Présentée le 25 octobre 2025 à 19 h au Studio-Théâtre des Grands Ballets Canadiens, L’Effet Papillon – une rencontre humaine marque un tournant important pour Noémie Chenard-Joe, qui signe ici sa première création complète tout en interprétant également dans la pièce. Aux côtés de Noémie, les danseurs Estelle Beaulieu, Coralie Lefresne, Deya Lemière, Olivier Pepin et Camille Robert donnent vie à cette œuvre qui explore la beauté fragile des liens humains à travers le mouvement. Dans cette entrevue, l’artiste revient sur son parcours, ses inspirations et la genèse de ce projet à la fois intime et rassembleur.
Peux-tu me présenter ton parcours en danse, depuis tes débuts jusqu’à aujourd’hui ?
J’ai débuté la danse à l’âge de 2 ans et demi dans mon école de danse de quartier (École de danse Julie Lemieux). Je disais à ma mère à quel point je voulais danser et c’est la seule école qui m’a permis de faire mes premiers pas. Au secondaire, j’ai fait partie du programme de danse du Collège Sainte-Anne à Lachine. C’est dans ce programme que j’ai compris et réalisé que c’était ce que je voulais faire de ma vie : danser. J’ai eu la chance de toucher à plusieurs styles et le contemporain a rapidement été un coup de cœur pour moi. Ce style me permettait d’être libre, je me sentais bien et à ma place. Je me dois tout de même de dire que le ballet classique a toujours eu une très grande place aussi dans mon parcours et dans mon cœur. En finissant mes études secondaires, j’ai tenté à plusieurs reprises d’entrer à l’EDCM, mais en vain. Je n’ai jamais arrêté de danser, mais je me suis redirigée vers la massothérapie.
Et c’est après mes études en massothérapie que j’ai été acceptée à l’École de danse de Québec. J’ai quitté le nid familial en 2019 pour aller faire mes études en danse à Québec. Trois années à m’enrichir, me construire, me perfectionner en contemporain grâce à la formation supérieure en danse contemporaine de l’École de danse de Québec en collaboration avec le Cégep de Ste-Foy. Depuis 2022, je suis de retour à Montréal, je continue de parfaire mon art, de me former dans différents styles puisque je trouve que la versatilité est importante en tant qu’artiste et que ça permet de trouver son individualité.
Comment est née ta passion pour la danse ? Y a-t-il eu un moment déclencheur qui t’a fait comprendre que c’était plus qu’un simple loisir ?
Du plus loin que je me rappelle, la danse a toujours été pour moi quelque chose d’attrayant, d’élégant, de beau. J’étais la petite fille qui disait « Regardez mon pestacle! », oui oui, pestacle et non spectacle. Donc, je pense que la danse a toujours été présente dans mon imaginaire. Je crois que le programme de danse au secondaire auquel j’ai eu accès m’a vraiment ouvert les yeux sur ce que pouvait être le métier de danseuse professionnelle. Je dansais de 20 à 25 heures par semaine, j’avais accès à des professeurs invités parfois, j’avais des professeures de qualité qui avaient à cœur notre réussite et notre progression. J’avais bien évidemment déjà ce désir de repousser mes limites. Alors, je dirais que c’est durant mes années au secondaire que le déclic s’est fait.
Un autre élément déclencheur serait le tout premier contrat que j’ai obtenu grâce à Mélanie Maillé. J’ai pu toucher à ce que c’était d’être en répétition, bâtir une pièce et la présenter. Cette opportunité m’a confirmé que je voulais faire de la danse mon métier.





Comment te sens-tu à l’aube de présenter ton spectacle ?
Je me sens fébrile, excitée, stressée. Je suis une personne qui aime quand tout se passe bien et s’il y a bien une chose que j’ai apprise à travers les années, c’est que l’on ne peut pas toujours obtenir la perfection. Je crois que j’ai surtout envie que les gens soient touchés et que le message les rejoigne.
Peux-tu me présenter L’Effet Papillon – une rencontre humaine ? Quelle en est l’essence et le message principal ?
L’Effet Papillon – une rencontre humaine, c’est la rencontre entre six individus qui ont chacun leurs défis, leurs parcours de vie, leurs expériences, leurs obstacles, mais qui sont unis par une seule et même chose : le mouvement. En tant que spectateurs, les gens seront aux premières loges de cette rencontre humaine. J’avais envie, en tant que chorégraphe, de mettre à l’épreuve nos échanges, notre manière d’entrer en contact avec les autres et de voir comment un simple geste peut tout faire basculer. Je touche aussi au concept d’émancipation à travers un collectif. De voir comment les autres peuvent avoir un impact soit positif ou négatif sur nos décisions, notre vie. J’ai également apporté le jeu à travers la pièce pour amener un vent de fraîcheur par moments. Les interactions parfois ludiques entre les artistes sont un peu ma manière de faire un retour à l’enfance et de démontrer que tout commence justement à la tendre enfance.





Pourquoi avoir choisi ce titre, L’Effet Papillon ? Qu’est-ce qu’il représente pour toi ?
Les papillons ont toujours été importants pour moi depuis que je suis toute petite. Je les trouve magnifiques et je trouve que la métamorphose de la chenille au papillon est fascinante. J’ai décidé d’y aller avec ce titre parce que le concept derrière « L’Effet Papillon » est une métaphore de la théorie du chaos appliquée au comportement humain, expliquant que de petits changements peuvent entraîner des conséquences importantes sur la vie d’une personne, et c’est exactement ce que je voulais travailler avec les interprètes. De voir comment on pouvait avoir un impact sur le parcours d’autres personnes, notre relation à l’autre et le désir de le comprendre, ou du moins tenter de le comprendre. Le concept de cette première pièce était écrit dans un petit cahier à moi depuis plusieurs années. Je me sentais enfin prête et assez mature, peut-être, pour l’aborder et le concrétiser.
Quelles émotions ou réflexions souhaites-tu provoquer chez le public ?
J’ai envie que les gens se questionnent sur leurs choix, leurs décisions. Qu’ils se demandent : « Comment je peux apporter du soleil dans la journée d’une personne dans le besoin ? », par exemple. J’ai le souhait que les spectateurs se sentent à la fois touchés, bouleversés, mais également apaisés par certains moments de la pièce. J’ai envie que l’on ressente notre authenticité, notre écoute, notre passion.






Qu’est-ce qui te rend le plus fière depuis le début du projet ?
Ce qui me rend le plus fière, c’est d’avoir douté, de m’être remise en question, mais de toujours avoir continué. Nous avons parcouru plusieurs embûches, mais nous avons persévéré à travers tout cela. Initialement, nous étions huit interprètes à danser dans la pièce. J’ai dû prendre la décision déchirante de retirer une interprète de la pièce vers la fin de la création, en raison d’une commotion cérébrale. Puis, une autre interprète, également mon assistante-chorégraphe, s’est blessée en dehors des répétitions et nous avons dû la retirer également et réadapter la pièce. Bref, je dirais que ce dont je suis le plus fière, c’est de loin ma résilience et la manière dont mon équipe a su se « revirer sur un dix cennes », comme on dit !
Quelle leçon importante as-tu apprise en créant ce spectacle ?
Une leçon importante que j’ai apprise est de me faire confiance dans mes propres décisions et de déconstruire pour mieux reconstruire. C’est bien de partir d’une idée et de voir comment ça peut évoluer à travers le temps. J’avais souvent tendance à rester ancrée sur une idée, et ça faisait que je me limitais en quelque sorte dans mon élan chorégraphique. J’ai réalisé aussi que me faire confiance permet à mes interprètes d’être plus en confiance dans le processus.




Peux-tu me présenter ton équipe de danse, de création et de production, et me parler de la dynamique du groupe ? Quelles sont les forces de chacun ?
Un spectacle comme celui-ci ne peut pas exister sans une équipe. Je ne prends rien pour acquis depuis le tout début et je me pince de pouvoir travailler avec d’aussi belles personnes.
À la direction technique, j’ai la chance d’avoir avec moi Félix Lefebvre, bien connu dans le domaine. Il a embarqué presque directement dans mon projet sans même connaître tous les paramètres, et j’en suis vraiment reconnaissante. À la conception des éclairages, j’ai Noémie Douet. Noémie est douce, à l’écoute, talentueuse également. Je me compte chanceuse qu’elle soit sur le projet avec nous. À deux, ils représentent mon équipe de production.
Du côté des interprètes, j’ai six personnes que je me dois de mentionner : Estelle Beaulieu, Coralie Lefresne, Deya Lemière, Olivier Pépin, Camille Robert et, sans oublier, Justine St-Onge, qui ne dansera malheureusement pas durant le spectacle, mais qui est mon bras droit sur ce projet.
Ces six personnes m’ont permis de bâtir quelque chose de beau et de grand, et je leur en serai éternellement reconnaissante, je pense.
- Estelle est une amie d’enfance à moi. Les deux, on se le répète souvent, mais qui aurait cru qu’un jour on ferait une pièce comme celle-ci ensemble ? C’est spécial comment la vie peut ramener deux personnes sur le chemin l’une de l’autre. Je suis vraiment contente de la retrouver. Son calme et ses questions m’ont beaucoup apporté durant les répétitions.
- Coralie est une personne très douce et à l’écoute. Je crois qu’elle est à découvrir en tant que danseuse puisqu’elle nous surprend par sa force et son énergie.
- Deya est une leader naturelle, je pense que c’est de loin l’une de ses plus grandes forces dans un groupe. Elle a aussi le désir de trouver des solutions rapides, ce qui fait en sorte qu’elle est une alliée pour la création.
- Olivier est un artiste rempli de douceur, de générosité. On sent qu’il a le désir de partager avec les gens et j’ai vu en lui une belle lumière tout au long du processus. Un artiste en pleine expansion.
- Camille est pour moi un coup de cœur, je crois. On ne se connaissait pas tant avant de commencer les répétitions et pourtant, c’est comme si l’on se connaissait depuis tellement d’années. Sa force tranquille et son écoute font d’elle une personne douce et authentique.
- Justine est un rayon de soleil sur deux pattes. Elle est mon œil extérieur, mon bras droit et mon assistante chorégraphe. Elle a travaillé probablement aussi fort que moi à mettre en œuvre ce projet. Je le dis souvent, mais je trouve que nos valeurs se rejoignent énormément. Nous travaillons dans le même sens. Son écoute, sa douceur, sa discipline et son amour de la danse font d’elle une artiste hors pair. Je suis triste que vous ne puissiez pas assister à son talent durant le spectacle, mais ce ne sera que partie remise.
Je me suis entourée de gens aussi passionnés que moi et j’espère que ça se reflétera dans la pièce.
Je me dois de mentionner également Maude Paquet, qui ne fait plus partie de la pièce, mais qui a été présente durant la majorité des répétitions. Maude est une personne enjouée et généreuse dans ses propositions artistiques.
En tant que chorégraphe, j’aime la collaboration de mes interprètes lors de la création. C’est pour cette raison que j’avais envie de créer un collectif. J’amène le concept, mais nous travaillons ensemble à concrétiser le tout. Je travaille dans l’échange et j’aime savoir comment mon équipe se sent tout au long du processus. Avec moi, l’humain passe avant l’interprète.





Après L’Effet Papillon – une rencontre humaine, tu souhaites davantage te concentrer sur la chorégraphie plutôt que la danse. Peux-tu me parler de tes ambitions professionnelles ?
Lors de ma prochaine création, j’aimerais effectivement me concentrer davantage sur l’aspect chorégraphique. De vivre le tout en étant « seulement » chorégraphe, je crois que ça amènerait quelque chose de différent à ma manière de créer justement. De pouvoir observer ma vision prendre vie sans être à l’intérieur de celle-ci. Autrement, je souhaite continuer de danser autant sur la scène contemporaine pour les projets d’autres personnes que pour mes projets personnels, et également du côté commercial. Porter plusieurs chapeaux me plaît malgré la charge de travail qui peut y être associée. J’aime relever constamment de nouveaux défis, et celui de L’Effet Papillon – une rencontre humaine n’était que le premier d’une longue série, je l’espère.

Frédéric Lebeuf | Journaliste & Photographe
Grand passionné de musique rock, metal, metalcore et post-hardcore, Frédéric adore assister à des concerts de ses artistes préférés qui gravitent autour de son palmarès hebdomadaire. Passionné de lifestyle et de télévision, il reste à l’affût pour couvrir des événements de tout genre. Son premier album qu’il a acheté est Americana de The Offspring.
