Jonny Arsenault est un auteur-compositeur-interprète de la Baie-des-Chaleurs, en Gaspésie, qui a sorti son premier album, intitulé Les aurores, le 31 janvier. C’est un album léger et réfléchi, dans lequel les sonorités folk-rock nous amènent sur la route vers la tranquillité du golfe du Saint-Laurent. On a parlé avec Jonny Arsenault pour en savoir plus sur son parcours musical et l’influence de sa ville natale.
Pourrais-tu nous parler de ton parcours musical? Même si Les aurores est ton premier album, tu fais de la musique comme carrière depuis longtemps, non?
J’ai commencé à gagner ma vie avec la musique quand j’avais 16 ans et j’en ai 33 aujourd’hui. Je me suis rendu compte l’année passée que ça fait un peu plus de la moitié de ma vie que je fais ça. Je faisais des covers pendant longtemps, les shows avec des reprises, mais depuis que j’ai 16 ans le but était de composer mes propres chansons. Même si j’avais fait quelques essais ici et là, c’était vraiment à l’arrivée de cet album que c’est devenu réaliste pour moi. J’ai fait un EP en 2020 qui était le début de la vraie carrière de Jonny Arsenault, l’auteur-compositeur-interprète, mais ça fait déjà quelques années. L’arrivée à Les aurores a été un long parcours, mais je ne changerais rien. J’ai rencontré de belles personnes talentueuses qui m’ont aidé à faire cet album-là.
Quand tu faisais des covers dans le passé, c’était partout au Québec?
C’était quand même surprenant parce qu’on s’est promené de Montréal à Gaspé, et au Nouveau-Brunswick aussi. On a fait des bars et des festivals, mais les salles de spectacle un peu moins. Ce sont les endroits où j’aimerais retourner avec mes nouvelles chansons.
En 2015, tu as participé à La Voix. Quelle a été l’influence de cette expérience sur ta carrière?
Je me suis fait de beaux contacts. C’est certain qu’il y avait du contact avec le grand public québécois, et au Nouveau-Brunswick aussi, qu’il faut normalement aller chercher en faisant des spectacles. Il y a trois millions de personnes qui regardent La Voix en même temps, donc tu vas rejoindre beaucoup de monde. Après ça, ça reste de la télévision. L’aspect concours n’est pas ce qui me rejoint le plus, je ne fais pas de la musique pour être en compétition avec d’autres musiciens. Au contraire, je suis quelqu’un qui aime créer de beaux liens avec les gens. Je pense que c’est important quand on sort d’une compétition comme ça de retenir le meilleur et de laisser faire le reste. Tout le côté compétition n’est pas quelque chose que j’ai gardé dans ma tête. J’ai gardé tous les beaux contacts que je me suis faits avec Marc Dupré et Éric Lapointe, entre autres. Le réalisateur de mon album est le réalisateur de Marc Dupré aussi. Quand il est venu le temps d’aller voir ma maison de disques et tout ça, ils avaient entendu parler de moi.


Tu viens de la Baie-des-Chaleurs et c’est un endroit qui a beaucoup inspiré ton album. Comment décrirais-tu cet endroit? Pour ceux et celles qui n’y ont pas encore visité, à quoi ressemble son environnement?
La Baie-des-Chaleurs, et la Gaspésie en général, est un endroit chaleureux premièrement. Il y a quelque chose de paisible ici. C’est sûr qu’on est beaucoup moins que dans une ville comme Montréal, donc il y a un calme qui règne. Ça paraît dans les personnalités des gens aussi. Beaucoup de monde dit que les Gaspésiens sont chaleureux et accueillants, mais je pense que c’est également dans notre mode de vie. On n’est pas dans le trafic, dans l’ambiance d’une ville. J’ai habité à Montréal pendant trois ans et c’est une super ville, j’ai adoré y habiter, mais à la Baie-des-Chaleurs j’ai du calme. C’est ça que m’a débloqué avec cet album-là. À Montréal, même si je restais moi-même, il y avait quelque chose qui me ressemblait moins. Ma chanson Pont joli cœur a vraiment donné la voix au reste de l’album. Je dirais que retourner ici est un des plus beaux moves que j’ai fait. L’album et ses textes ne seraient pas pareils si je n’étais pas ici.
À part Pont joli cœur, quelles chansons en particulier font référence à la Gaspésie? Y a-t-il des paroles qui viennent des anecdotes?
Ce ne sont pas tellement des anecdotes. Ce sont plutôt les êtres humains qui m’entourent en Gaspésie. Quand j’ai déménagé ici, ce n’était pas nécessairement dans le but d’écrire un album. Le but était de revenir près des gens que j’aime dans l’endroit où je suis né. Pont Joli coeur, entre autres, est la chanson du retour aux sources. Il y a aussi la chanson Lettre à mes parents que j’ai écrite pour mes parents qui habitent à une minute de chez moi.
J’ai entendu dans une entrevue que la Baie-des-Chaleurs a également inspirée le son de ton album. Y a-t-il un style de musique, selon toi, qui est très gaspésien?
Je me suis fait appeler quelquefois l’enfant du Maximum Blues, et je trouve ça beau. Maximum Blues était un festival international de blues à Carleton-sur-Mer, à la Baie-des-Chaleurs, et je suis allé là chaque année dès que j’avais l’âge de pouvoir y aller. J’y suis allé avec mes parents, puis j’y ai joué pour la première fois quand j’avais 16 ans et j’ai continué d’y jouer chaque année jusqu’à la fin du festival. Clairement, il y a des enfants de Maximum Blues dans la Baie-des-Chaleurs, particulièrement à Carleton. Un de mes amis qui s’appelle Pat the White qui est un grand guitariste au Québec, est aussi un enfant du Maximum Blues. Je crois que le country et le folk font toujours partie de la Gaspésie, mais, pour ma part, c’est les blues qui a teinté mon adolescence et jeune adulte.
Pourrais-tu parler des gens avec qui tu as travaillé pour l’album et comment ont-ils influencé le son?
C’est une drôle de belle histoire parce que mon réalisateur Gautier Marinof avait déjà travaillé avec un de mes grands amis qui s’appelle Simon Morin. Je ne sais pas si c’est le Gaspésien en moi qui a l’habitude d’avoir le contact humain, mais plus j’entendais Simon parler de Gautier Marinof, plus je savais que je voulais travailler avec lui. À un moment donné, j’ai demandé à Simon s’il avait son numéro de téléphone et il me l’a donné. Je me demandais combien de courriels ce gars-là devait recevoir par semaine et combien d’offres de demandes, donc je l’ai appelé. Je lui ai dit « Bonjour Gautier, je m’appelle Jonny Arsenault, j’ai des chansons, ça te tente-tu de les entendre? » Il a été super gentil et il a dit oui. Je lui ai envoyé les chansons, il les a aimées et il m’a invité chez lui. C’est là où tout a commencé à être réaliste.
L’équipe de musiciens qu’on a montée, c’était des musiciens très en demande au Québec, même au Pays. On avait de la chance d’avoir Jean-Sébastien Chouinard à la guitare, Max Bellavance à la batterie, Alex Lapointe à la basse, et Dan Thouin au clavier. On a eu aussi une de mes idoles, Ariel Posen. Un ami m’a informé qu’il était au studio à Montréal où j’enregistrais l’album. J’étais en Gaspésie à ce moment-là, entre deux sessions, et j’étais comme « c’est n’est pas vrai. Tu n’as pas Ariel Posen dans le studio! » Il m’a répondu, « Ben oui, il est super fin, si tu veux qu’il joue de la guitare on pourrait lui demander. » Je ne pense pas qu’il a réalisé à quel point j’aime Ariel Posen. Deux mois plus tard, on était tous en studio avec Ariel pour jouer de la guitare sur ma chanson À demain. C’est une chanson qui me tient beaucoup à cœur, parce qu’elle a été composée pour mon neveu, donc avoir mon idole avec moi était incroyable.
On a fait l’album d’une ancienne façon, ce qui était une chose à la fois. Chacun avait sa place dans le studio et on a joué en même temps. Le fait de tous jouer en même temps a apporté des choses auxquelles je ne m’attendais pas.
C’est spécial que tu aies travaillé avec une de tes idoles! C’est sûr que toutes les chansons sur ton album sont personnelles, mais y a-t-il des chansons qui ont plus de signification? Vu que c’est ton premier album, peut-être que tu avais des choses dans ta tête depuis longtemps.
Comme mentionné, la chanson qui s’appelle À demain était pour le petit garçon de mon frère. Ça fait longtemps que j’avais cette chanson avec moi. Elle veut dire beaucoup pour moi parce que c’est la première fois que j’ai un enfant dans la famille. Moi, je n’ai pas d’enfants et c’était le premier pour mon frère. C’est donc un texte très important pour moi. Il y a aussi Lettre à mes parents. Je suis vraiment un gars de famille et cette chanson était difficile à écrire, pas dans le sens triste, mais parce que j’avais l’impression que les mots n’étaient jamais assez fort ni juste pour m’exprimer. Quand je l’ai finie, elle m’a beaucoup touché. Les musiciens ont bien capturé l’essence de cette chanson. L’album a un côté rock, mais cette chanson-là est plus douce. À demain et Lettre à mes parents ont toutes les deux une douceur qui accompagne bien le texte.
Je trouve que l’album est parfait pour être sur la route. J’imagine que tu as passé beaucoup de temps comme ça, en voyageant entre la Gaspésie et Montréal, par exemple. Est-ce que la musique a fait une grande partie de ces voyages?
C’est très spécial comment ça se passe dans ma voiture et il y a beaucoup de monde qui trouve ça bizarre. Ils pensent qu’en voyageant avec un musicien, il y aura tout le temps de la bonne musique, mais dans mon auto il n’y a absolument rien. Parfois, quand je fais une longue route, je mets un album que j’adore, ou un podcast. En général, surtout pendant le processus de l’album, je ne mettais absolument rien parce que les chansons tournaient constamment dans ma tête. Il y a beaucoup d’idées, de paroles et de mélodies, qui sont nées sur la route. Donc dans mon auto, c’est assez silencieux, mais pas dans ma tête.
C’est cool. Tu peux vraiment laisser libre ton imagination.
Oui, c’est ça, tandis qu’à la maison il y a toujours quelque chose à faire. Les deux endroits où j’ai les plus de révélations pour mes chansons sont sur la route et dans mon lit juste avant de m’endormir. Il faut que j’écrive, sinon je vais m’endormir et l’oublier.
Quand tu étais jeune, quelle était ta perception de la Baie-des-Chaleurs/ la Gaspésie?
Quand j’avais le but de partir pour Montréal, c’est sûr qu’il y avait une partie de moi qui aurait aimé la ville parce que j’étais plus jeune et les choses bougeaient beaucoup plus là-bas. J’avais l’impression d’être toujours en mouvement, donc déménager était bon pour ma musique. Cependant, il y avait toujours une grande partie de moi qui savait que j’allais revenir. Un jour, j’aimerais fonder une famille et c’est clair que ce sera ici en Gaspésie, parce que j’ai grandi ici et je sais ce que ça m’a apporté. La Baie-des-Chaleurs m’a rendu comme je suis aujourd’hui.
Chouette! Quels sont tes plans maintenant que l’album est sorti?
Je fais des spectacles depuis que j’ai 16 ans. J’ai adoré enregistrer l’album et tout ça, mais ma zone de confort est vraiment sur scène. Je suis un gars de live et c’est là où je me sens à ma place. Il faut maintenant que je fasse mes chansons live, devant le public. Pour moi, jouer cet album est la rencontre entre l’auteur-compositeur-interprète et le gars qui jouait dans les bars depuis qu’il était jeune. J’aimerais faire le plus de spectacles possible, avec mes propres chansons. On est en train de faire le booking, donc ces shows s’en viennent.

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre mais elle est francophone dans l’âme et elle aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

