Jacques Surette est un auteur-compositeur-interprète originaire de Yarmouth, en Nouvelle-Écosse, qui compose des chansons pleines de charme. Il parle du quotidien avec légèreté — parfois teintée d’humour — et il sait capturer l’environnement où il a grandi. Pour son quatrième album, intitulé Les vieux chapeaux, il a fait évoluer son son en y ajoutant des touches de romance. Il a également été enregistré en Nouvelle-Écosse, avec des musiciens de la région, pour bien représenter son identité acadienne.
En spectacle
Au Grand Théâtre de Québec, le 19 octobre, Jacques Surette nous a emmenés voyager en Acadie. « contchonne » est un vieux mot acadien qui veut dire « continuer ». On l’entend dans Contchonne su la route, une chanson aussi douce que le fait de conduire au bord de la mer à la recherche des aventures. « Quoisse qui brasse dans la sauce », tiré de la chanson du même titre, est comme une façon de dire « comment se passe ta journée ». On s’est rendus visite chez Bulah, une bootleggeuse d’alcool en Nouvelle-Écosse, et on s’est promenés sur les Carinos, une île paisible dans le sud-est.
Jacques nous a également invités dans ses souvenirs: son premier joint (avant de jouer la chanson légère Y’a rien comme un joint) et la fois, à Moncton, où il n’avait pas barré la porte de son van et quelqu’un a volé ses affaires (avant de jouer la chanson moralisatrice Barre tes portes). Les chansons présentées étaient tirées de ses quatre albums. Il y avait un moment « intime » durant lequel il a interprété Le temps qui s’en va et Dans l’après-midi, seul avec sa guitare.
En fait, même avec ses musiciens, la soirée restait intime. Le public l’écoutait avec le sourire, tapant des mains de temps en temps. On était tous encouragés à chanter le refrain de Marche, marche, marche ( « Marche, marche, marche / Quoisque tout le monde cherche /Une p’tite miette d’amour / Pour le restant de nos jours » ), ce qui était aussi une belle façon de partager le dialecte. Le spectacle avait lieu un dimanche soir, à 19 h, et la douceur était intensifiée par l’accompagnement de Christine Melanson au violon.
Une entrevue avec Jacques Surette
On a parlé à Jacques Surette après son spectacle pour en savoir plus sur son nouvel album, Les vieux chapeaux.
Ta musique a toujours eu un côté classique, mais ce côté a été intensifié dans Les vieux chapeaux. Est-ce que tu as l’impression d’avoir grandi depuis la sortie de Conséquences?
Ah, oui, absolument. Tous les quatre albums avaient des sons et des tonalités différents. Je pense qu’avec Les vieux chapeaux, le son a grandi dans une autre direction musicale. Conséquences était vraiment la guitare électrique et les différents thèmes. Les vieux chapeaux a encore ça, mais avec les curveballs. La dernière chanson, Les Carinos, a un gros orchestre et Ma p’tite car noire contient du violon. Donc, j’ai grandi dans ce sens-là.
Quelle est la signification du titre, « les vieux chapeaux » ?
Pour moi, il représente les histoires du passé et une certaine nostalgie d’une autre époque.
Les vieux chapeaux, c’est comme si chaque chanson était un type de chapeau différent. Par exemple, Hallo ma belle est un chapeau porté dans le passé et Chez Bulah est le type que je porterais quand je suis chez Bulah.
As-tu un style de chapeau préféré ?
Ah ! Astheure je porte une casquette parce que mes cheveux sont devenus longs. J’aime beaucoup les fedoras et les vieux cowboy hats comme ceux qu’ils portent en Louisiane.
Y a-t-il une chanson sur l’album qui représente ça ?
Je dirais Ma p’tite car noire. Il y avait une photo qu’on avait faite pour le single et c’est une car avec un chapeau, comme si la car se promenait avec un cowboy hat.
Il y a aussi une célébration d’une vie simple dans tes chansons. Par exemple, Monsieur Beau Soleil qui s’adresse à la nature et L’observatoire qui est comme un enfant qui regarde le ciel. D’habitude, à quoi ressemble ton quotidien ? Est-ce que la nature fait une grande partie de ton identité ?
Ahh oui, c’est sûr. La nature, c’est tranquille. Je viens d’une très petite ville et quand la nuit tombe, c’est vraiment calme. J’essaie d’aller souvent dans les bois pour respirer les arbres et tout ça.
Ton album est décrit comme 100 % néo‑écossais, puisque tous les musiciens avec qui tu as travaillé viennent de la Nouvelle‑Écosse. Est-ce que c’était un but dès le début d’avoir cette fierté ou est-ce que le résultat était naturel parce que ces musiciens sont tes amis ?
Oui, Charles Robicheau, que je connaissais depuis un bout, et moi, on a joué souvent ensemble. Je l’avais contacté pour dire que ce serait great de créer un petit projet ensemble ici dans notre spot. Pour tous mes autres albums, j’avais besoin de voyager sur de grandes distances. Faire cet album dans ma région natale, c’était vraiment précieux et une structure différente des albums précédents.
Est-ce que c’est très important pour toi de représenter la culture acadienne sur la scène musicale francophone ? As-tu vu des changements depuis 2019 quand tu as sorti ton premier album ?
Oui, pour sûr. Je crois que c’est tout le temps important de s’exprimer dans ta langue. Dans le passé, il y avait des gens qui disaient que les dialectes acadiens étaient du français cassé. Quand les Acadiens voyageaient à Montréal ou à Québec, les Québécois ne comprenaient pas ce qu’ils disaient et ils l’ont mis de côté. Moi, j’ai tout le temps dit que le français est universel et ça ne fait pas de différence si tu as un petit accent — on peut tous se comprendre.
Les vieux chapeaux a été enregistré à la Baie Sainte‑Marie et à Yarmouth, donc encore plus dans l’esprit de la Nouvelle‑Écosse. Comment le processus de création a-t-il changé depuis tes albums précédents ? Tu l’as co‑réalisé avec Charles Robicheau, qui a beaucoup influencé le son, mais y a-t-il d’autres aspects qui ont évolué ?
Je dirais juste la création des mélodies et les variétés de thèmes. La création en général est restée pareille. J’essaie de m’exprimer naturellement et de ne pas le forcer. Si ça ne feel pas bon, je ne vais pas continuer. Dans le cas de cet album, c’était l’fun parce qu’on était tous ensemble en Nouvelle‑Écosse pour créer les chansons.
La dernière chanson de l’album s’appelle Les Carinos, inspirée par l’île en Nouvelle-Écosse. Est-ce que c’est un endroit où tu as passé beaucoup de temps ?
J’ai tout le temps voyagé là-bas quand j’avais environ 14 et 15 ans. C’est comme un place sacré pour beaucoup de monde qui y reste. C’est ça qui fait sa beauté. Tu es entouré de sapins, c’est vraiment dans les bois. Aussitôt que tu sors des sapins, tu arrives à la mer. C’est un village de pêcheurs. C’est comme si la seule autoroute qu’ils avaient dans le passé était la mer.
Qu’est-ce que tu aimerais que les gens ressentent en écoutant cet album ?
Il y a beaucoup de chansons à propos de l’amour et des situations des relations. J’aimerais qu’ils prennent certaines parties et qu’ils appliquent ça à leur vie. Juste enjoy les chansons, c’est tout !

Frankie Rose | Journaliste
Frankie est originaire d’Angleterre et vit maintenant à Québec. Elle est francophone dans l’âme et aime découvrir et promouvoir la langue. En ce qui concerne la musique, elle aime les chansons qui racontent les histoires, que ce soit dans les paroles ou le lien personnel que la musique peut créer.

Photos : Courtoisie
Photo crédit : Jérôme Luc Paulin
