La pièce de théâtre Ma vie rouge Kubrick est présentée du 29 octobre au 16 novembre 2024 à la salle Fred-Barry du Théâtre Denise-Pelletier. Voici le compte-rendu de la première médiatique.
La pièce Ma vie rouge Kubrick est inspirée du roman lui-même d’un retour sur le film The Shining, L’enfant lumière, de Stanley Kubrick. Le roman de Simon Roy, décédé en 2022 d’un cancer au cerveau annoncé un an auparavant, remporte en 2015 le Prix des libraires du Québec. Le film de Kubrick pour sa part s’attache aux événements violents survenus dans un hôtel fermé pour l’hiver dans les montagnes isolées du Colorado. Le film est une méditation classique de l’horreur des généalogies sulfureuses où le mystère plane dans les corridors d’un hôtel de luxe isolé et apparemment hanté par des événements et personnages du passé. Les violences s’accumulent avec des références au passé de vies antérieures et du don de prémonition du fils. Le surnaturel et le destin s’incarnent par des messages prophétiques des dangers venant de l’intérieur…


Dans la mise en scène signée Eric Jean, des images mystérieuses du film sont projetées et des lignes de texte se dactylographient pour évoquer l’écriture du roman. Les dates des tueries américaines apparaissent à l’écran dénotant leur nombre de victimes assassinées: Columbine, Virginia Tech, etc. Tragédies à surmonter, mais séquelles marquantes. Les séquences vidéo du concepteur Julien Blais nourrissent et étayent le propos des textes énoncés parfois obscurs.
Une séquence de survol des montagnes sauvages du Colorado imprègne l’atmosphère de la tension du mythe de la nature potentiellement menaçante. Deux très jeunes jumelles monozygotes au regard fou et visage blême se tiennent la main dans un corridor vide et elles semblent prêtes à mourir debout.


La pièce interprétée par deux jeunes acteurs, Mickaël Gouin et Marc-Antoine Sinibaldi, reprend avec une métaphore dépouillée le questionnement sur les possibilités salvatrices en dépit de tragiques événements du passé familial. Comment vivre et trouver une forme d’équilibre quand on souffre d’abandon et de blessures familiales? Question hyper anxiogène à transposer dans un univers où la maladie mentale est subie et non accompagnée…
Le personnage principal parle d’un père qui l’a abandonné et du suicide de sa mère un 12 février. La prise de médication puissante pour partir dans l’au-delà, apaisement souhaité d’un esprit instable et souffrant. Pourtant, en finale avec cette phrase porteuse d’espoir, on peut mieux respirer: « Au-dessus de ma tête, le soleil s’évertue à essayer de déjouer les nuages. »

Michel Jolicoeur | Journaliste

Photos : Courtoisie
Crédit Photos : Yanick Macdonald
