers l’art.
Présente-moi ton bustier que tu as en ta possession aujourd’hui.
C’est un de mes bustiers que j’ai créés et qui est passé au Défilé Signature 2026 du Collège LaSalle. C’est le deuxième bustier que j’ai réalisé, donc j’ai pu apprendre de mes erreurs du premier. Il y a beaucoup d’inspiration de meubles également. On retrouve notamment un arc dans le haut et une serrure au niveau du nombril. C’est aussi un autre message autour du consentement, parce qu’il y a beaucoup de serrures et de poignées dans mes créations. Chaque fois qu’une modèle porte un de mes looks, elle a aussi une clé dans ses accessoires. C’est elle, la “poupée”, comme j’appelle mes modèles, qui décide à qui elle donne la clé. C’est une autre façon d’aborder le consentement, un message important dans mon travail.


Il y a aussi beaucoup de laçage pour bien structurer la pièce. Tout est moulé, comme sur le corps. Même si chaque bustier est déjà formé sur un mannequin, dès qu’on le porte, on a l’impression qu’il épouse parfaitement la silhouette. Je les appelle the doll’s skin, la peau de la poupée. C’est une sorte de deuxième peau qui donne de la confiance, parce qu’on a l’impression que c’est presque une peau naturelle.
J’ai ajouté un fini légèrement luisant et j’ai gardé la couleur naturelle du cuir, ce qui renforce cet effet de peau. Quand on le porte, on peut même avoir l’impression d’être presque nu, ce qui donne une certaine vulnérabilité. Mais une fois porté, il devient extrêmement confortable et ça crée une vraie confiance chez la modèle. J’ai aussi légèrement élargi la base pour créer une forme d’étagère. Quand on le porte, on peut y poser de petits objets. Ça donne vraiment l’impression d’être un meuble. J’aime jouer avec les silhouettes et les illusions dans mes créations.
Présente-moi le concept derrière La Maison de la poupée.
Mon concept parle des femmes de petite taille. Souvent, on est prises pour acquises. Ma collection, La Maison de la poupée, aborde la façon dont les femmes de petite taille sont perçues dans la société. Il existe souvent le stéréotype selon lequel on est innocentes, naïves ou réservées, simplement à cause de notre apparence.
J’ai traduit cette réalité, à partir de mon expérience personnelle, à travers une poupée qui est prisonnière de sa maison. Les gens viennent jouer avec elle, puis, lorsqu’ils ont terminé, ils la remettent dans sa maison. Avec le temps, la poupée se brise. Elle devient plus triste, plus prisonnière. Pour développer une force intérieure, elle se construit littéralement des murs afin de se protéger. Tranquillement, elle se transforme et finit par se fondre dans son environnement. Elle devient ses propres meubles.
J’aimais cette illusion et le côté ironique de voir la poupée devenir une unité avec son décor. C’est pour cette raison qu’elle enfile ensuite une deuxième peau pour se protéger et puiser cette force en elle. On retrouve encore cette idée de transformer sa vulnérabilité, non pas en faiblesse, mais en force intérieure. C’est vraiment le message que je veux transmettre. Même si tu es une petite femme, tu as quand même une force et une voix qui portent. C’est ce sentiment que je cherche à traduire visuellement à travers mes bustiers.



Quel est ton public cible ?
En vrai, c’est toute personne qui ne se sent pas comprise dans la société, qui fait face à des stéréotypes ou à des préjugés. Moi, depuis que je suis très jeune, c’est toujours : « Ah, la petite Amélys ! » On a tendance à me parler de haut, comme si je n’avais pas une voix qui porte. Pourtant, je suis une personne très extrovertie, capable de se défendre et d’affirmer ce qu’elle pense.
C’était important pour moi d’en parler à travers ma collection. Les gens voient les bustiers et les poupées et se disent : « Ah, c’est tellement cute. » Mais ce n’est pas ça, le message. Je trouve que c’est beaucoup plus fort que ça. Ma collection représente les personnes qui ne sont pas comprises, comme Miss Understood. Elle s’adresse à tous ceux qui ont déjà eu l’impression d’être jugés au premier regard.
Quand j’explique mon concept, ça prouve exactement ce que je voulais dire. Je ne porte pas ces créations pour les autres, je les porte pour moi. Ce n’est pas une collection érotique ni une façon de plaire aux autres. C’est une collection qui parle de force intérieure, de confiance en soi et de la capacité à transformer sa vulnérabilité en force.
À première vue, mes créations peuvent paraître provocatrices, mais elles sont surtout porteuses d’un message fort. Elles surprennent, elles bousculent les perceptions. J’en ai assez qu’on me voie comme « la petite fille timide qui ne parle pas ». Souvent, les gens pensent que je suis gênée simplement parce que je suis une femme de petite taille. En créant des pièces fortes, autant visuellement que dans leur message, je veux justement briser ces stéréotypes dès le premier regard.
Pourquoi faire appel à Miss Understood ?
Pour supporter les artistes montréalais. Je suis une designeuse émergente, donc je trouve important de donner de la visibilité et de l’amour à ceux qui débutent. Je crois qu’il est essentiel de soutenir la communauté, surtout quand on travaille fort sur ses créations, que tout est fait à la main et qu’on y met beaucoup de temps et d’amour.
Il y a aussi des messages que je porte dans mes collections. Je ne fais pas ça seulement parce que c’est beau : c’est aussi ma façon de transmettre ma passion, mais également mon vécu. Je parle beaucoup de vulnérabilité dans mon travail.
Des créations de Miss Understood portées au Défilé Signature 2026 du Collège LaSalle



Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
