La rencontre d’une géante dans un spectacle où l’on entend La Poune comme un monument et une pionnière. Elle qui a été la première femme à avoir dirigé deux théâtres en Amérique du Nord, on la reconnait par sa dégaine inégalée, sa gestuelle, son franc-parler, ses idées et surtout son envie d’être accessible pour son public. Voici le compte-rendu du spectacle La Géante présenté au Centre culturel Desjardins de Joliette cet été.
Gabrielle Fontaine incarne avec aisance ce qu’on reconnaît de cette grande dame drôle et pétillante, ça nous rappelle le bon vieux temps, les blagues grivoises, et ce toujours avec bon goût et humour. On rit des classes, on remonte le moral des troupes qui travaillent dans les usines et on n’oublie surtout pas de dénoncer… Parce qu’on sait que la femme a très peu de place pour s’exprimer. On reconnait aussi la valeur de la femme derrière l’artiste et on sent bien que Rose s’est impliquée auprès de sa communauté et de son public. On rend hommage à la simplicité et l’accessibilité d’une géante qui a fait sa part et qui a tenu à faire rire les gens avant tout et ce peu importe les conditions de vie parfois difficiles ou encore la Grande Dépression. On peut ressentir la joie et l’innocence du personnage de La Poune.
On y découvre l’histoire de la « P’tite tannante du Faubourg à m’lasse », celle qui sème la pagaille et les rires dans tout le quartier, celle qui découvre ses talents comiques, celle dont la mère ne sait plus quoi faire, découragée devant l’énergie débordante de sa fille, mais tout de même fière, la fille authentique, la résiliente et l’hyperactive. On sent la délicatesse derrière la maladresse de Rose « La fleur qui a poussé dans la noirceur. », et les tableaux donnent droit à plusieurs personnages touchants et excentriques donnant un ton parfois burlesque au spectacle.


On embarque dans le tramway qui remonte le long de la ligne du temps guidé par une troupe de huit comédiens – chanteurs qui nous racontent le parcours et la vie de Rose, celle derrière les projecteurs, les doutes, les inquiétudes. Les numéros comiques pourraient toutefois être plus nombreux, là où l’on s’attache vraiment à cette géante c’est lorsqu’on la sent vivante, vibrante, drôle, charmante ou encore amoureuse.
On se rappelle le personnage et l’on a envie d’y goûter encore plus. L’histoire d’amour entre Gigi, incarnée par Jade Bruneau et Rose, par Gabrielle Fontaine est définitivement très touchante. On sent les subtilités, la complexité de vivre leur relation dans le contexte social et économique du temps, les enjeux féministes et l’impossibilité de vivre tout cela au grand jour. C’est très inspirant de voir le pouvoir de l’amour entre ces deux femmes, qui se supportent et croient en elles.
Les numéros de groupes sont percutants et tellement rafraîchissants, dans une musique et une qualité des chansons signées par Audrey Thériault. Les mélodies et les harmonies sont rendues avec brio, mettant toujours de l’avant les personnages et rendant si bien le texte écrit par Geneviève Beaudet, rappelant ainsi l’importance des propos et de ce qui mérite d’être raconté. Que dire de la présence des trois musiciens sur scène qui rend le spectacle plus dynamique et complet. La mise en scène et l’utilisation des accessoires font de ce spectacle un feu roulant. On rencontre plein de personnages et ça n’arrête pas de nous surprendre.
On a droit à un spectacle vif, réfléchi qui a pour mission de faire briller le théâtre musical original du Québec, honorant aussi les femmes de chez nous. Le Théâtre de l’Oeil Ouvert n’en est pas à sa première Géante, ayant construit des spectacles basés sur de grandes dames telles Diane Dufresne (Belmont), Clémence DesRochers (Clémence) et Marie-Josephte Corriveau (La Corriveau : La Soif des Corbeaux), il remplit sa mission de créer des spectacles de qualité, avec des artistes de cœur et de talent.



Que dire du solo chanté si touchant du rôle de Gigi, interprété par Jade Bruneau, qui livre en vulnérabilité et en sincérité l’un des moments les plus touchants du spectacle. D’ailleurs les personnages tels que le Cheminot incarné par Simon Fréchette-Daoust, Juliette incarnée par Stéphanie Arav et Finaud joué par José Dufour sont de personnages qui ont le sens du timing. Ils sont très attachants et nous font magnifiquement plonger dans l’univers de l’époque entre La Factory et les planches du Théâtre National.
C’est audacieux de s’attaquer à des grands monuments, mais ça fait du bien, c’est nécessaire et ça fait honneur à notre patrimoine culturel québécois. Je suis tout de même d’avis que vivre les moments forts de la carrière de Rose Ouellette reste un sujet à explorer davantage dans le spectacle. Plusieurs choses sont racontées par des personnages de l’ensemble, mais nous laissent sur notre faim. Beaucoup de belles propositions créatives, des costumes et des décors originaux qui en mettent plein la vue! C’est unique, très divertissant et à propos en plus d’être enrobé dans une proposition musicale des plus juste, enlevante, comique avec des mots de chez nous. On serait fou de manquer ça !
Pour toutes les dates de spectacles ou pour contribuer au financement du projet, visitez le www.lagéante.ca.
La Géante en spectacle à la salle Le Carré 150 de Victoriaville jusqu’au 31 août 2024 et au Théâtre Maisonneuve à Montréal dès le 5 juin 2025, ainsi qu’au Théâtre C et au Théâtre Le Patriote à l’été 2025.

Audrey-Anne Séguin | Journaliste
Crédit Photos : Annie Diotte
