Le 13 janvier 2026, dans la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier, chaque spectateur est accueilli par un regard bienveillant et une salutation chaleureuse de la part de l’auteur et comédien Gabriel Morin. Cette attention donne le ton pour la suite de la pièce à laquelle il assistera. Merci d’être venus, sous la mise en scène de David Strasbourg, est une œuvre touchante, qui aborde avec tact la perte d’un être cher par suicide. Présentée du 13 au 31 janvier 2026, cette pièce saura vous faire rire et pleurer, parfois en même temps.
Un monologue théâtral autobiographique
Gabriel Morin livre un monologue basé sur son expérience avec la perte de son grand frère, qui s’est enlevé la vie il y a 17 ans. Dès ses premières phrases, l’acteur aborde frontalement le sujet de la mort. Puis, il se penche sur l’histoire de son frère, qui a été aux prises avec une dépression majeure, et sur l’onde de choc qui a suivi son décès, dans une période où ce dernier semblait s’être rétabli.


Le bien-être du public au cœur de la pièce
Tout au long de la pièce, Morin demeure extrêmement sensible aux émotions que peuvent susciter ses paroles dans le public. Les moments plus lourds sont entrecoupés de scènes humoristiques, qui, sans enlever à la gravité du sujet présenté, soulagent et ramènent une part de lumière dans les profondeurs où le spectacle nous plonge. Il est clair qu’une démarche sérieuse a été entreprise pour s’assurer du bien-être du public du début à la fin de la représentation. La présence d’une intervenante du Centre de prévention du suicide de Montréal (CPSM), qui se présente à la salle, rend le message limpide : de l’aide est disponible si vous êtes en détresse.
Si le suicide de son frère est au centre du récit, Morin évite tout sensationnalisme et tente plutôt de briser le tabou des idées suicidaires, qui peuvent affecter n’importe qui. La mise en scène appuie le propos d’une manière imagée. Lorsqu’il parle de sujets particulièrement délicats, tels que la découverte de son frère, le comédien pose la main sur la poignée de la grande porte qui compose l’arrière du décor, sans jamais l’ouvrir. Il choisit de ne pas laisser ce qui se retrouve de l’autre côté (les détails non nécessaires, voire même néfastes pour le public) occuper une place sur scène.



Des réflexions justes appuyées par un jeu solide
Le jeu d’acteur de Morin est à souligner. Il dialogue avec une panoplie de personnages qu’il incarne avec aise, allant d’un guru spirituel à un moniteur de camp de jour, en passant par sa propre mère. Ses réflexions sur son deuil, notamment sur la colère qui l’a taraudé pendant des années, sont captivantes et souvent truffées d’humour. L’accompagnement musical, réalisé par Philomène Gastien (aussi présente sur scène), soutient et met en valeur les propos du comédien. Si les mêmes questionnements reviennent à plusieurs reprises, les réponses qu’il nous fournit évoluent au fil de la pièce. Sa colère demeure vivante, mais il apprend à accepter le vide que son frère a laissé dans sa vie.
L’équipe de Merci d’être venus a su monter une pièce qui laisse la porte grande ouverte à des discussions importantes sur la santé mentale et la prévention du suicide. Elle fait vivre des montagnes russes d’émotion à son public, mais ce dernier en ressort l’esprit plein d’espoir.

Gabrielle Johnson | Journaliste
Depuis toute petite, Gabrielle sait qu’elle souhaite écrire. Elle s’intéresse particulièrement à la critique de pièces de théâtre, un médium qui fait fortement résonner sa sensibilité artistique. Sa passion pour les mots et son intérêt marqué pour les arts de la scène nourrissent une écriture attentive aux voix et aux enjeux humains portés par le théâtre.

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Crédit Photos : Marion Desjardins
